7/10

Wall Street : L'argent ne dort jamais

Face à face entre un jeune idéaliste trader et un vieux briscard de la finance qui n'hésite pas à jouer du côté de l'illégalité et des coups bas pour se refaire. Sans doute pas le meilleur Oliver Stone, mais la qualité est tout de même au rendez-vous.


Oliver Stone ne pourra pas le nier : un film ne permet pas de changer les mentalités. Il y a plus de vingt ans, Wall Street, premier du nom, sortait dans les salles. Le brûlot pourtant prononcé n'a pourtant incité personne à quitter la route de l'argent roi, et a même suscité des vocations de traders. C'est dire comme le monde tourne à l'envers... Depuis les politiques l'ont compris, peu importe le discours pourvu qu'on ait les images.

C'est donc avec moins de véhémence qu'Oliver Stone propose une suite de Wall Street, qui n'en est pas vraiment une, si ce n'est que l'on y retrouve la présence emblématique de Gordon Gekko (Michael Douglas). Ici, un jeune trader idéaliste (Shia LaBeouf) spécialisé dans la fusion (pas celle des banques, mais énergétique - sic) doit tenter de résister aux ordres des plus grands de la finance qui n'en sont plus à deux trahisons près pour s'en mettre plein les poches. Même si la crise passe par là, ceux qui perdent leurs plumes ne sont finalement pas ceux que l'on croit, tout ceci à cause de l'aléa moral qui traverse le film de part en part.

Shia LaBeouf (Jake Moore) est à l'aise en jeune premier de la finance. Son côté idéaliste en fait le parfait gendre : à la fois riche et foncièrement gentil... Un rôle que l'acteur parvient à rendre crédible malgré tous les a priori que l'on peut avoir sur le métier de trader.
Face à lui, Michael Douglas en beau-père campe à merveille le rôle de l'enfoiré souhaitant redorer son blason. Prêt à tout pour se refaire, sa carapace s'estompe parfois pour révéler son côté humain. Si le jeu est parfait, on trouvera pourtant que le scénario l'emmène vers une conclusion risible.


Bien que Wall Street : l'argent ne dort jamais regorge de termes techniques sur la finance dont on ne comprend pas la moitié (pourtant déjà tous entendus au JT) ainsi que de plans où les tours de New York se confondent avec les chiffres du Dow Jones, on n'en déduit pas pour autant que le propos concerne la bourse. Loin s'en faut même. C'est avant tout des interactions entre personnes : du naïf au parfait salopard en passant par l'idéaliste de service, tout le monde en prend pour son grade. Si la bourse périclite, ce n'est, sous-entendu par le film, non pas la faute d'un système mal pensé, mais bien d'acteurs de la finance trop confiants en eux-mêmes.

Finalement, Oliver Stone livre ici un film impeccablement divertissant, bien réalisé, bien joué, entraînant, mais évite un peu trop d'aller grattouiller là où ça fait mal. On aurait pu attendre un feu de joie, on n'en récoltera que quelques braises.

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A propos de l'auteur

Guillaume est le fondateur et le rédacteur en chef de Krinein. Curieux et passionné par la culture au sens large, il poursuit sa route sur les chemins tumulteux de la critique culturelle.

2 commentaires

  • gyzmo

    01/10/2010 à 16h20

    Répondre

    Pour le retour de Gekko sur grande toile, je m'attendais à quelque chose de plus percutant, surtout en tant que fan de la version avec la famille Sheen. Avec l'âge, le personnage de Douglas prend un sale coup dans l'aile, perdant de sa superbe cruauté si particulière. Le happy end tout moisi de la fin est d'ailleurs à gerber. Oliver Stone s'est bien foutu de nous avec cette suite. Bon oké, le casting de ténors est impeccable (Sarandon, Langella, Wallach et Brolin en tête). Le clin d'oeil à Bud Fox reste rigolo. Mais l'amourette entre LaBeouf et l'actrice qui incarne la fille (tombée des nues) de Gekko : pfiooou ! C'est prout prout la praline sur toute la longueur. Sans compter le message écologique derrière. Un gros Bof pour ma part. Tellement, qu'il se transforme en Beurk plus j'y repense...


    ps : la BO est bien pourrie également.

  • Lestat

    20/10/2010 à 17h29

    Répondre

    Film assez passable. Mais l'occasion de se rappeler que Frank Langella et eli Wallach sont toujours vivants, et ça, ça fait plaisir.


    Sinon le film vaut surtout pour la présence de ce vieux salopard de Gordon Gecko.


    On pleurera un peu quand même devant la morale bisnounours de l'ensemble.

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