6.5/10

X-Men

La base de l'engouement récent pour les comics filmés, on la trouve dans ce premier X-men, daté de 2000. Bien qu'il marque le début d'une ère d'adaptations respectueuses et lucratives, le film de Bryan Singer est pourtant loin d'être exempt de défauts.

La mode du film de super-héros bat son plein en cet été 2008 : Iron Man a ouvert le bal fin avril, suivi dans l'ordre de la parodie Super-héros movie, de l'outsider Hancock, de l'autre Marvel L'incroyable Hulk, du DC Dark Knight, suite du Batman begins à succès de 2005, et enfin du Dark Horse Hellboy 2. Les projets à venir se comptent par paquets de douze, et la seule question est de savoir quel éditeur, de Marvel ou de DC, va se remplir le plus les fouilles avec ses adaptations. Si le phénomène prend sa source dans les années 40, avec les toutes premières apparitions à l'écran de Superman et Batman sous forme de serials, aucun autre personnage ne fait trembler les salles de cinéma jusqu'à l'avènement des années 2000. Entre-temps, Hulk et Spider-man ont fait des apparitions à la télévision dans les années 70, chacun dans une version clairement ringarde et la plus éloignée possible du matériau d'origine ; quant à Captain America et aux 4 fantastiques, ils rougissent encore aujourd'hui de leurs films respectifs, tous deux commis dans les années 90. C'est précisément l'année 2000 qui donne le départ de cet engouement pour les super-héros, avec la sortie du X-men de Bryan Singer.

Je n'ai pas réussi à me décider, pour la couleur de mes lentilles...
Je n'ai pas réussi à me décider,
pour la couleur de mes lentilles...
Pourtant, le projet ne s'annonçait pas sous les meilleurs auspices : Singer, contacté par les producteurs Richard et Lauren Donner qui voient en lui le génial réalisateur de Usual suspects, admet ne pas connaître la bande dessinée d'origine mais accepte de réaliser le film après avoir bouquiné quelques albums ; de la multiplicité des personnages présentés au cours des 37 ans d'histoire, Singer et son scénariste David Hayter ne gardent que quelques X-men, dont la plupart sont relégués au second plan ; enfin, les costumes des personnages sont jugés inadaptables et remplacés par des uniformes noirs sans personnalité. Cerise sur le gâteau, la campagne de communication du film est conçue en dépit du bon sens, proclamant « Trust a few, fear the rest » (en français : « Faites confiance à certains, craignez les autres »), présentant ainsi les mutants comme une espèce dangereuse dont seuls quelques éléments seraient à sauver. Un peu comme si on disait « les noirs et les arabes, y en a aussi des biens. » Ce qui constitue non seulement une idiotie, mais surtout un contresens complet vis-à-vis du film.

Car le scénario, il faut bien le dire, est axé entièrement sur la question de la tolérance et de l'intégration des minorités. Bryan Singer se désintéresse presque complètement de l'aspect spectaculaire (à tel point que les rares scènes d'action sont pour la plupart assez ratées et parsemées de punchlines aussi navrantes que « Tu sais ce que fait un crapaud frappé par la foudre ? La même chose que n'importe quoi d'autre »), et s'attache uniquement à développer le message sous-jacent de la bande dessinée. A ce titre, il est particulièrement intéressant de se poser la question suivante : qui est le personnage principal du film ? Est-ce
"A quoi tu sers, Val ?
- Je m'appelle pas Val."
Wolverine (Hugh Jackman dans le rôle qui le révéla), le rude Canadien favori des fans et fan de favoris ? Non, son heure viendra dans le deuxième film ; pour l'heure, il est complètement périphérique à l'intrigue. Est-ce le Professeur Xavier (Patrick Stewart, ancien habitué de l'Enterprise de Star Trek), grand manitou de l'école des surdoués ? Niet, il n'est qu'un catalyseur servant à rassembler les protagonistes. S'agirait-il de Cyclope (le transparent James Marsden) ou de Tornade (la sous-employée Halle Berry), les chefs supposés de l'équipe, voire de Jean Grey (Famke Janssen) la télépathe aux cheveux rouges ? Soyons sérieux, ils n'ont été insérés dans le film que par égard pour leur importance dans la bande dessinée ; il ne s'agirait pas de s'attirer les foudres des fans. Plus audacieux : le personnage principal serait-il Marie (la pouponne Anna Paquin), la jeunette maudite par un pouvoir qui lui interdit de toucher les gens ? On s'approche de la vérité, elle est effectivement l'incarnation de l'intouchable, celle qui se sent exclue de la société par sa nature. Mais le vrai personnage central, celui qui ouvre et qui clôt le film, celui qui traite de front la condition du mutant, c'est Magneto (Ian McKellen) ; traumatisé par son passé de déporté juif au cours de la Seconde Guerre Mondiale, il craint que l'Histoire ne se répète. Prenant alors les armes au nom de tous les mutants, il décide que la guerre est ouverte contre les gens « normaux ». Ce militantisme assumé, Bryan Singer le fait endosser à un acteur qu'il connaît bien pour l'avoir dirigé dans Un élève doué. Homosexuel comme le réalisateur, Ian McKellen est également connu pour son activisme dans la défense de cette sexualité qui peine à se débarrasser des tabous. De là à dire que Singer s'est lui-même projeté dans le personnage de Magneto (et par ricochet, dans tous les mutants du film), il n'y a qu'un pas... qui sera franchi sans problème dans X-men 2, lorsque la mère de Bobby Drake lui demandera « As-tu au moins essayé de ne pas être un mutant ? » !

Contrairement à ton crâne, tu es mat.
Contrairement à ton crâne, tu es mat.
Si le propos est assumé et universel, ce qui permettra de rassembler un public plus vaste que les seuls amateurs d'action, et si le plaisir de voir une bande dessinée culte portée à l'écran avec respect est indéniable, la forme de ce premier X-men pèche néanmoins par manque d'ambition formelle : péripéties timorées, scènes de combat étriquées, Singer n'est pas à l'aise dans l'univers des super-héros. Il se rattrapera avec X-men 2, avant de verser carrément dans la galerie d'images insipide avec Superman returns. Après une demi-douzaine d'années de ce régime, on attend enfin de sa part un film d'un autre registre : le martial Valkyrie, avec Tom Cruise...

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