8.5/10

Wall-E

Pixar fait le mur. Il en résulte une des plus belles histoires d'amour non-humaine qui nous a été donné de voir au cinéma. Encore une réussite. 


Statistiquement, Pixar aurait déjà dû livrer une production d'une qualité moyenne ou même mauvaise. Ce ne sera pas encore le cas aujourd'hui, malgré les récurrences certaines que l'on peut identifier dans chacun de leur succès. Wall-E est comme Le Monde de Nemo ou Toy Story, il procède à une humanisation d'objets ou d'êtres vivants désincarnés - dans les exemples cités des poissons ou des jouets - et les habille de sentiments plus ou moins absurdes pour leur condition. Des poissons-clowns animés par les relations filiales, des jouets doués d'une conscience et d'un attachement affectif à l'être humain ? L'univers de Pixar est clairement identifiable et appartient à l'imaginaire, il y dresse un parallèle évident avec la société humaine pour mieux l'analyser, sous la couverture d'une comédie animée destinée aux enfants. Une double lecture appréciable pour l'adulte, qui y trouve non seulement un divertissement de très bonne facture, et un subtil message pas prise de tête.


Wall-E
n'échappe en rien aux balises de Pixar, et même si le concept peut s'avérer un brin réchauffé en apparence, le talent et le professionnalisme de la bande d'animateurs maintes fois oscarisée en font, encore, un chef-d'œuvre du genre. Wall-E est un petit robot destiné à la compilation des ordures, la dernière « chose » sur Terre encore en activité. Depuis 700 ans, l'humanité a déserté la planète, et la petite machine s'échine à entasser des monticules d'ordures compilés en petits cubes. Seulement, Wall-E a contracté une maladie étrange : une sentimentalité. Il s'est constitué un petit chez-soi, fabriqué à partir de divers éléments récupérés sur son lieu de travail, enlève consciencieusement ses chenilles pour ne pas salir son sol, regarde de vieux enregistrements vidéos, et s'ennuie à mourir. Jusqu'au jour où EVE, énigmatique robot femelle venue de l'espace, vient troubler son quotidien, et fait de Wall-E l'amoureux le plus désespéré de toute la surface du globe, pour ne pas dire le seul.


Ces quelques lignes, on vous les rabâche depuis des mois, à coups de communiqués et de bandes-annonces. Sachez seulement que ce qui vous a été montré ne reflète en rien le film, et qu'il s'agit d'un tout petit pourcentage très ciblé de ce qu'il contient. En cela, il est difficile de procéder à une analyse sans gâcher les surprises que vous réserve Wall-E, mais allez-y en ayant bien conscience que vous vous retrouverez à la fois devant un film d'aventure et devant une comédie romantique. Il est remarquable d'ailleurs de constater que ce petit bout de métal se montre bien plus attendrissant que la plupart des acteurs humains qu'il singe, et que la romance, somme toute assez convenue, répond d'une sincérité très touchante. Une véritable prouesse artistique quand on s'aperçoit que la grande majorité des échanges se feront par les expressions et non par les mots, les deux protagonistes principaux étant assez limités dans leur vocabulaire oral. Un énorme effort a pourtant été fait sur ce point, pour que les rares mots prononcés soient à la fois intelligibles et proches du son humain.

La juste contrepartie d'une telle réussite sentimentale passe par une réussite graphique. Le schéma se répète : la qualité devient une banalité et rien ne nous surprend vraiment dans le film, tant celui-ci respire le mérite artistique. Rien n'est laissé au hasard, et si la première partie du film se montre plus impressionnante que la seconde, celle-ci réserve de très bonnes surprises et quelques prouesses techniques très salutaires. Le plus frappant réside forcément dans l'animation des personnages, qui reste assez mécanique tout en étant très proche de la gestuelle humaine. Wall-E fait davantage penser à un mignon petit animal qu'à une machine, sa palette d'expressions étant à la fois très vaste et très explicite.

Le film pose quelques bases de réflexion subtiles, proposées comme un complément plutôt qu'une finalité. Ainsi, on s'interroge avec plaisir sur la robotisation de l'être humain et sur l'humanisation de la robotique, sur le sens des sentiments, et sur l'écologie et l'avenir de notre planète. Le tout est délivré avec délicatesse, devient partie intégrante du scénario, sa base et son ressort, et ne cherche jamais à prêcher la bonne parole ou à imposer une idée. L'évidence s'impose d'elle-même, ne décrédibilise pas le film comme cela fut le cas sur certaines productions cinématographiques récentes, et passer à côté n'enlève rien au plaisir que l'on peut avoir en suivant les aventures du petit robot. La grande force de Pixar a toujours été celle-ci : le divertissement se veut amusant et intelligent. Une grande, une immense qualité, rare et précieuse, à préserver.

Wall-E est le premier coup de feu de cet été. Drôle, intelligent, sensible, émouvant, le nombre de qualités est comme toujours au rendez-vous, même si dans son concept, Wall-E innove assez peu. Peut-être n'est-ce là que l'aigreur d'un cinéphile espérant que Pixar montre des faiblesses, mais quoiqu'il en soit, leur dernier bijou ravira tout aussi bien que n'importe lequel de leurs précédents succès.

> Lire la contre-critique par Kei

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27 commentaires

  • Guillaume

    14/03/2008 à 13h15

    Répondre

    La bande annonce est sympathique. Ca générerait presque de l'impatience

  • Guillaume

    27/06/2008 à 10h33

    Répondre

    C'est vrai que ça a l'air diablement réussi graphiquement. Je sens le passage obligé au cinéma le jour de la sortie...

  • Anonyme

    30/06/2008 à 17h23

    Répondre

    l'enthousiame général et mon intérêt particulier pour pixar font de Wall-e le film le plus attendu de cet été pour ma part.

  • riffhifi

    02/08/2008 à 00h23

    Répondre

    Déception. Pas sur la forme, qui est évidemment aux petits oignons, quoique la représentation d'humains synthétiques reste une abomination à ce jour ; mais sur le fond, qui gâche complètement son potentiel au profit d'une gnangnanterie Disney ultra-convenue. J'espérais une histoire d'amour entre deux robots dénués de parole sur une Terre déserte, et j'ai vu une comédie d'action/aventure pleine de bons sentiments et d'anthropocentrisme bêbête. C'est agréable à suivre, splendide visuellement, souvent rigolo/mignon mais côté culot c'est une baudruche.

  • Danorah

    02/08/2008 à 10h31

    Répondre

    C'est bizarre, moi j'aurais dit "naïf", plutôt que "gnangnan" ou "niaiseux" comme je l'ai lu et entendu ici ou là.


    Mais allez savoir où s'arrête la naïveté et où commence la niaiserie...


    (Par contre j'aurais aimé aussi que ça se passe plus longtemps sur la terre.)

  • KaSuGayZ

    02/08/2008 à 11h50

    Répondre

    Non mais voilà quoi... mon programme télé a kiffé, donc ça doit pas casser des briques.

  • Wax

    02/08/2008 à 12h46

    Répondre

    Nan nan c'est plutôt bon... comme Kei le dit; Télérama a pas aimé. C'est quand même un gros argument en faveur du film.


    Plus sérieusement, j'ai trouvé ça très bien, a défaut d'être un chef d'oeuvre (techniquement c'en est un). La première partie est plutôt gonflée pour du Disney (quasi pas de dialogue, Terre post-apocalyptique, etc...) et même si la suite fait retomber le soufflé par sa morale et sa naïveté trop appuyée, le message n'en reste pas moins louable. Bref, un très bon moment.


     

  • Kei

    02/08/2008 à 13h10

    Répondre

    J'aurais du préciser : Télérama met deux critique une qui donne la note "bien" et l'autre qui donne "nul".

  • Wax

    02/08/2008 à 13h17

    Répondre

    Ils font les couille-molles quoi...

  • Danorah

    02/08/2008 à 13h23

    Répondre

    En même temps c'est plus ou moins aussi ce que fait krinein... (cf la critique de Nicolas, qui ne saute pas aux yeux, c'est vrai.)

  • Wax

    02/08/2008 à 13h30

    Répondre

    Pas faux. Cela dit dans le cas de Krinein, on a une critique bonne et une critique plus nuancée. Pas mauvaise comme pour Télérama.


    J'imagine que ça a du tellement les emmerder d'aimer comme tout le monde un film a succès, produit de surcroit par la grosse machine américaine Disney, qu'ils se sont crus obligés de le démonter d'une manière ou d'une autre. En l'occurence je trouve le procédé particulièrement minable et bas.


    Mais bon je suis de toute façons d'une mauvaise foi patentée envers Télérama que j'ai du mal à supporter.

  • hiddenplace

    02/08/2008 à 13h56

    Répondre

    J'imagine que ça a du tellement les emmerder d'aimer comme tout le
    monde un film a succès, produit de surcroit par la grosse machine
    américaine Disney, qu'ils se sont crus obligés de le démonter d'une
    manière ou d'une autre.


    Je n'ai pas vu Wall E, mais pour ce qui est de cette polémique, je vois aussi (notamment sur Kri) parfois la démarche inverse : démonter de manière un peu (trop) radicale les films ordinairement encensés par Télérama. (j'entends par là sans la nuance escomptée pour une critique)


    Toujours le même débat, mais personnellement je ne vois pas en quoi être descendu par (un rédacteur de) Télérama serait un argument en faveur de Wall E


     

  • Anonyme

    02/08/2008 à 14h12

    Répondre

    Sympa mais pas extraordinaire.

  • Wax

    02/08/2008 à 14h13

    Répondre

    Toujours le même débat, mais personnellement je ne vois pas en quoi
    être descendu par (un rédacteur de) Télérama serait un argument en
    faveur de Wall E.



    C'était plus une boutade qu'autre chose ma chère hidden... pour souligner que Télérama a parfois une attitude très prévisible vis à vis de certains films (et j'imagine, de certains disques, livres, etc...) adopte souvent une position a rebrousse poil de la majorité. Ca n'est pas condamnable bien au contraire, mais c'est un peu trop systématique à mon gout pour être sincère, et souvent vilainement argumenté.


    Tu cites la démarche inverse notamment sur Kri. Je l'ai remarqué aussi et c'est tout aussi stupide. 


    Sur ce, je n'avais pas l'intention de créer la moindre polémique. C'est juste que Télérama pour moi c'est caca. Vala. End of transmission.

  • Anonyme

    02/08/2008 à 14h31

    Répondre

    Moi j'adore, un film doit il être toujours compliqué pour être bien ? au moins cela touche tout le monde, et pas que certains connaisseurs qui eux seul peuvent comprendre... (ps: steve jobs c'était pixar, ce n'est plus)

  • Kei

    02/08/2008 à 15h01

    Répondre

    Ce n'est plus, c'est vrai.


    Pixar a été acheté par Disney. Et Steve Jobs est le plus gros actionnaire individuel de Disney (devant les membres de la famille Disney, devant l'ancien directeur) avec 7% du capital. Et il siège au conseil d'administration (13 membres dont un non votant).

  • Anonyme

    03/08/2008 à 19h28

    Répondre

    Encore une fois Pixar nous livre une oeuvre de très bonne qualité A voir. (tiens j'ai bien envie de revoir Toy Story moi XD

  • KaSuGayZ

    03/08/2008 à 23h06

    Répondre

    Bon ben il est sympa, avec trois minutes de fin en trop. L'ordinateur de bord est vachement moins fortiche que HAL 9000 tout de même.

  • protoss

    05/08/2008 à 12h13

    Répondre

    Bien sympa tout de même, plutôt ciblé pour "toute la famille", comme le film AI de Spielberg, avec une morale portant sur l'écologie , mais dont je ne suis pas du tout d'accord sur le principe de "y a qu'à laisser faire, on s'en occupera plus tard". Disney à trouvé la solution : on part vivre sur des vaisseaux spatiaux le jour où la Terre sera un immense dépotoir invivable (main sur le coeur, regard fier tourné vers l'avenir).




     


     

  • Wax

    05/08/2008 à 12h46

    Répondre

    Mwaha le post hallucinant de mauvaise foi genre "je cherche par tous les moyens à basher Disney".

  • protoss

    05/08/2008 à 12h54

    Répondre

    C'est pas de la mauvaise foi. C'est vraiment une ch'tite baffe à Disney.

  • Anonyme

    05/08/2008 à 15h34

    Répondre

    Une merveille pour tous ! Drôle, émouvant (j'ai même versé quelques larmes... de bonheur), d'une qualité supérieure dans tous les domaines (scénario, graphisme, idée originale), écolo. , intelligent et en prime une chanson de Peter Gabriel pour couronné le tout. C'est mon homme qui avait choisi la programmation lundi 04 août 2008... lui aussi il est épatant mais que pour moi ! Bonne toile à tous et toutes !

  • athanagor

    08/08/2008 à 09h51

    Répondre

    En matière de film écolo, s'il faut parler de ça, j'ai préférer celui-ci à "Phénomène".

  • Anonyme

    30/08/2008 à 17h46

    Répondre

    Ouais, fallait oser... t'as du cran, mais t comme Télérama, a côté de la plaque


    Comme Télérama tes arguments sont faibles


    Dommage

  • Kei

    30/08/2008 à 18h31

    Répondre

    En l'occurence, je n'ose pas grand chose. Mais j'aimerais bien savoir en quoi mes arguments sont faibles et à coté de la plaque.

  • Anonyme

    27/10/2008 à 11h11

    Répondre

    Je n'arrive pas à comprendre comment un nombre aussi important de personnes a pu aimer à ce point ce film que j'ai trouvé détestable, par sa lenteur, son manque d'action et son peu de consistance.


    Certes le message qu'il fait passer est d'actu, mais cela ressemble plutot à un gros coup de marketing : parler de la tendance du moment (developpement durable, lutte contre l'obésité), tout ça pour faire du chiffre ..


    Mais bn, chacun ses gouts ...

  • nazonfly

    02/05/2009 à 12h27

    Répondre

    Plus ou moins d'accord avec Kei sur Wall-E. Je suis bien content de l'avoir évité au cinéma à l'époque.


    En gros, film très beau (sauf les humains), très gnan-gnan (Eve, Wall-E, Eve, Wall-E, Eve, Wall-E, nianianianiania) avec un message très tendance. J'ai eu franchement du mal à m'émouvoir devant ces histoires d'amour entre un Ipod et un vieille carcasse qui fait le bruit de Windows.

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