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Victoria ou la nuit berlinoise

À peine sortie de boîte de nuit, la jeune Madrilène Victoria est entraînée dans une histoire rocambolesque dans les rues nocturnes de Berlin sous la forme d'un long plan-séquence de 2h14.

Un plan-séquence est une scène (unité de lieu et de temps) filmée en un seul plan qui est restituée telle quelle dans le film, c'est-à-dire sans montage (ou interruption de point de vue avec plan de coupe, fondu, volet et champ-contrechamp). (Wikipedia : Plan séquence)

Virtuosité technique

La promotion de Victoria, qui a ramené une belle foison de récompenses à la 65ème cérémonie du Deutscher Filmpreis, est principalement basée sur la technique de réalisation du film : un long plan-séquence justement de 2h14, soit… toute la durée du film. On ne quitte donc pas la fameuse Victoria, jeune Madrilène vivant à Berlin, dans son périple nocturne au cœur de la ville allemande. Mais la caméra ne se contente évidemment pas de suivre bêtement la jeune femme, elle s'attarde aussi parfois sur les compagnons de virée de celle-ci, quatre losers éméchés rencontrés à la sortie d'une boîte de nuit. Elle filme des visages, des mains, des paysages urbains… Bref, cette caméra filme la même chose que dans un film classique. Et même si l'on est parfois tenté d'analyser comment le réalisateur peut accomplir ce tour de force qu'est le plan-séquence-le-plus-long-jamais-réalisé (par exemple comment la caméra peut rentrer dans un taxi, faire quelques mètres et sortir en même temps que les personnages principaux), on l'oublie vite tant l'histoire est prenante. Et tant la prise de vue est finalement très classique.


DR. Un plan complètement fou

 

Haletant jusqu'au bout

Dès les premières minutes du film, la techno et les lumières stroboscopiques nous immergent directement dans le film : on voit la fameuse Victoria, égérie éponyme du film, qui capte et charme immédiatement la caméra. Laia Costa, actrice espagnole passée sous les radars, est vraiment l'atout de ce film tant elle magnétise le spectateur. Lequel ne peut donc qu'accompagner la folle virée nocturne de cette jolie au sourire mutin et désarmant, image de la pureté de la jeunesse. Emporté par un maelstrom un peu fou, ce même spectateur reste vissé à son siège en découvrant les événements qui entraînent Victoria et ses comparses de plus en plus loin jusqu'au climax qui va le laisser haletant. C'est dans cet enchaînement implacable que Victoria est une belle réussite et un superbe moment de cinéma même si le réalisateur,  Sebastian Schipper, sait aussi ménager des instants complètement déconnectés de la trame de son histoire, des instants au temps suspendu, irréels qui renforcent encore le final du film.


DR. Un ange passe

 

Folie berlinoise

Même si Victoria est évidemment un bon film, on ne peut cependant s'empêcher d'émettre un bémol. Un gros en réalité. Du début à la fin il est impossible de croire au scénario. Impossible. Qu'une jeune femme aille danser seule en boîte de nuit, pourquoi pas (même s'il ne faut pas avoir peur de s'embêter). Que cette même jeune femme ne sache pas aligner plus de quelques mots d'allemand après 3 mois passés au pays dans un café, ça devient plus étonnant. Qu'elle n'hésite pas à suivre 4 mecs éméchés dans les rues de Berlin à 4 heures du matin, ça commence sérieusement à nous faire tiquer. Mais qu'elle ne s'inquiète pas outre mesure que les gars tentent de faire démarrer des voitures sur le bord de la route, là non ce n'est plus possible. Et tout ce qui s'ensuit devient de plus en plus improbable au fur et à mesure que le film avance. Jusqu'au final qui, tout en maintenant une tension constante, semble là aussi prendre des libertés avec la plausibilité de l'histoire.

Il n'en reste pas moins que Victoria est un très bon film à voir cet été, très prenant et sans franche prise de tête. Et si l'on peine à croire le scénario, c'est peut-être juste qu'on ne connaît pas Berlin, l'une des villes les plus « alternatives » en Europe.

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A propos de l'auteur

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