7.5/10

Wrestler (The)

Une fois n'est pas coutume, Darren Aronofsky s'efface derrière ses acteurs. Mickey Rourke prend toute la place dans ce film simple mais touchant, où le combat s'avère aussi rude dans la vie que sur le ring.

Certains acteurs disparaissent du feu des projecteurs après les avoir accaparés, puis ressurgissent quelques années plus tard pour regagner les faveurs d'un public perdu. On se souvient par exemple qu'après la Fièvre du samedi soir et Grease, Travolta s'était mis à prendre du poids et à végéter dans quelques Allô maman miteux, jusqu'au jour où Tarantino lui offrit le rôle de Vincent Vega dans Pulp Fiction. Dans le cas de Mickey Rourke, l'histoire est encore plus radicale : star charismatique de L'année du dragon et de 9 semaines ½, le bonhomme décida de privilégier sa carrière de boxeur à celle d'acteur, en fait de quoi il s'égara dans l'alcoolisme violent, la chirurgie esthétique enlaidissante et le tournage de gros nanars occasionnels. Revu en 2005 dans Sin City, Mickey semblait prêt à faire son come-back ; celui-ci mit pourtant trois ans à se concrétiser, grâce à la rencontre de l'acteur avec le scénario de The Wrestler.
Associé au projet, le réalisateur Darren Aronofsky parvint à imposer Rourke aux producteurs, au détriment de Nicolas Cage initialement pressenti.

Le scénario de The Wrestler présente des similitudes avec Rocky Balboa, tout en reposant sur un scénario totalement inverse : ici, Randy ‘The Ram' Robinson (Mickey Rourke) est un catcheur vieillissant dont la carrière se poursuit bon an mal an, et dont l'absence totale de vie sociale ou familiale ne devient visible qu'à partir du moment où un médecin lui annonce qu'il doit quitter le ring pour rester en vie. Redécouvrant tout d'un coup sa fille Stéphanie (Evan Rachel Wood), développant maladroitement une relation avec la strip-teaseuse Cassidy (Marisa Tomei), Randy évolue dans le vrai monde comme un poisson sur le sable du désert de Gobi. Là où le Rocky de 60 balais passait tout le film à se mettre en condition pour un nouveau match, The Ram s'évertue au contraire à accepter de vivre comme un retraité normal, lui qui ne connaît que le monde du catch, avec ses lutteurs-comédiens et ses codes brutaux mais sécurisants.

Darren Aronofsky est un cinéaste à l'univers visuel surpuissant : π, Requiem for a dream et The Fountain, qu'on les aime ou non, sont des expériences sensorielles sans comparaison, d'énormes trips dans lesquels l'interprétation des acteurs n'est qu'un élément d'une tornade visuelle et acoustique hallucinée. Dans The Wrestler, Aronofsky met son mouchoir sur les excentricités, et s'impose l'humilité de suivre ses acteurs caméra à l'épaule, sans effet de style voyant ni démonstration technique. Même le montage parallèle entre un combat et sa suite en coulisses apparaît étonnant de sobriété, en ceci qu'il illustre simplement le cheminement de pensée de Randy dans cette scène. C'est d'ailleurs la ligne de conduite qu'Aronofsky s'est fixé tout au long du film : suivre le héros (et son interprète abîmé) au plus près, afin de favoriser l'empathie. La caméra suit le plus souvent La fonte : haine
La fonte : haine
Randy de dos, montrant ainsi les évènements de son point de vue, ou le filme au contraire de face en occultant son environnement, pour mieux saisir sa réaction. Il est présent dans chaque scène, et sa perte de conscience va de pair avec un noir et un silence. Il fallait cette proximité formelle pour s'attacher au personnage, qui apparaît autant comme un has-been déphasé que comme un monstre d'égoïsme, et il fallait également la carrure et le vécu d'un Mickey Rourke pour lui donner l'étoffe nécessaire à sa crédibilité. L'acteur dit avoir réécrit ou improvisé la majeure partie de ses dialogues, et s'est investi dans les scènes de combat au point de se couper réellement le front à l'aide d'une lame de rasoir ; sa performance atteint un réel pic émotionnel dans la dernière scène, où l'on pardonne les accents mélo plus facilement que dans le reste du film. La description faire du monde du catch est elle aussi assez émouvante, rappelant que derrière la gaudriole souvent tournée en dérision, les lutteurs se déglinguent le corps au moins aussi violemment que dans les autres sports de combat.

Avec ce rôle touchant, qui lui a valu d'être nominé aux Oscars pour la première fois (Marisa Tomei a également été nominée, en tant que second rôle féminin), Rourke est revenu sur le devant de la scène et en a profité pour rejoindre le club des « stars seniors du cinéma d'action ». Il devrait être vu au cours des deux ans qui viennent dans (tenez-vous bien) Iron Man 2, The Expendables de Stallone, Rambo V, Sin City 2, les thrillers 13, Killshot et The Informers, ainsi que dans les drames Eleven minutes et Passion plays... Quant à Aronofsky, il devrait se révéler plus démonstratif dans son prochain projet, qui n'est rien moins qu'un remake de RoboCop.

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8 commentaires

  • Anonyme

    02/03/2009 à 18h55

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    Un superbe film avec un splendide retour de Rourke. Assez violent, triste mais vraiment excellent. A voir.

  • Anonyme

    11/04/2009 à 17h36

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    J'ai vu,je m'attendais à quelque chose de plus intéressant.Je n'ai pas aimé The Foutain,j'ai adoré Requiem for a dream.


    Et là,on enlève les effets,l'originalité niveau scénaristique et Mickey Rourke fait le has been très bien mais que c'est chiant à suivre.C'est plat,le côté docu censé donner de l'amplitude a eu pour moi l'effet inverse.


    Rourke est bon,le film est loin du chef d'oeuvre annoncé pour ma part.


    Je suis curieux par contre pour Robocop.

  • protoss

    11/04/2009 à 18h48

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    Un bon film, réaliste, sur la vie d'un catcheur professionnel proche de la fin, entre prise d'EPO, misère sociale et cauchemard relationnel. J'ai bien aimé. C'est moins dur que Requiem for a dream, mais il y a une descente assez similaire.


     


     

  • Veterini

    12/04/2009 à 18h48

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    Le grand retour de Mickey Rourke, patatipatata, je trouve ça gonflant à force. Surtout que son rôle de « gentil » géant est pas non plus d’une originalité folle, je suis même plutôt content que Penn ait eu l’oscar à sa place, il fait pas sa pleureuse au moins.



    Sinon, c’est vrai que Aronofsky surprend assez ; que ce soit par l’histoire assez basique ou par le manque de mise en scène (à part une ou deux scènes brillantes de Catch qui rassure sur le fait que la destruction du corps ça le fait toujours kiffer), et puis l’insistance sur le coté crasseux qui est toujours sympa,  et puis il faut rajouter que le monde du Catch n’est pas forcément la tasse de thé de moi, et du coup c’est amusant de regardé les dessosu de ce sport de dégénéré.


    Donc bon c’est un peu plat, mais ça reste dynamique dans le style caméra à l’épaule bien que  les scènes soient probablement un peu trop courte ce qui donne une légère impression d’artificialité.


    Note : 78/100

  • Anonyme

    14/04/2009 à 02h07

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    "Il fait pas sa pleureuse"; "sport de dégénéré". Non mon gars on ne dit pas "dégénéré", on ne dit pas "pleureuse", on dit respecter la différence...Ta note est insignifiante et ton propos complètement paradoxal, que tu aime ou que tu n'aime pas, O.K, chacun son opinion, mais delà à balancer des clichés aussi idiots et ne servant à rien, il y a un espace assez grand. Va dire à un catcheur qu'il pratique un sport de dégénéré et tu verras vite qui seras le dégénéré ici... (je dis cela par respect pour le catch bien que je ne pratique pas ce sport.)Enfin, comme dirais Einstein : "il est plus facile de désintégrer un atome qu'un préjugé". 

  • Veterini

    14/04/2009 à 17h54

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    Alors je ne sais pas si tu as vu le film, mais tu remarqueras que c'est un sport où la principale activité des catcheurs est de pratiquer la mutilation et l'automutilation, où la victoire est décidée en coulisse et où le public ne semble attendre qu'une chose, du sang ; le film montre même le public offrir des objets aux catcheurs pour qu'ils se tapent dessus avec ; quand même !

    Mais si tu trouve une qualité rédemptrice à ce "sport" je veux bien l'entendre.



    Quant à Rourke, tu as peut-être échappé aux 46000 interviews ou il explique comme sa vie à été dure et que le rôle c'est lui et que si on ne lui donne pas l'oscar c'est parce qu'il est trop "hors-systeme". Moi c'est ce que j'appelle une pleureuse.


    Sinon, c’est vrai que mon commentaire est assez dur par rapport à la qualité du film (qui est au pire un peu artificiel par moment), mais c’est une déception -pour moi- par rapport  aux  précédents films d'Aronfonsky qui étaient d’une toute autre audace & ambition.

  • Canette Ultra

    15/04/2009 à 08h03

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    J'aimerais juste vous rappeler que lorque l'on parle de Catch Professionnel, nous ne sommes pas dans le sport mais dans le spectacle. C'est un spectacle physique organisé comme un soap opera.


    On trouve ses gentils, ses méchants, tout est scénarisé pour offrir du grand spectacle au public.


    L'ensemble présenté dans ce film est assez réaliste, on retrouve les coulisses des petites organisations de catch avec leur lot de catcheur brisé.


     

  • Anonyme

    18/04/2009 à 13h15

    Répondre

    Tu ne sais pas si j'ai vu le film Veterini ? ET bien je peux te dire que les mutilations, je m'en souviens très bien car j'ai vu deux fois le film, sinon je mettrais pas de commentaires.

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