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Wrong Cops, l'éloge du rien

Après Steak, Rubber, et Wrong, on retrouve Quentin Dupieux, alias Mr. Oizo, pour son quatrième film. Une comédie policière autour de flics dégénérés. Classique, me direz-vous. Oui, mais là on a affaire à un des réalisateurs français les plus atypiques du moment. Une bonne raison pour s'intéresser à Wrong Cops.

Si vous n'avez jamais vu une œuvre de Quentin Dupieux, il est peut-être utile de vous le présenter. À travers ses quelques réalisations, ce musicien-cinéaste français a développé un univers unique, mélangeant un très fort imaginaire américain, un goût poussé pour l'absurde, et une volonté de faire absolument ce qu'il veut dans ses films. Cela a donné des petites pépites extraordinaires aux yeux du public et de la critique. Une des forces de Quentin Dupieux est de faire à la fois des films contemplatifs, étranges, dérangeants, mais en même temps finalement assez faciles à regarder. Et c'est notamment le cas pour Wrong Cops.


Les réactions sont très variées face à un film de Dupieux

 

L'histoire, si tant est qu'il y en ait une, tourne autour de quelques policiers à Los Angeles. On a le pourri qui deale de la drogue, l'obsédé qui veut mater des seins, le musicien raté, la voleuse qui fait chanter l'ancienne star du porno-gay... Tout ce beau monde se croise au hasard de saynètes parfois déconnectées mais toujours agréables à suivre.

Chercheur de sens, passe ton chemin

Là où Wrong était un manifeste pour l'absurde et où Rubber jetait un questionnement sur la place du cinéma et du spectateur... Wrong Cops ne va pas dans ces errements. À ceux qui accusaient Quentin Dupieux de faire du rien en chatouillant le réflexe de masturbation intellectuelle de critiques prétentieux, le réalisateur leur envoie une comédie gratuite, potache, sans aucun sens ni aucun message.


A moins que ce ne soit un film engagé pour le retour des slips moches.

 

C'est ça Wrong Cops, une comédie barrée qui ne demande aucun investissement intellectuel, qui n'appelle aucune analyse. Une comédie inutile, et ce jusque dans des extrémités rarement atteintes au cinéma. On retrouve quelque part un peu de Frères Coen dans Burn After Reading. On a des événements qui se produisent, des événements qu'on sait vains et qui ne débouchent sur rien de particulier. Shirley va-t-elle gagner du fric ? Rough va-t-il percer dans la musique ? Et le type mourant ? Pourquoi Marilyn Manson joue-t-il un ado ? Autant de questions dont on a ou pas la réponse au cours du film et dont, de toute manière on se fout complètement.

D'après les Inrocks, « Quentin Dupieux raconte en fait son angoisse d'une normalité effrayante ». Ce à quoi je répondrai : y'a un type qui deale de la drogue dans des rats.

Tout ça pour dire que Wrong Cops n'est à mon sens pas une œuvre qui s'analyse, qui s'intellectualise, c'est un film où tout repose justement sur ce rien, cette absence totale de volonté de raconter quelque chose d'autre que ce que l'on voit.


J'ignore totalement pourquoi il est borgne et difforme.

 

Quentin Dupieux est sûrement allé encore plus loin que d'habitude dans l'abstraction car cette fois, il a réussi à retirer tout sens, toute lecture de son œuvre qui est un film premier degré à tel point que ça tient du génie. Mais je ne veux pas dire par là que regarder Wrong Cops est une perte de temps. Même si les histoires des personnages n'ont que peu de rapport entre elles, le tout est très agréable à suivre et les blagues s'enchaînent et tombent très rarement à plat. Le tout dans une ambiance finalement assez sombre, ce qui ajoute une sensation à la fois de malaise et de franche rigolade. Si on rajoute à ça des acteurs géniaux et très impliqués avec des têtes pas possible, on passe un très bon moment.

Si vous ne connaissez pas Quentin Dupieux, c'est le film parfait pour commencer tant il ne fait pas appel à votre imaginaire ou à votre réflexion. Et si vous connaissez ses autres films, vous apprécierez les petits clins d'œil disséminés ça et là. Je finirais bien cette critique sur une conclusion éclairante mais finalement, « A review about WHAT ? About WHAAAT ? »

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A propos de l'auteur

Je regarde plein de films et sur mon temps libre je suis journaliste. J'ai eu peur devant Paranormal Activity et je me suis endormi devant Interstellar. Mes goûts n'engagent que moi.

6 commentaires

  • Islara

    04/04/2014 à 14h25

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    L'acteur Marilyn Manson, c'est le chanteur de métal ou c'est un homonyme ? 

  • Hugo Ruher

    04/04/2014 à 15h56

    Répondre

    C'est bien le chanteur. Comme il a pas de maquillage il peut être difficile à reconnaître!

  • Islara

    04/04/2014 à 16h37

    Répondre

    Pourquoi, il est dans les images de l'article ? ^^' C'est celui avec la barbe ? Je ne vois que lui si c'est le cas.

  • Hugo Ruher

    07/04/2014 à 09h35

    Répondre

    Non il est pas dans les images. Ce que je voulais dire c'est que dans les films, tu ne le reconnais pas forcément, il a un look très différent de celui qu'il a d'habitude sur scène.

  • Islara

    07/04/2014 à 10h32

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    Ah, je sais, il est sur l'unique image de la galerie !  Me trompe-je ?

  • Hugo Ruher

    09/04/2014 à 17h33

    Répondre

    Arf! Oui c'est lui. Mais bizarrement ce n'est pas lui qui a la tête la plus bizarre dans le film. 

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