7.5/10

Vilaine

Film à tendance bonne humeur et amusement. Des tarés face à leur maigre destin dans un univers parallèle proche du nôtre mais un peu trop éloigné pour qu'on se sente y appartenir. Attention à l'overdose de Jean-François Maurice dans la BO toutefois... ou pas.

Mélanie est très gentille. Elle rend des services à sa voisine, à sa mère, à ses trois copines pétasses sur les bords et même à son patron chauve et macho qui l'exploite sans vergogne dans un travail de serveuse/pompiste à la pointe de toutes les infractions au code du travail. Mais donc comme le dit le proverbe : trop bonne, trop conne. Et Mélanie le découvre à ses dépends lorsqu'elle se rend compte que ses amies lui tendent un piège humiliant pour la Saint-Valentin : son prince charmant n'est en fait qu'un canular, un pauvre crapaud virtuel et sans consistance, un rêve sans vie. Elle qui se trouvait vilaine le devient. Son chat se retrouve à la poubelle ainsi que la plupart de ses beaux sentiments, accompagnés de ses désirs de prince charmant. Et lorsque la méchanceté sort pour la première fois de sa bouche son petit monde se met a trembler en criant : "Mais pourquoi est elle si méchante ?"

Lorsque Vilaine commence, on a un peu peur. Le tout semble surfer sur le succès un peu oublié du Fabuleux destin d'Amélie Poulain. L'affiche est déjà troublante de clichés vieillots et de couleurs surjouées comme celles du film de Jean-Pierre Jeunet. Le narrateur n'est autre que Monsieur Marie, le boucher de Delicatessen, et
sa voix si reconnaissable nous met dans cette ambiance de mal à l'aise clairsemé comme dans un film du même auteur. Puis viennent les papiers peints vieux de quarante ans et les coupes de cheveux oldies. Mais très vite l'ambiance se construit et se découvre une forte personnalité. Et au milieu de cet air de déjà-vu, on apprécie une bande d'acteurs engagés pour péter un câble devant une caméra immunisée à l'explosion de sentiments. De la bimbo blonde et méchante à la jeune rousse bourgeoise à tendance psychopathe en passant par la mère assistée et hypocondriaque et la voisine en forme de rogne avec son chien obèse tout droit sorti de Télé Z, ces allumés du bocal vont bien ensemble. Du coup, la cohérence de ce monde à part est plaisante et on ne s'étonne pas de voir ces déjantés dans des dialogues surréalistes.

Malheureusement la fraîcheur et l'identité qui s'en dégagent sont bien au-delà des ambitions du film. Certes, Pierre-François Martin-Laval et sa moumoute nous font rire. Oui, le cliché du garagiste enduit de sueur et d'huile de vidange est du meilleur
goût dérisoire lorsqu'il se met à pleurer. Oui encore, on appréciera la tête de bon garçon d'Innocent (c'est son nom), le balayeur de couleur de la station-service où travaille Mélanie. Mais le film ne se prend tellement pas au sérieux qu'on en oublie la composante cinéma de l'affaire. C'est bien dommage car l'atmosphère visuelle ne choisit jamais vraiment ses couleurs dominantes ou ses inflexions graphiques. C'est donc un superbe divertissement joué avec panache par Marilou Berry et tous les autres allumés avec une belle montée en puissance de la bombe mentale qui les guette tous sans exception dans leurs illusions incroyables, mais la finalité de l'histoire ne nous étonneras pas plus que ça et les personnages individuellement perdent en profondeur.

C'est d'autant plus dommage que les ingrédients sont bel et bien là et on sent une équipe soudée et bénévole, prête à donner dans la farce comme dans l'émotion édulcorée d'un monde imparfait. Le moment passé est donc très bon, agréable
même mais loin d'être transcendant et on oublie assez vite ce qu'on a vu sans trop s'inquiéter ni se réjouir de la fin joyeuse et de ses implications malheureuses pour cette dimension parallèle farfelue dans laquelle on nous a laissé vivre les dernières quatre-vingt dix minutes et à laquelle on aurait voulu s'accrocher. Les multiples clins d'oeils ringards auraient pu nous mettre la puce à l'oreille quand à l'objectif incertain du film d'ailleurs peu moralisateur (ce qui reste un très bon point d'ailleurs). Mais comme le disent les spécialistes «  Un film dans lequel on entend autant de Jean-François Maurice annonce clairement la couleur ». Et puis de toute façon on est contents de retrouver Chantal Lauby dans un rôle naturel un peu zinzin, le grand PEF et ses accents insupportables sauf pour l'oreille des baleines et une figure principale aussi pleine de vie et d'expressions que celle de Marilou.

Un film vraiment pas vilain au bout du compte. Mais faut aimer l'humour des gens un peu barrés, les chats qui fument des pétards et les cascades qui font pouf... ah oui et puis les gens simples aussi dans les histoires simples. C'est pas plus mal de temps en temps et puis ça change.

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Agathe Cléry

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1 commentaires

  • Anonyme

    04/12/2008 à 15h56

    Répondre

    15h54: l'heure d'être d'accord avec cet avis


     


     

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