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World War Z : la critique

L'invasion zombie a commencé. La Terre entière est touchée. Heureusement Brad Pitt est là pour sauver l'humanité en entamant un tour du monde qui le montre tel qu'il est : un surhomme typique du film d'action américain. Ce qu'est indubitablement World War Z.

Papa-poule tranquille ayant troqué son ancien boulot contre une maîtrise de cuisson de pancakes matinaux pour toute la famille, Gerry Lane (Brad Pitt) est sur le chemin d'on ne sait trop quoi, perdu au milieu des embouteillages de Philadelphie quand survient l'élément perturbateur sous la forme d'un motard qui lui percute son rétroviseur. Un motard qui apparemment fuit. Qui fuit quoi ? L'invasion zombie bien sûr. Bienvenue dans World war Z, un efficace blockbuster de l'été à base de Brad Pitt, héros américain classique et de partis pris largement discutables mais un blockbuster avec des zombies. Attention cette critique/analyse dévoile des bouts de l'intrigue.

Un film à grand spectacle


DR. World War Z ou la panique quand on se retrouve dans un grand magasin pendant les soldes

Film à gros budget (190 millions de dollars, ce qui le met au même niveau que, par exemple, The dark knight), World war Z est évidemment un film d'action tout ce qu'il y a de plus typique : les explosions sont légion, les roquettes pleuvent, les bagnoles s'envolent dans une gerbe de feu, les grenades éparpillent les corps, les armes automatiques rugissent. Dans le même temps, la caméra virevolte, s'embarque à l'intérieur d'un hélicoptère, tournoie dans le colimaçon d'un escalier en métal, suit les héros en mode course-poursuite, se mêle au milieu des hordes de zombies qui défilent implacablement. Il n'y a pas à dire, on s'en prend plein les yeux et le spectacle vaut le prix d'un billet. À condition tout de même de passer outre la 3D assez légère qui n'apporte la plupart du temps pas grand chose et qui, souvent, brouille les combats entre la populace et les zombies. À condition aussi de passer outre les effets spéciaux de certains zombies qui ressemblent aux étirements élastiques de Spiderman premier du nom et n'ont que peu à voir avec les possibilités de corps humains, morts ou non. Au milieu de cette explosion sensorielle ou, pour être plus exact, visuelle et auditive, il fallait un acteur de premier plan pour tenir le rôle de Gerry Lane. Et cet acteur, c'est Brad Pitt représentant pour deux petites heures de l'héroïsme cinématographique américain.

Un Brad Pitt classique héros américain


DR. Tel le chien de prairie, Brad Pitt, le nez à l'air, sent venir le danger.

Les premières minutes du film sont exceptionnelles : on y voit le beau Brad, cheveux mi-longs (ça aura son importance pour la suite), trôner au milieu d'une cuisine en train de préparer des pancakes à sa femme et ses filles. Oui un héros qui cuisine, mesdames et messieurs ! Incroyable, c'est presque du jamais vu. On comprend d'ailleurs assez vite qu'il semble avoir abandonné son boulot pour être homme au foyer. Horreur ! Enfer ! Damnation ! Heureusement cet aspect rangé est vite oublié : devant l'invasion de zombies, on a besoin de lui. Le héros à la retraite qui se révèle indispensable pour sauver le monde semble aussi vieux que le cinéma d'action étatsunien : World war Z ne déroge pas à la règle. Comme il ne déroge pas aux règles de tous ces films d'action. Le héros doit être invincible. Rien ne peut l'atteindre : ni les zombies aux dents enragées, ni les morceaux de 30 cm de long plantés dans le bide, ni les crashes d'avion. Gerry Lane, digne héritier de John-Mac, traverse les crises violentes comme le péquin moyen traverse une rue, voire encore avec moins de difficultés. Ce héros doit être aussi d'une classe folle : qu'importe qu'une dizaine de zombies lui fonce dessus, les cheveux du beau Brad volent au vent portés par le souffle de la rage des zombies ! Et surtout le héros doit toujours conduire un camping-car. On aimerait bien savoir pourquoi mais apparemment le camping-car est, dans l'imaginaire hollywoodien, le plus sûr moyen pour se déplacer au milieu des embouteillages et des morts-vivants. À noter tout de même un bon point pour Gerry Lane : il n'utilise quasiment pas d'armes à feu. Faut-il y voir un épiphénomène ou une tendance plus marquée du cinéma ? L'avenir nous le dira.

Machisme et racisme ?


DR. Truisme de World War Z : l'homme est cool, la femme est hystérique

Dans ce film d'action tellement typique, quelques points nous ont quand même étrangement surpris. Après les premières minutes de Brad Pitt homme-au-foyer, on s'attendrait presque à des rôles féminins importants. Il n'en est heureusement rien. Karin Lane, jouée par Mireille Enos, sert à peine de faire-valoir à l'ami Gerry. Pire, le fameux camping-car ne parvient pas à démarrer à l'instant même où la femme prend le volant. Peut-être ne serait-ce qu'une coïncidence si Karin n'était pas que la femme qui s'efface complètement devant Gerry quand il s'agit de s'occuper de leur fille malade, si elle n'était pas que la femme qui fera presque tuer son mari par son imprudence au téléphone, si elle n'était, enfin, pas que la femme laissée à l'arrière pendant que monsieur sauve le monde. Et, ne vous y méprenez pas, si, par hasard, Gerry/Brad croise une femme plus courageuse que sa moitié, croyez bien qu'elle n'aura quasiment aucun attribut féminin, si peu d'attributs que même le scénariste n'osera inventer une idylle entre elle et Gerry !

Plus étonnante encore est la vision de l'autre dans World war Z. Pas l'autre représenté par le zombie mais l'autre représenté par tout ce qui est extérieur aux USA (raise your flag!) : les deux seuls îlots qui sont parvenus à juguler l'invasion zombie sont la Corée du Nord et Israël, deux sans doute des régimes les plus paranoïaques au monde. La diatribe de Jorgen Warmbrunn du Mossad est d'ailleurs fortement révélatrice de ce fait. Encore que les Israéliens s'en sortent plutôt pas mal dans cette histoire, au contraire des Palestiniens et des Gallois. C'est en effet à cause des premiers que Israël tombe (salauds de Palestiniens, on le savait qu'il ne fallait pas les accueillir en Israël!) et les deuxièmes sont très inquiétants, limite patibulaires.

Et les zombies dans tout ça ?


DR. Si les zombies existaient, ils feraient du stage diving.

Ben oui, c'est pas tout ça mais l'un des points majeurs du film est la présence de zombies. Imaginez des zombies dans un film à gros budget ! Ne vous attendez malheureusement pas à du Braindead, ces zombies-là ne font pas dans le gore. Non s'ils vous mordent, ils laissent une petite marque. Un peu comme quand votre petit frère de 5 ans vous mordait. D'ailleurs une fois la victime mordue, le vilain zombie se désintéresse complètement de celle-ci. Fallait bien ça pour pouvoir obtenir une simple interdiction aux moins de 13 ans.

En ce qui concerne leur mode de déplacement, toujours sujets aux plus grands débats chez les amateurs de zombies, ceux de World War Z sont du genre véloces comme dans 28 jours plus tard qui a lancé la mode (reprise dans Rec par exemple). Du reste ce n'est pas le seul point commun avec les films de Danny Boyle et Paco Plaza et Jaume Balagueró : les zombies sont clairement des infectés. Le vieux débat de 28 jours plus tard – sont-ce des infectés ou des zombies ? – est complètement dépassé : ce sont des infectés ET des zombies. Ils sont d'ailleurs nommés zombies ce qui est plutôt rare dans les films de ce genre.

Que faut-il alors penser de ce World war Z qu'a renié l'auteur du livre original ? Tout d'abord que même s'il possède des codes du film de zombies, il développe surtout les thèmes habituels du film d'action typiquement hollywoodien : des scènes qui ne doivent laisser aucun répit au spectateur, un héros invincible, des étrangers qui ne peuvent que s'effacer devant la suprématie américaine (comme par hasard Karin, la femme effacée de Gerry, est d'origine anglaise). Ensuite que de nombreuses choses ne peuvent qu'énerver ou faire rire le spectateur : c'est ainsi que les spectateurs glosent assez largement sur les forums du placement de produit d'une marque de cola qui arrive véritablement comme un cheveu sur la soupe. Enfin qu'une fois ces constatations faites, le film se laisse bien regarder sans révolutionner ni le film de zombies, ni le film d'action. Il ne sera pas oublié du fait de certaines scènes marquantes (comme l'invasion zombie sur Israël) mais il ne sera certainement pas porté aux nues.

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Morse, David

A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

3 commentaires

  • nazonfly

    29/07/2013 à 13h56

    Répondre

    J'ai quand même oublié le must du film : les claquements des dents des zombies.

  • Guillaume

    29/07/2013 à 17h36

    Répondre

    J'ai trouvé la dernière partie du film un peu longuette... Mais pour le reste plutôt pas mal du tout. L'impression de ne jamais contrôler ce qui se passe et de subir plutôt qu'être acteur est quelque chose de bien présent.Je crois que c'est un film qui a été pas mal sous-estimé en général. Alors que pendant ce temps là Pacific Rime semble bien accueilli. Cherchez l'erreur

  • hiddenplace

    29/07/2013 à 19h55

    Répondre

    Ben moi j'ai bien aimé à la fois World War Z (tout en étant assez d'accord avec ce que dit Naz) et Pacific Rim (ce qui en ce qui me concerne est plutôt étonnant )Ce qui m'a bien marquée, en fermant les yeux sur le côté invraisemblable, nawak et souvent réducteur, c'est vraiment le rythme trépidant du film. Après, je suis de moins en moins adepte de Brad Pitt en tant qu'acteur, et de ses choix de perso qui ont tendance à être caricaturaux ou répétitifs. (dans ce film, il est assez proche de son rôle dans... une fameuse pub de parfum )Et c'est bien dommage que les zombies fassent petits joueurs comparés à ceux de Walking dead. Après, je n'ai pas une culture très étendue en matière de zombisme, donc...

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