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Versailles

Guillaume Depardieu défend avec talent un personnage de marginal écorché. Mais le film manque de finalité, et apparaît malheureusement un peu brouillon.

Depardieu junior, c'est immanquablement le fils de son père. Malgré leurs brouilles, tout les rapproche : leur physique de blondinet au caractère bien trempé, leur tempérament de chien fou à la ville comme à l'écran, leur goût immodéré de l'alcool et des excès... Le rôle de paria que Guillaume tient dans Versailles, Gérard aurait pu le jouer il y a 20 ou 30 ans, et pourrait peut-être même encore en jouer une variante aujourd'hui. Cette filiation n'empêche évidemment pas d'apprécier la performance de l'acteur, ni de déplorer la relative faiblesse du film qui l'entoure.

Nina (Judith Chemla) et son petit garçon Enzo (Max Baissette de Malglaive, le genre d'acteur qui aura intérêt à raccourcir son patronyme par la suite) sont à la rue. Errant de foyer en foyer, la mère décide un jour d'abandonner son enfant à Damien (Guillaume Depardieu), un sans-abri qui vit dans les bois de Versailles. D'abord
surpris de se découvrir une responsabilité, Damien finit par s'attacher au gamin...

Si les premières minutes peuvent donner les chocottes au spectateur qui redoute les plans nocturnes mangés au grain (certaines scènes sont quasiment impossibles à discerner), l'image s'améliore dès que Guillaume Depardieu entre en scène. Toujours nocturne, la photographie devient néanmoins lisible et appréciable, ménageant même de très jolis moments. La rupture est-elle voulue ? On peut en douter, car le grain si moche du début revient à plusieurs reprises dans le film, sans raison apparente. Cette inégalité du visuel correspond au reproche que l'on peut adresser au scénario : impossible à cerner, il finit par ne traiter aucun sujet particulier. On effleure la vie des SDF du bois de Versailles, on survole la vie professionnelle de Nina, on se retrouve parachuté dans la deuxième vie de Damien... S'il apparaît progressivement que le personnage principal est Enzo, on peine pourtant à s'identifier à un enfant de quatre ans qui ne lâche qu'un mot par demi-heure. La faute n'en revient pas au jeune acteur, celui-ci se débrouille admirablement avec sa bouille d'ange qui pourrait le rendre insupportable ; elle n'en revient pas non plus à Depardieu, qui parvient à rendre extrêmement émouvant son personnage bourru et Deux par deux
Deux par deux
asocial, massif et fragile ; il faut donc se tourner vers Pierre Schoeller, dont le scénario et la réalisation sont hésitants, divisés entre plusieurs pistes sans oser en choisir une.

Le film n'est pas réellement ennuyeux, bien qu'il se traîne sensiblement par endroits ; mais arrivé à la dernière scène, il laisse en plan tout ce qu'il avait pu aborder précédemment au profit d'un final bâclé, sans lequel l'ensemble paraîtrait presque plus complet (un comble). On n'en retiendra donc qu'une morosité stérile, une vision nocturne de la face cachée de Versailles, et une poignée de performances d'acteurs intéressantes. Si c'est le mot Versailles qui vous excite, sachez que la suite de Versailles rive gauche (Bruno Podalydès, 1991) sort le 22 octobre prochain, et s'appelle logiquement... Versailles rive droite.

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3 commentaires

  • shushu

    18/08/2008 à 09h53

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    Enzo (Max Baissette de Malglaive, le genre d'acteur qui aura intérêt à raccourcir son patronyme par la suite)


     


    Au contraire, je trouve que c'est un très joli nom

  • riffhifi

    18/08/2008 à 10h06

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    Joli mais long


    En même temps, les producteurs de la fin des années 70 ont prédit à Schwarzenegger qu'un nom aussi imprononçable ne pouvait pas avoir de succès

  • Anonyme

    18/08/2008 à 12h18

    Répondre

    j'ai beaucoup aimé ce film très réaliste des vies cachées dont peu de monde s'interresse vraiment. peut être ce film n'aura t-il pas de succès mais je le trouve réussi, pur, vrai et dramatique. la fin est prenante tel qu'elle pourrait être en réalité.

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