7.5/10

Visitor Q

Famille japonaise comme les autres, dans une ville indéterminée. Le père couche avec sa fille qui se prostitue. La mère fait également quelques passes pour se payer son sachet blanc, cette substance qui lui fait oublier que son fils la tabasse. Le fils qui lui même se fait martyriser quotidiennement pas une bande de voyous.
Un jour, le père rencontrera un étrange individu qui s'incrustera dans la vie familiale, dont il finira par chambouler les habitudes...

Visitor Q est un film de Takashi Miike. Tout est dit ou presque. Le réalisateur japonais, qui n'est pas réputé pour prendre des pincettes (nous lui devons la trilogie des Dead or Alive ou encore le récent Audition), nous livre ici une bande étrange et assez inclassable. Tourné en cinq jours avec une caméra DV, Visitor Q a tout du film expérimental et ce n'est pas être très loin de la vérité que de l'affirmer.
Accueilli à froid par une interminable scène d'inceste, on découvre peu à peu cette famille unis mais profondément détruite qui sans cesse se trouve au bord du précipice du chaos, en attendant la pichenette qui la fera basculer. Ils se détestent tous, mais aucun ne peut se passer de l'autre. Le père et la fille sont rattachés par le sexe. La mère et le fils par la violence. Aucune relation n'est unilatérale, c'est la loi du cercle vicieux qui finalement mène à l'équilibre, aussi déglingué soit-il. Cette cocotte-minute explosera avec l'arrivé du mystérieux visiteur. Le fameux Q du titre ? Appelons le Q, ça sera plus simple. Par sa simple présence, Q déclanchera un engrenage infernal libérant littéralement les personnages. Un pétage de plomb dantesque et desespéré qui brise tout les tabous les uns après les autres. Journaliste raté, le père trouvera enfin un sens à sa vie en filmant son fils se faire humilier par des jeunes du coin, sujet en or pour son reportage sur la jeunesse et la société. Le sensationnel, toujours le sensationnel. Le clou du reportage ? il tue et viole sa coéquipière sous la caméra de Q, nous offrant au passage une séance de nécrophilie.
Quant à la mère, elle redécouvrira son rôle, par la découverte de son lait maternel. Par Q, toujours par le truchement de Q. Elle passera le reste du film nue, à faire jaillir le précieux liquide de ses seins toute la sainte journée. Pas de violence ici, mais une certaine forme de poésie, de sérenité. Malgré tout, un voyeurisme à la limite de l'obsénité qui met un tantinet mal à l'aise.
Trash, c'est bien le mot. Pourtant, Visitor Q n'est pas que répulsif. Il fascine, passionne. Plus qu'un simple étalage de scènes à la moralité discutable, Visitor Q est avant tout une fable, une descente aux enfers mênant paradoxalement à une sorte de bonheur et à l'accomplissement de soi. La fin en forme de retour aux sources est un moment intimiste et beau, s'achevant sur une image quasi-surréaliste de la famille recomposé, dévoilant le personnage principal de l'intrigue : la mère. La mère qui devient l'élément fédérateur, qui retrouve un statut quasi-mythologique en se plaçant nouricière, donnant le sein à sa fille et son mari.

Visitor Q n'est pas un film très abordable. Pour être tout a fait franc, ce n'est qu'en écrivant cette critique que j'ai trouvé un sens à tout ce que je venais de voir. Drame humain, le film de Miike passe souvent par d'inattendus moments de comédie, sadique, scato, grinçante, comme pour mieux perdre le spectateur dans ce flot d'images déconcertantes. Comment réagirait-on si l'on nous mettait soudain le nez dans la merde ? Miike l'a fait et la réaction est la suivante : on ne sait pas trop quoi penser sur le moment. Après avoir subit l'acte, il faut y réflechir pour enfin y trouver une signification. Ou peut être pas : qu'a voulu faire Miike finalement ? Visitor Q est il un pamphlet ou juste une grosse blague teintée de cynisme ? On peut y voir un film critique : un portrait de famille au vitriol. Une dénonciation de l'hypocrisie des médias. La télé annonce les informations du jour : une naissance au zoo. En arrière fond, la mère subit les derniers coups de son fils. Le message apparait clair. Mais est-ce le propos ? c'est au specateur seul de juger...

Un film à voir pour se forger une opinion sur la chose. Mais pour yeux avertis...

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4 commentaires

  • sunkilmoon

    24/08/2005 à 00h45

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    Superbe film experimental sans paillettes ni effets: juste le fonds, juste les faits.

    On aurait pu lui trouver un air de famille avec Requiem for a dream
    mais non, ce film ne traite pas comme on pourrait le croire de la destruction mais bien de la renaissance d'une famille désunie dans un japon moderne.

    Miike en détruisant cette famille la reconstruit sous nos yeux, nous
    sommes Ce visiteur à la chemise rouge qui nous fracasse le crâne pour
    mieux nous réveiller. Qui est donc Visitor Q ?

    Les dés sont jetés, dès les premières minutes.
    Un père incestueux payant pour avoir sa fille.
    Une mère soumise et frappée par son fils.
    Ce quatuor désaccordé va lentement retrouver ses marques en s'appuyant sur le pilier principal qu'est la mère nouricière ...

    Si miike est crû, c'est que la Vie est crûe !
    Comme la caméra sait l'être pour notre plus grand plaisir.

    Comme ce cadavre en décomposition, cette magnifique jeune fille se vidant de ses entrailles sous les coups de butoirs que lui assenne son ultime amant...
    Ces gamins cruels qui maltraitent et humilient le fils de famille
    qui sont finalement abattus par le père.
    Comme le lait coulant du sein de cette mère...rappelant sa progéniture.
    au bercail : Chacun revient lentement à Sa place.

    Qui d'autre pourrait vous écoeurer durant 1h20 et vous faire vous sentir
    vraiment mais vraiment vraiment très bien les 5 dernières minutes ?

    Au dela de toute prouesse cinématographique, de clichés gnangnan, de réfléxion philosphique déplacée, subsiste juste la brutalité et la force de la Vie comme seul Takashi Miike est en mesure de la filmer aujourd'hui.

    A voir absolument et si possible en famille afin de se souvenir qu'avant d'être des hommes nous étions une meute.

    Sunkilmoon

  • Anonyme

    12/04/2007 à 23h00

    Répondre

    Visitor Q est le pire film de Miike. Pire dans le sens qu'il est le plus insupportable à voir, sans doute celui ou l'auteur va le plus loin dans l'expérimentation, le jeu avec les normes sociales et les interdits du même nom. Certains ne lui accorderont même pas le nom de film. Tout juste parlerons-t-ils de scènes sans queue ni tête, inutilement trash mises bout à bout avec un semblant de logique. C'est qu'alors ils n'ont pas compris Miike. Car Miike, dans sa folie, a oublié les codes, les limites. Il a fait jouer à ses acteurs (d'ailleurs très libre dans leur jeu) une comédie familiale satirique dans laquelle les hommes serait débridés, comme les motos lorsqu'elles le sont, ils foncent vers leur instincts, leurs bas instincts, redécouvre la vie, la vrai (j'ai était publiciste dans une autre vie). Mais enfin, avant de vraiment tenté une sorte d'analyse, parlons du film et de sa trame scénaristique.... (Suite ici)http://asiaphilie.blogs.allocine.fr/asiaphilie-93876-visitor_q_satire_trash_a_la_sauce_miikienne.htm

  • Bizaz

    13/09/2008 à 13h44

    Répondre

    Si Miike n'est pas avare de films sans
    queue n'y tête, souvent facile à repérer (ses
    films de yakusas), parfois moins (le faussement lynchien Gozu), il
    possède aussi à son actif quelques films doté
    d'une vraie base de réflexion (Audition). A priori, Visitor Q
    semble n'avoir pas grand sens. Pourtant, ce film, préparé
    en 5 jours avec un budget ridicule mais une liberté total,
    permis au réalisateur d'oser raconter une histoire somme toute
    fort proche d'un renversement des valeurs nietzschéen : une
    famille regroupant les problèmes d'une société
    moderne va, par l'intermédiaire d'un élément
    perturbateur – notre visiteur - se libérer des chaînes
    physiques ou psychiques responsables de ses malheurs et finalement
    atteindre un état de bonheur quasi spirituel, mais
    profondément amoral aux yeux d'une société
    reposant sur les tabous.


    Visitor Q est un petit bijou, riche en
    symboles, et ce dernier volet d'un ensemble de six films sur le thème
    de l'amour est capable d'alimenter les débats cinéphiles
    autant ou plus que de nombreux films récents à
    connotation intellectuelle.

  • SOPHY&

    13/09/2008 à 17h03

    Répondre

    Pour moi ce film est un hommage à Pasolini et notamment à son fameux film "Théorème".


    L'histoire est la même, un étranger (Terence Stamp) vient perturber une famille et la remettre dans le droit chemin. A l'époque le film de Pasolini était très dérangeant puisque l'étranger faisait l'amour avec tous les membres de la famille (y compris le père), pour disparaître ensuite, aussi bizarrement qu'il était arrivé... l'acte sexuel étant rédempteur et transformant la famille du tout au tout.


    Dans le film japonais la symbolique est la même, mais le réalisateur utilise les problèmes relatifs à la société japonaise, l'étranger se chargeant de rétablir l'équilibre familiale.


    Le film de Miike est dans la même veine provocatrice (le suggéré des années 70 laissant place au trash des années 2000), néanmoins le film un peu trop grand guignol est moins puissant que le film italien. Je préfère de loin "Audition", une terrible histoire d'amour!

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