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Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, critique du film

Le jour de son centième anniversaire, Allan Karlsson décide de quitter sa petite maison de retraite pour une cavale improvisée. Il en profite pour nous raconter sa longue vie mouvementée, pendant laquelle il a fréquenté les grands de ce monde et a participé aux événements majeurs de notre histoire.

Depuis deux-trois ans, vous n'avez pas pu rater dans n'importe quelle librairie ce livre au titre étrange Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, arborant en couverture un vieillard en costume d'éléphant rose. Et pour cause, ce roman suédois de Jonas Jonasson a séduit tout le monde : de l'abonné de Télérama à l'amateur de Marc Lévy. Son pitch délirant et sa narration morcelée en faisaient une histoire dont on ne pouvait pas décrocher avant d'atteindre la dernière page.

A partir de là, il ne paraît pas stupide d'en faire un film. Et quand la réalisation est confiée également à un suédois, on se dit qu'on a tout pour une adaptation fidèle et grandiose. Et on touche là le principal problème des adaptations de livres en films.

Franco, Staline et la campagne suédoise

Quand on fait une adaptation, on aurait tendance à croire que le but n'est pas uniquement de faire plaisir aux fans de l'œuvre d'origine. Il s'agit aussi de donner l'accès à d'autres à cet univers. Or, le réalisateur Félix Herngren se plante ici totalement. En voulant à tout prix coller au livre, il propose un film sans envergure, à la narration didactique et avec une réalisation paresseuse. On sent qu'il n'y a aucun effort dans la mise en scène, dans les personnages et dans le jeu des acteurs. Tout est extrêmement sommaire et appliqué.


Si vous vous demandiez à quoi ressemblait un centenaire en cavale au téléphone avec le fils d'un espion russe.

 Bien-sûr, quand on fait une adaptation, il faut enlever des choses, mais là, ce sont les personnages qui en pâtissent. Aucun, à part Allan, n'a le moindre background, la moindre petite histoire à raconter. Ils sont juste là et suivent le centenaire dans ses aventures. De Julius, on sait juste qu'il aime boire. Benny a (presque) fait plein d'études et Gunilla possède un éléphant. Rien d'autre. Et c'est bien dommage quand on sait que ces points étaient très présents dans le roman.

Ceci concerne la partie « actuelle » du film, où l'on suit Allan et ses comparses poursuivis par un gang de motards. Mais en parallèle, on nous abreuve de flashbacks pas toujours bien introduits où Allan nous raconte ses péripéties passées : en Espagne pendant la guerre civile, dans un goulag à Vladivostok, en France pendant mai 1968... Et là aussi, même problème : les personnages sont à peine effleurés et sortent du récit brutalement, sans aucune conclusion.

Le flegme nordique?

Vous me direz, pour un road-movie délirant, on s'en fiche, mais avec autant de superficialité, tout devient bien fade. Mais pourtant, pourtant... Il y a quelques scènes qui valent le détour. Le film est bien moins énergique que son homologue romanesque mais se laisse regarder sans qu'on trouve le temps long. Les situations rocambolesques se succèdent, on passe sans transition d'une beuverie avec Staline à un éléphant dans un bus, entre deux explosions. Notre ami Allan traverse l'histoire, un peu à la manière d'un Forrest Gump, en apportant son flegme et son détachement dans des situations dont il n'a pas la moindre idée des implications qu'elles peuvent apporter.


Voici Allan avec le frère idiot d'Einstein. Oui, c'est aussi con que ça en a l'air.

 

C'est là la force du film : le contraste entre ce tempérament passif, désintéressé et le bordel général qui lui gravite atour. Dommage encore une fois que le jeu de Robert Gustafsson soit si ennuyeux et plat.

On se laisse donc porter sans déplaisir dans ce film inégal qui recèle quelques moments d'ennuis mais d'autres beaucoup plus drôles. Mention spéciale à l'officier de police dont chaque scène est un petit bonheur d'humour absurde. Dommage que l'aspect « humour noir » ne soit pas mieux exploité alors qu'il y avait du potentiel.

Si vous n'avez pas lu le livre, vous devriez apprécier. Mais si vous l'avez lu et aimé, vous ne pourrez que rager en pensant à ce que vous avez raté devant le potentiel comique. C'est peut-être injuste de juger un film sur ce qu'il aurait pu être plutôt que sur ce qu'il est, mais... Merde, c'est dommage quoi !

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A propos de l'auteur

Je regarde plein de films et sur mon temps libre je suis journaliste. J'ai eu peur devant Paranormal Activity et je me suis endormi devant Interstellar. Mes goûts n'engagent que moi.

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