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W. : L'improbable président

Bush Junior en prend encore pour son grade, et Oliver Stone ne va pas faire dans la dentelle, même si l'esprit de ce génial réalisateur controversé s'est quelque peu assagi...

La controverse, Oliver Stone, ça le connaît. La preuve, sa filmographie regorge de films contestataires où s'exercent les idées et les points de vue du réalisateur, s'attaquant tout aussi bien à la guerre du Vietnam (Platoon) qu'à la drogue dans le milieu sportif (L'Enfer du Dimanche), en passant par les cadres de la haute finance (Wall Street) et la très renommée CIA (JFK).
C'est avec ce même esprit qu'il s'attaque à la vie d'Alexandre le Grand, dépeignant le chef militaire sous son vrai jour (entre autres, son homosexualité) à défaut de présenter ce qu'il a accompli. Le public ne suit pas, la presse encore moins, et c'est avec froideur que tout ce beau monde accueille en 2006 son point de vue sur les attentats du 11 Septembre (World Trade Center). Le côté un peu morose de la réalisation, ainsi que son conventionnalisme affiché, continueront d'alimenter les détracteurs du réalisateur que tout le monde, ou presque, croit « rangé ».

W, L'improbable Président est là pour remettre les pendules à l'heure, même si l'impact est moins violent que par le passé. Le propos de Stone est pourtant clair : que fait George W. Bush à la présidence des Etats-Unis ? Pourtant, la peinture n'est pas finaude, elle démontre avec quelques grossièretés les traits marquants du personnage et de son parcours, politique ou non. On le découvre soûlard, beau parleur, puéril, ambitieux, et par-dessus tout, imbu de lui-même. Par quelques scènes de réunion, d'entrevues décisives pour la nation, Stone montre avec froideur comment le président des Etats-Unis peut être manipulé par son entourage, par des volontés plus fortes que lui. L'enjeu de toutes ces discussions, c'est bien sûr le post 11 septembre, ou comment l'Amérique va déclarer la guerre à l'Irak en pensant y trouver des Armes de Destruction Massive - et au passage lui faire les poches et exploiter son pétrole. Là où George Bush Senior avait su s'arrêter à temps, Junior s'enlise dans une situation qui le dépasse. A travers ceci, les rouages de l'exécutif sont montrés du doigt, les mécanismes mis un peu à jour, laissant le spectateur prendre position même s'il est tenu par la main - celle de Stone.
Pourtant, ce n'est pas seulement un système qui sera mis en avant, c'est aussi l'homme. A travers des flashbacks, c'est toute la famille Bush que l'on découvre, à commencer par ce père, froid et protecteur, qui accèdera au pouvoir et s'effondrera contre son adversaire démocrate en 1992 (Bill Clinton), malgré une victoire dans le Golfe. Le film, dans les relations père-fils, part alors dans des considérations psychologiques et familiales, et montre un homme dissimulé par l'aura de son père, déséquilibré par la vie. Par petites touches, pour ne pas dire anecdotes, Stone trace les contours du personnage sans véritablement le creuser, le sculpte à coups de bretzels et de bières, nous dévoile un homme qui n'avait apparemment pas le profil type pour devenir président des Etats-Unis - mis à part un nom prestigieux. Tout cela a beau être réducteur, le film se laisse suivre avec intérêt, grâce notamment à un Josh Brolin plus vrai que nature.

Improbable, tel est le mot choisi pour qualifier George W. Bush, un mot qui donne tout son sens au film de Oliver Stone. Bush Junior nous y apparaît hors du coup, manipulé par un système qu'il croit dominer, l'épée de la famille dans les mains. Si le film reste assez gentillet, quelques scènes valent leur pesant de bretzels, à l'inverse de certaines autres qui font plus figure d'anecdotes que d'éléments tangibles.

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