5.5/10

Whatever Works

Depuis le temps qu'on dit de lui qu‘il tourne en rond et qu'il se répète, il fallait bien que ça arrive vraiment : ce nouveau Woody Allen, on l'a déjà vu. Vivement qu'il revienne tourner en Europe.

Whatever Works s'ouvre sur la chanson de Groucho Marx I must be going (« il faut que j'y aille »). Un moyen de caractériser l'odieux personnage principal du film, ou de signifier que Woody a tiré ses dernières cartouches et essaye de s'éclipser ? On le croit capable de surprendre à nouveau, ses dernières réalisations l'ont prouvé, mais celui-ci ne constitue qu'une compilation bâclée de ses thèmes favoris, un bouche-trou dans une filmographie qui se doit de comporter coûte que coûte un ajout par an. Le fait que le scénario soit supposé dater du milieu des années 70 (il était écrit à l'origine pour Zero Mostel, décédé en 1977) n'arrange rien : l'écriture du Woody d'alors manque de maturité, et la réalisation du Woody d'aujourd'hui
semble s'en désintéresser.

Boris Yellnikov (Larry David) est le roi des bougons et le gourou de la misanthropie. Lorsqu'il rencontre la jeune Melodie (Evan Rachel Wood), il ne fait pas grand cas de cette écervelée dont il est séparé par plusieurs décennies et un paquet de points de QI. Pourtant, les deux êtres vont se rapprocher, s'enrichir l'un l'autre, etc.

Larry David fêtait ses 62 ans hier, bon anniversaire, et mène essentiellement une carrière de comique de scène. Il a coproduit la série des années 90 Seinfeld, dans laquelle il jouait régulièrement, mais n'apparaît depuis dix ans que dans sa série Curb your enthusiasm où il joue son propre rôle, faisant de ponctuelles apparitions en guest stars (en tant que lui-même) dans d'autres séries. Faut-il chercher dans ce constat la raison de son jeu étrange et égocentré, parfois hésitant et rarement en phase avec celui de ses partenaires, ou s'agit-il d'un choix délibéré (ou de négligence !) de la part de Woody Allen ? Ses apartés au spectateur, balourds et mal maîtrisés, ne se contentent pas de rappeler que le cinéaste new-yorkais a déjà usé de cet artifice par le passé : ils plombent le récit. Heureusement, quelques dialogues parviennent à trouver le pétillement qu'on attendait en voyant Woody revenir à son habitat naturel (New York, qu'il avait délaissé depuis le raté Melinda et Melinda en 2004), mais tout paraît vu et revu sans qu'on puisse s'accrocher à un seul développement nouveau : la jeunette qui craque pour le
"Sois franche : qu'est-ce que tu
penses de ma façon de m'habiller ?"
vieillard contre toute logique (un fantasme allénien qui s'est souvent révélé irritant), les discussions au restau sur la religion et la politique, les gags à base d'opposition métaphysique / prosaïsme (« la vie n'a pas de sens, mais je ne veux pas que ça gâche votre soirée »)... Boris appartient à cette famille de personnages que Woody Allen aurait pu interpréter lui-même à peu de choses près (John Cusack dans Coups de feu sur Broadway, Kenneth Branagh dans Celebrity), mais il n'aurait sans doute pas eu l'aspect teigneux que Larry David lui insuffle à force de grommellements.

Débouchant sur une leçon de vie déjà désuète (ah bon, l'éducation religieuse cul-serré ne rend pas forcément heureux ? sans déconner ?) et dispensée par un type qui peine à profiter de la vie, Whatever Works se regarde comme un vague feel-good téléfilm (bien qu'il se défende expressément d'en être un !), et donne surtout envie de passer rapidement au prochain film du réalisateur. Il s'apprête à le tourner à Paris, youpi. La dernière fois, c'était pour Tout le monde dit I love you, qui est un de ses meilleurs.

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10 commentaires

  • Anonyme

    03/07/2009 à 20h31

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    Encore un film du névrosé newyorkais!

  • Anonyme

    03/07/2009 à 20h33

    Répondre

    Allen craint!

  • Anonyme

    04/07/2009 à 08h27

    Répondre

    Je ne vais pas commenter sur la critique du film, que je n'ai pas vu.  Mais dire que "Larry David n'est plus apparu à l'écran depuis plus de 10 ans", c'est mal connaître le principal responsable du succès de la série Seinfeld et la suite de ses délires encore plus déjantés.  La série "Curb Your Enthusiasm"  dont il est le principal auteur et acteur va démarrer sa septième saison, elle a été récompensée aux Emmy Awards et aux Golden Globe Awards.   

  • riffhifi

    04/07/2009 à 12h14

    Répondre

    Dans cette série, il joue son propre rôle, c'est un peu comme du one-man show... Mais effectivement, la formulation était incorrecte, je vais corriger ^^

  • Anonyme

    04/07/2009 à 18h52

    Répondre

    Tu portes bien ton pseudo, hatemonger... Il t'a fait du mal, le Woody? Tu veux en parler?

  • pastis-mirabelle

    15/07/2009 à 18h27

    Répondre

    Je suis globalement d'accord avec la critique de Riffhifi : Whatever Works séduit surtout par ses qualités comiques. Le spectateur recherchant de quoi stimuler son intellect sera certainement déçu.


    Toutefois, il me semble que le principal message de Woody Allen ne porte pas sur les méfaits d'une éducation religieuse stricte, bien que cet aspect soit à la base du dénouement du scénario. Je crois que la véritable réflexion traite de l'influence de la peur sur notre comportement. On peut soit l'affronter, soit la fuir. Le choix est réel, du moment que ça marche...

  • wqw...

    16/07/2009 à 23h35

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    Honnêtement Allen est plutôt en forme en ce moment. Alors on est un
    cran au-dessous de Scoop ou de Vicky Machin Barcelona mais nettement au-dessus de ce qu'il a pu faire entre 1995 et 2005 (bon peut-être 1993/2003)...

    donc disons un 7/10

  • riffhifi

    17/07/2009 à 00h34

    Répondre

    Entre 1995 et 2005 il a quand même fait entre autres : Tout le monde dit I love you, Harry dans tous ses états, Accords et désaccords, et Hollywood ending... Pour moi, Whatever Works est largement en-dessous de tout ça, et ressemble surtout au bien mauvais Melinda & Melinda.

  • Anonyme

    30/07/2009 à 14h14

    Répondre

    Un très beau film sur le monde, ses errements, ses injustices, la bassesse des hommes, mais aussi la liberté, l'amour qui corrige tout, le bonheur personnel, la beauté de la vie avec les autres... Les autres, c'est l'enfer, certes, mais aussi l'amour, l'amitié, l'échange, le plaisir... A ne pas rater...

  • Anonyme

    30/07/2009 à 14h19

    Répondre

    Sache bien que les névrosés, handicapés, alcolos, speedés, obsédés, font parfois des oeuvres superbes que sont bien incapables de faire les "normaux"... Tu te situe sans doute dans cette catégorie, mais tu semble bien agressif envers les autres ? Serais-tu un peu parano ? Alors la gloire est encore possible, ne désespère pas, il y a aussi des paranos qui créent de belles oeuvres, on en a vu...

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