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vie est belle (La) - 1946

La Vie est belle est le premier film produit par Liberty Films, la société de production créée par Frank Capra à la fin de la seconde guerre mondiale. Il nous conduit à Bedford Falls, une petite ville sans histoire des Etats-Unis, où l'on fait la connaissance d'une galerie de personnages en culotte courte : parmi eux figurent George et Harry Bailey, Sam, Mary, Violet et Marty. George est le plus charmant et le plus généreux d'entre tous. Il est aussi le plus rêveur. Plus tard, il s'imagine explorateur et marié à une multitude de femmes (au désespoir de Mary, secrètement éprise de lui). Mais quelques années plus tard, le décès de son père l'oblige à reprendre l'entreprise familiale de prêts à la construction, qui permet aux plus déshérités de la ville de se loger. Il abandonne ainsi ses rêves d'évasion pour se mettre au service des autres (contrairement à ses proches, qui s'envoleront aux quatre coins du monde). Tout semble lui sourire dans un premier temps. Les affaires prospèrent. Il fait un mariage heureux et devient le père de quatre beaux enfants. Il n'a qu'un seul ennemi, Henry Potter, dont il se fiche éperdument. Ce dernier a beau être l'homme le plus riche de la ville, la famille Bailey l'a toujours empêché d'avoir une emprise totale sur elle. Mais du jour au lendemain, la situation est en passe de s'altérer, George devant faire face à une situation financière totalement inédite.

Le film s'ouvre sur une séquence un peu désuète, mais néanmoins pleine de charme, où l'on fait la connaissance de Clarence, un ange de seconde classe, chargé par ses supérieurs de veiller sur ce fameux George Bailey. Si sa mission est couronnée de succès, il pourra enfin bénéficier de la paire d'ailes, qu'il convoite depuis si longtemps. Dès lors, le film se déploie suivant une trame digne d'un conte pour enfants, à mi-chemin entre comédie, poésie et film fantastique. Bien qu'il passe en revue les principales valeurs du modèle américain (devoir de solidarité, principe d'égalité entre les individus, prépondérance des liens familiaux...), il se teinte assez vite d'une noirceur tout à fait particulière. On passe souvent du rire aux larmes (une constante dans les films de Capra), à l'image de cette séquence, délicieusement romantique, entre Mary Hatch et George Bailey, qui se clôt par l'annonce du décès du père de ce dernier. Frank Capra évoque de façon très pertinente les problèmes rencontrés par les Etats-Unis pendant l'entre-deux-guerres. La crise de 1929 plonge l'entreprise des Bailey dans une situation catastrophique. George Bailey est un héros en proie aux doutes les plus profonds. Son anxiété ne cesse de croître au fil du récit. Elle a de fâcheuses répercussions sur son entourage. L'entrée en guerre est également abordée. Elle oblige l'ensemble de la population à se mobiliser, les femmes devant se faire à l'idée que leurs maris ne reviendront peut-être jamais. Mais Frank Capra évoque aussi les exploits militaires de Harry Bailey, le frère cadet de George. Il est en passe d'être décoré. Et puis, il offre une infime lueur d'espoir à George, qui lui fera prendre conscience que sa situation financière n'est pas si désespérée. Elle donnera lieu à une séquence d'une tendresse inouïe, qui me fait dire que la vie est aussi belle qu'un sourire de Donna Reed...

De façon générale, l'optimisme est évidemment le grand vainqueur de ce long métrage. Dans son autobiographie, le réalisateur écrit : "La Vie est belle n'était fait ni pour les critiques blasés, ni pour les intellectuels fatigués. C'était mon type de film pour les gens que j'aime. Un film pour ceux qui se sentent las, abattus et découragés. Un film pour les alcooliques, les drogués et les prostituées, pour ceux qui sont derrière les murs d'une prison ou des rideaux de fer. Un film pour leur dire qu'aucun homme n'est un raté". Ce qui est sûr, c'est que La Vie est belle est un film poignant, d'une force émotionnelle rare, qui délivre un message éminemment positif. Il est à ce jour le meilleur anti-dépresseur que je connaisse et n'usurpe en aucun cas sa réputation de film culte. L'humanisme qui s'en dégage est assurément l'une des plus belles choses que le cinéma ait produit depuis sa création. Je lui ai vendu mes larmes.

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2 commentaires

  • Attila

    17/11/2005 à 15h29

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    De tous les Capra avec l'Homme de la Rue c'est celui que j'aime le moins. Je le trouve beaucoup moins réussi que Mr Smith au Sénat par ex ou encore Mr Deeds (me souviens plus du titre exact.) De plus mêmme si j'aime beaucoup James Stewart, je le trouve particulièrement niais et iunsuportable dans ce film.

    Bon quand je dis que c'est celui que j'aime le moins cela ne veut pas dire que je ne l'aime pas...

  • Filipe

    18/11/2005 à 20h56

    Répondre

    Et oui, c'est un peu un film à double tranchant. Aussi, ça ne me surprend pas vraiment qu'on puisse y trouver J. Stewart insupportable. Mais personnellement, je me suis totalement laisser bluffer par la magie de ce conte.

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