Vendredi 13, jour de sortie pour Jason Voorhees

Le 25 décembre, on invite le Père Noël. Le lundi de Pâques, on invite le Lapin. Et à chaque Vendredi 13, on reçoit Jason Voorhees pour dîner. Pratique, c'est lui qui coupe la viande !

Après Massacre à la tronçonneuse, La colline a des yeux, Halloween, la maladie du remake frappe la franchise horrifique la plus prolifique de ces dernières décennies : Vendredi 13. Sur onze films, la probabilité que les évènements se déroulent toujours un vendredi 13 a fini par s'amincir, et les derniers opus se contentent d'arborer le nom du tueur vedette : Jason, le colosse au masque de hockey. Petit retour sur le parcours de santé d'un p'tit gars élevé en pleine nature, dont la première mort supposée a eu lieu en 1957, lorsqu'il avait environ huit ans. A ce jour, Jason est donc mort douze fois. Bientôt treize ?...

Vendredi 13 (1980)

Le slasher des années 80, s'il trouve ses lointaines racines dans le Psychose d'Alfred Hitchcock, a été défini en grande partie par le glaçant Halloween de John Carpenter. Pourtant, ce dernier restait dans une certaine mesure un film d'auteur, et ne possédait pas ce côté "exploitation" qui fera le charme du genre. C'est avec Vendredi 13, en 1980, qu'apparaissent la régularité des meurtres et l'enthousiasme du massacre, qui remplacent le suspense et la tension dramatique.
Dans le premier opus, réalisé par Sean S. Cunningham, une bande de jeunes moniteurs se réunissent dans la colonie de vacances de Crystal Lake. Ils se rient évidemment des superstitions locales, qui veulent que le camp soit maudit depuis qu'un jeune garçon s'y est noyé une vingtaine d'années plus tôt. Parmi les inconscients, on trouve un jeune acteur du nom de Kevin Bacon, la future star dont le patronyme était alors un simple prétexte à le placer au cœur d'une boucherie. Pour continuer dans les jeux de mots, notons que les ennuis commencent à partir du moment où Bacon fait des cochonneries avec sa copine, pendant que leurs amis se livrent à un strip-Monopoly. Le croquemitaine, c'est un fait désormais admis, occupe un rôle éducatif en châtiant les impies qui commettent le péché de chair. Croquemitaine ? Ce n'est pourtant pas le mastodonte Jason Voorhees qui découpe les gens dans ce premier film, mais sa maman vengeresse décidée à occire sauvagement les moniteurs de toutes époques, qu'elle tient pour responsable de la mort de son rejeton. Ce dernier, dans la version française d'époque, ne s'appelle même pas Jason mais Jacky, preuve que les traducteurs insouciants n'avaient aucune idée du culte que génèrera ensuite le tueur du vendredi. La mère assassine est un thème directement emprunté à Psychose, dont la musique est elle aussi allègrement plagiée par Harry Manfredini ; ce dernier y ajoute néanmoins une pincée de « tch-tch-tch-ha-ha-ha » qui deviendra la marque de fabrique de la série.

Vu avec le recul, le premier Vendredi 13 peine à assurer pleinement son rôle de divertissement macabre (la meurtrière n'est vue que vers la fin du film, où elle s'avère graphiquement peu mémorable), et son impact horrifique paraît bien faiblard en regard de ce qui a suivi. Reste le côté assez pur de sa construction, et la présence rétrospectivement attendrissante de Kevin Bacon. On note également que dès le premier film, le scénariste se contrefout totalement de la date des évènements, ce qui expliquera sans doute l'abandon progressif de la notion de "vendredi 13" dans le titre.

Le tueur du vendredi (1981)

Si le premier volet peut être considéré comme le "top départ" de la vague de slasher movies crados, le deuxième est en réalité le premier vrai "Vendredi 13", dans le sens où il étrenne les deux règles d'or de la série :

  1. la star, c'est le tueur
  2. le tueur, c'est Jason Voorhees

Après un prégénérique de 12 minutes (eh ouais, quand même) qui reprend essentiellement la fin du premier film sous forme de flash-backs, le ton est donné : On comprend pourquoi il se cachait !
On comprend pourquoi il se cachait !
Jason a survécu à la noyade (on ne sait pas comment, ni pourquoi sa mère voulait le venger - puisqu'il n'est pas mort !), il est resté caché pendant trente ans (là non plus, pas d'explication), et il revient pour tuer tout le monde (là, on suppose que c'est pour venger sa maman, dont il garde la tête empaillée dans un coin, histoire de prolonger joyeusement l'hommage à Psychose - et on ne parle même pas de la scène de la douche dans le prégénérique). Les victimes tombent comme des pipes à la fête foraine, Jason s'éclate, mais il manque un élément décisif à la mythologie : le masque de hockey. Pour l'instant, le tueur de Crystal Lake se contente de laisser sa tête hors du cadre ou de la cacher sous un drap façon Elephant man, avant de révéler sa sale trogne dans les dernières minutes du film. Un aspect qui changera au gré des suites, de même que le volume de Jason qui enflera de film en film.

Meurtres en trois dimensions (1982)

Une fois n'est pas coutume, oublions l'histoire, qui se raccorde comme elle le peut à l'opus précédent. Oublions les jeunes idiots, leur passion pour le sexe et la fumette, le trio de loubards ringards et les coups de fourche qu'ils se prennent dans la bedaine. Vendredi 13 3, Meurtres en 3D de son petit nom, est peut être l'épisode le plus culte de la saga. Non pas que, tant sur le fond que sur la forme, il Femme au volant, mort au tournant
Femme au volant, mort au tournant
soit meilleur que ses petits camarades, mais parce que c'est dans cet opus que le tueur de Crystal Lake trouve enfin masque à sa hauteur. Et oui, fini le sac à patates sur la tête, Voorhees-fils arbore désormais le masque de hockey qui le fera entrer dans la légende et rétrospectivement, il n'est pas interdit de voir en cette séquence-clé la naissance du vrai Jason. A ce titre, le film est d'ailleurs curieusement éloquent : si 45 minutes durant, le réalisateur du bien sympathique House, Steve Miner, livre un épisode plutôt... mineur au regard de l'intégrale de la saga, l'arrivée du Jason new-look met un sacré tigre dans le moteur. Le gore se fait plus présent, un érotisme gentillet pointe son sein et les morts tombent littéralement de tous les coins, alors qu'un oeil fraîchement énuclée s'envole soudain vers le spectateur. Ce sera là, d'ailleurs, le seul véritable "meurtre en 3D" du film, l'essentiel du procédé, usine à gaz technique mais argument commercial alors très à la mode dans le cinéma d'horreur, ne servant finalement qu'à jeter des choses à travers l'écran (yoyo, popcorn, bouts de bois... wow), lorsque Jason ne mouline pas piteusement des bras face caméra. Voila, c'est fait. Le film est objectivement une vraie ruine, ne sert à rien et n'est même pas drôle, mais Jason, machette au vent, est désormais prêt à conquérir le monde !

Vendredi 13 chapitre 4 : Le chapitre final (1984)

Aussi incroyable que cela puisse paraître aujourd'hui, la saga Vendredi 13 était pensée pour se terminer un jour, précisément par ce déclaré ultime épisode. Solide nom du film d'action 80's et réalisateur de chevet de notre Nicolas national (pas Sarkozy hein, not'chef ciné !), c'est à un Joseph Zito en devenir que revient l'honneur d'enterrer Jason, en signant ici sa deuxième et dernière incursion dans l'horreur pure depuis le très sale Rosemary's Killer en 81. Sur une base déjà éventée -ce Chapitre Final n'étant au bout du compte qu'un vague remake du film originel- Zito, dont le contemplatif n'est pas l'apanage, livre ici un slasher dynamique et brutal, trouvant la part juste entre meurtres sanglants et poitrines dénudées d'usage, tout en développant un amusant esprit campy lorsqu'il s'intéresse à la désormais
proverbiale bande de jeunes écervelés. Difficile à ce titre d'oublier la scène où Crispin Glover (Willard), jeunot, gesticule une sorte de pre-tektonik au son d'un imbittable rock FM ! Tout ceci fait mouche, d'autant que le film se laisse aller à quelques baignades naturistes évoquant furieusement la Baie Sanglante de maître Bava. Une jolie manière de boucler la boucle. Quand à la conclusion tant attendue, elle constitue en une dizaine de minutes musclées (aurait-il pu en être autrement ?) où Jason casse des murs et des portes, court le 100 mètres (et oui !) et se prend des coups de marteau et de télé en pleine poire, avant de trouver enfin plus fort que lui dans un dénouement bien gore à la folie presque dérangeante. Qu'il soit pris comme un épisode de routine ou comme une tentative (avortée) de mettre Jason à la retraite, ce Chapitre Final rempli son contrat, certes sans finesse, mais avec éclat. Ce sera là aussi le dernier Vendredi 13 du maquilleur Tom Savini, qui après avoir littéralement créé Jason dans le premier opus, rempilait là pour mettre symboliquement -mais était-il dupe ?- un point final à ce jeu de massacre. L'ironie du sort fera qu'il recroisera Joseph Zito sur les plateaux de la Cannon, pour les besoins d'Invasion USA et du Scorpion Rouge. Quant au brave Jason, qui a avalé bien des légumes verts depuis ses meurtres en 3D, il restera ce qu'il a toujours été : une légende. Et il est bien connu qu'elles ne meurent jamais...

Vendredi 13 chapitre 5 : Une nouvelle terreur (1985)

"Flûte". Ou plutôt "Shit" voire "motherfucker", voilà ce qu'on dû se dire les producteurs face aux résultats tout à fait honorables du Chapitre Final, laissant entendre que la poule aux oeufs d'or a encore des choses dans son fondement. Le dieu Dollar ayant solutions à tout, un cinquième épisode est donc logiquement mis en branle... une fois n'est pas coutume, avec une rare intelligence. Cette intelligence est de laisser Jason a sa place, soit pourrissant quelque part avec une machette dans l'os maxillaire, et de faire du jeune Tommy Jarvis, héros insoupçonné de l'opus précédent et désormais jeune traumatisé, le centre de l'histoire voire le tueur présumé de la vague de meurtres qui s'abat autour de lui. Un Vendredi 13 d'auteur en quelque sorte, non dépourvu d'une certaine
cohérence quant au Chapitre Final, dont le résultat est à la fois fidèle et assez en retrait du tout venant de la saga, en atteste une conclusion malsaine qui n'aurait pas dépareillé dans un roman de Thomas Harris. Problème : comme disait riffhifi, dans Vendredi 13 la star, c'est le tueur et le tueur, bah c'est Jason. L'épisode 5, pour avoir osé le copycat, deviendra de fait l'un des plus mal-aimé de la série. Pourtant, quand bien même l'ambiguïté quant à la véritable identité de ce Jason (qui n'est pas le Jason... vous suivez ?) ne tient pas une seule seconde -le réalisateur choisissant curieusement de nous montrer la voie dès le début du métrage, Une nouvelle terreur reste, outre son ambition, un film loin d'être ridicule. Moins graphique que certains de ses homologues et, en cela, plus proche du thriller violent que du slasher gore (ce qui n'est pas la même chose), il se dégage d'Une nouvelle terreur ce grain de folie propre au cinéma d'exploitation, alors que sa construction déconcertante, après avoir flirté tranquillement avec le glauque en s'intéressant à la reconstruction mentale de Tommy Jarvis, débouche sur un ahurissant crescendo de morts, plus personne ne pouvant faire un pas sans tomber sur un macchabée ou se faire transformer en kebab. L'ensemble, qu'il n'est pas interdit de trouver rafraîchissant, est en outre agréablement pourvu des trois mamelles de tout Vendredi 13 qui se respecte : chair, sang et nanas à brushing, histoire que les fans ne se sentent pas trop dépaysés. Le faux Jason, lui, n'a rien à envier à son prédécesseur, la jeunesse décadente succombant sous ses coups de machette/ceinture/piquet/torche éclairante (!) avec la même régularité. Et si il reste l'un des rares boogeymen de série à mourir pour de bon, il faudra un bulldozer, une tronçonneuse et divers objets contondants pour en venir à bout. L'honneur des Vorhees est sauf !

Vendredi 13 chapitre 6 : Jason le mort vivant (1986) 

Machine arrière toute ! Devant le tollé que provoque l'épisode 5, le seul moyen d'éviter la troisième guerre mondiale est de faire revenir le vrai Jason. Sitôt dit sitôt fait. L'intitulé donne le ton d'entrée de jeu (Jason Lives), son homologue français enfonce le clou (la machette ?) avec poésie et l'introduction balaie les derniers doutes : Tommy Jarvis, qui devait s'ennuyer, décide de déterrer Jason pour voir s'il est bien mort (!). Mauvaise idée, le tonnerre gronde et l'intéressé, qui décomposait
tranquillement dans sa tombe, se prend un éclair dans la caboche, ce qui a pour effet de le ramener à la vie (!!). Un malheur n'arrivant jamais seul, il se réveille du pied gauche et le trépas ne lui a pas spécialement changé les idées... En dix minutes l'affaire est pliée, le massacre peut commencer. Il est de prime abord facile de se moquer de Jason le Mort Vivant (rha, quel titre !). Le film est pourtant la preuve que finalement, Vendredi 13 ne gagne pas grand chose à s'encombrer de psychologie. Avec sa trame simpliste, ses meurtres rigolos et son Jason aussi con qu'énervé, ce sixième épisode séduit rapidement par sa légèreté et son petit goût pour l'outrance. Précédé par un générique parodiant savoureusement la sacrosainte ouverture des James Bond, Jason se promène ainsi dans un scénario dont tout le monde se moque, décimant le casting avec tout ce qui lui tombe sous la main, au rythme du The Man Behind The Mask d'Alice Cooper. Et si le tueur de Crystal Lake avait jusqu'ici bien prouvé qu'il n'aimait pas les jeunes, nous apprenons présentement qu'il déteste le paint-ball (cinq trépassés, dont quatre d'un coup...), la maréchaussée (un ange de la route broyé en deux, un autre planté à la ninja par une fléchette) et les camping-car (encore un sale jeune, explosé contre une coin-toilette). Généreux, inventif et plutôt bien pourvu en viande hachée, Jason le Mort Vivant est sans doute l'un des opus les plus funs de la saga. Et c'est pour ça qu'on l'aime !

Vendredi 13 chapitre 7 : Un nouveau défi (1988)

De loin l'épisode le plus terne de la saga, ce "nouveau défi" n'a de nouveau que la présence d'une jeune télépathe-télékinésiste : réveillant Jason par erreur (oups,
désolé, faux numéro), la drôlesse déchaîne ainsi les feux de l'enfer sur ses petits camarades. Le reste n'est qu'étripage réglementaire jusqu'au règlement de compte final, ponctué comme il se doit de multiples fausses morts du croquemitaine increvable. L'argument surnaturel n'a aucun intérêt (les épisodes précédents ne s'encombraient pas de ce genre d'artifice pour ramener Jason à la vie, on lui filait un Mars et il repartait). Le réalisateur John Carl Buechler (Troll), en mode "fonctionnaire", aligne les meurtres en n'oubliant pas d'insérer la classique scène du « ouf, ce n'était qu'un chat », tandis que le spectateur se demande pourquoi Crystal Lake n'a pas été mis en quarantaine au vu des pelletées de morts qui s'y amoncellent régulièrement. La seule qualité de ce film aura été de faire prendre conscience aux producteurs de la nécessité d'élargir le terrain de jeu de leur personnage... Pour l'anecdote, on notera que Jason est interprété pour la première fois par Kane Hodder, qui se glissera à nouveau sous le masque à trois reprises.

Jason à Manhattan (1989)

1989 : huitième film en à peine dix ans. Changement de décor pour Jason, qui se retrouve sur un bateau plein de touristes adolescents. Il en profite pour faire ce qu'il aime : poinçonner de la chair fraîche, de préférence celle de petites filles perverses. L'argument du titre se révèle un peu mensonger, car seul un petit tiers du film se déroule à Manhattan, pour des raisons de budget indépendantes de la volonté du scénariste-réalisateur Rob Hedden (repéré par les studios Paramount sur leur série TV Vendredi 13, qui n'a bizarrement aucun rapport avec les films), et aurait pu donner naissance à quelques idées plus ambitieuses (Dieux du ciel, imaginez un peu : Jason Voorhees contre Woody Allen !), mais ce huitième opus
"Start spreading the news..."
jouit d'une belle énergie et d'une caractérisation efficace des personnages, au point qu'on en vient presque à frémir lorsqu'ils se font dessouder. Tout hommage à Dracula mis à part (bé oui, le bateau, l'équipage massacré, ça ne vous rappelle rien ?), l'accent est mis cette fois sur l'enfant déformé que fut Jason, et lui confère une personnalité plus humaine que les épisodes précédents : ne le voit-on pas jouer avec gourmandise au chat et à la souris avec ses victimes ? ne le voit-on pas soulever son masque avec espièglerie pour effrayer une poignée de loubards ? Humour noir, disparition de la forêt... Si le changement de ton a pu déplaire aux fans hardcore de la série, qui l'ont vu comme une hérésie comparable au remplacement du vin de messe par de la vodka fraise, il faut bien admettre que Jason à Manhattan constitue une parfaite transition entre la période "Crystal Lake" et les épisodes suivants qui s'affranchissent de la tradition. Pour l'anecdote, on note l'apparition furtive de l'acteur Ken Kirzinger dans le rôle d'un patron de bar désireux de mettre à la porte le vandale au masque de hockey : Kirzinger jouera Jason en 2003 dans Freddy contre Jason.

Jason va en enfer (1993)

La saga Vendredi 13 n'ayant plus à s'encombrer de réalisme depuis l'épisode 6, nous retrouvons Jason dans un neuvième opus des plus farfelus dont le concept dû faire transpirer bien des cols blancs au pays de l'Oncle Sam. "Victime" d'une embuscade toute en finesse des forces de l'ordre, le tueur de Crystal Lake se retrouve réduit en une purée de chair purulente et suintante. Mais à la morgue, son coeur reprend vie et corrompt le médecin-légiste de faction qui, possédé par l'âme damnée de Jason, entreprendra de pérenniser sa sinistre oeuvre. Sur la Il va en enfer, et il oublie d'éteindre les plaques en partant !
Jason va en enfer, et il oublie
d'éteindre les plaques en partant !
base de ce concept, qui en vaut un autre, nous assistons un peu ébahi à une sorte de sous-Hidden dopé aux plans-nichons et au gore joyeux, où l'esprit de Jason se déplace de corps en corps, parasite moche à l'appui, jusqu'à un final en forme littérale de feu d'artifice s'embourbant dans un mic-mac occulte assez iconoclaste. Quoi qu'on pense du résultat final, force est de constater qu'il vaut le coup d'œil : le ton est badin, les gimmicks de la série sont respectés jusqu'à la parodie (première poitrine à 4 minutes...), les effets spéciaux assurent (le trio Kurtzmann/Nicotero/Berger, qui deviendront ensuite KNB), la réalisation se tient et cette bonne trogne de Steven Williams s'amuse en chasseur de primes semblant débarquer d'un Prisunic. Si il est sans doute regrettable que le colossal Kane Hodder, l'oeil plus torve que jamais sous le masque de Hockey, n'ai somme toute que peu de temps à l'écran, Jason va en Enfer (traduction toute en nuances du Jason Goes to Hell original) s'avère être une récréation rigolote, parfois fascinante dans sa faculté à partir en sucette à chaque bobine. Particulièrement graphique (une jeunette lubrique coupée en deux, un homme frit à l'huile...), Jason va en Enfer ne laisse en outre pas de doute quand à son véritable sous-genre - quand il ne cite pas Evil Dead et Braindead en passant...- et s'achève sur un plan mémorable où l'ami Voorhees est effectivement emmené en enfer par Freddy Krueger lui-même. Une jolie façon de symboliser l'arrivée de la franchise chez New Line, avec en filigrane la perspective de voir ces deux chenapans se taper dessus. Mais ceci est une autre histoire qui sera comptée une autre fois. En attendant, Jason va en Enfer subira les affres de la censure avant d'ironiquement devenir l'un des rares Vendredi 13 disponible en version uncut. Détail savoureux supplémentaire, Jason Goes to Hell s'est vu sous-titré d'un the Final Friday qui a du faire rire le Pape lui-même. Bande d'incorrigibles !

Jason X (2001)

Prenant exemple sur ses collègues de Hellraiser (dans Bloodline, 1996), Critters (dans Critters 4, l'invasion en 1991) et Leprechaun (dans Destination cosmos en 1997), Jason décide d'aller se balader dans l'espace. Pour être exact, ce sont les producteurs qui l'ont décidé pour lui, dans le but d'exhumer une saga enterrée Désolé les gars, ce n'est pas un film X
Désolé les gars, ce n'est pas un film X
depuis huit ans malgré son potentiel lucratif encore vivace. Jason X (à lire Jason Ten et pas Jason Ix) fait joyeusement fi de la continuité et situe l'action dans un futur indéterminé, où l'intervention d'un technocrate borné (interprété par David Cronenberg, déjà réalisateur d'un épisode de la série Vendredi 13 précédemment citée) cause la cryogénisation du tueur à la machette. Réveillé au 25ème siècle par une équipe de branlos irresponsables, le petit plaisantin s'ingénie à continuer sa mission sacrée : dézinguer tout ce qui bouge avec un maximum de violence et d'efficacité. Le film mise sur le bourrinage tout terrain parfumé à l'humour, et dissémine quelques hommages et clins d'œil aux classiques (la « base Solaris ») et aux films précédents (la scène située à Crystal Lake). En tant que film de S-F, l'œuvrette ne vaut pas grand-chose, mais en tant que Vendredi 13, il se pose comme un des plus funs et décomplexés. Le nouveau look de Jason, révélé dès l'affiche, est aussi improbable que réjouissant, et les éléments de science-fiction procurent même une bouffée d'air frais à la série...

Freddy contre Jason (2003)

Dans Mad Movies 48 (juillet 1987), Robert Englund (interprète de Freddy Krueger dans Les griffes de la nuit et toutes ses suites) déclarait déjà : « La série Vendredi 13 perd de l'argent depuis le numéro trois alors que Freddy 3 a fait 45 millions de dollars pour l'instant. Paramount voulait récupérer l'affaire. Vous pensez ! Mais New Line, producteur des Nightmare on Elm Street, exigeait cinquante pour cent des recettes. Paramount a dit non. Le film ne s'est donc pas fait ! »
Dans Mad Movies 95 (mai 1995), le même Robert Englund disait cette fois : « Pour l'instant, Michael de Luca, l'un des patrons de New Line, a un scénario intitulé T'as pas l'air frais, dis...
T'as pas l'air frais, dis...
Freddy versus Jason. Vu comme ça, ça semble plutôt stupide. Mais Michael dit que le script n'est pas mal du tout. Alors, comme je respecte beaucoup son opinion, je lirai le scénario même si cela m'a l'air de ressembler à un stupide Godzilla, à Deux nigauds contre Frankenstein. Après lecture, on verra. » Depuis 1993, Jason appartient à New Line, qui a produit Jason va en enfer en y introduisant le fameux clin d'œil. Pourtant, il faudra attendre 2003 pour voir s'opposer les deux croquemitaines devant la caméra de Ronny Yu (sa Fiancée de Chucky en 1998 avait déjà redynamisé une franchise moribonde). Le monstre mental contre le monstre physique, le rescapé du feu contre le survivant de l'eau... Les deux terreurs sont aussi diamétralement opposés que possible, et seul leur goût pour le massacre d'adolescents les rapproche. Yu choisit d'aborder le film, selon ses propres termes, comme un gigantesque combat de catch, avec un quota de figures imposées (les thèmes musicaux, un respect global des deux chronologies, un certain nombre de clins d'œil...). Le résultat est un peu étrange, dans la mesure où Freddy comme Jason appartiennent à l'imagerie des années 80 (leurs opus respectifs des années 90 apparaissent comme clairement hors série) alors que le réalisateur ancre son film dans la mouvance horrifique des années 2000. Le hard rock a fait place au metal, les seins ont triplé de volume, les effets mécaniques ont partiellement fait place aux images de synthèse... Pourtant, l'esprit des deux sagas subsiste, en grand partie grâce à la présence du seul et unique Englund dans le rôle de Freddy. Jason se retrouve relégué au second plan, en raison de son mutisme et des variations assez limitées que permet son personnage, mais sa présence imposante fait frémir à plusieurs moments.

Le film rencontre un certain succès, et New Line annonce pendant un temps la mise en branle d'une suite, voire d'un Freddy vs. Jason vs. Ash qui opposerait les deux tueurs aux héros de la saga Evil Dead. Un scénario est écrit, mais Sam Raimi refuse de donner son aval au projet car il veut se garder la possibilité de tourner un Evil dead 4 à son idée. Du coup, Jason et Freddy retournent à la niche pour quelques années... Jusqu'à ce que la mode des remakes et des reboots vienne déterrer le premier. Tch-tch-tch-ha-ha-ha...

Parenthèse : Samedi 14

L'existence ou même le concept de sous-Vendredi 13 peut sembler incongru, le film de Cunningham trouvant ses racines, outre Halloween, dans des films comme La Baie Sanglante ou Dementia 13. Pour autant, les coups de hache de Pamela Voorhees et de son fiston dégénéré ont, un temps, remis au goût du jour les tueries bucoliques au bord de l'eau. Loin de la réussite de l'ancêtre spirituel Bava, Ruggero Deodato livrait ainsi en 1987 un film hypnotisant de nullité, le bien nommé Bodycount. Avec son histoire toute pourrie de camping maudit, son casting facile (David Hess en type louche, Charles Napier en flic... du jamais vu !) et ses donzelles ne pouvant s'empêcher de prendre une douche en pleine forêt, il n'y a guère que le talent technique du papa de Cannibal Holocaust pour éviter la dépression, le temps d'une poignée de meurtres stylisés rappelant que c'est bien un Italien qui est aux commandes. Mais revenons plus avant avec le nettement plus réussi Massacre au camp d'été en 83, rare exemple d'ersatz réussissant à supplanter son modèle -quand bien même supplanter Vendredi 13 ne soit pas un tour de force-. Malgré un côté "exploitation" assez marqué de par son filmage naturaliste - ou peut être à cause de ?, Massacre au camp d'été parvient à installer une sympathique tension, sexuelle notamment, et via quelques images Les massacres, c'est le pied
Les massacres, c'est le pied
glaçantes (un meurtre à la ruche !) mène sa barque jusqu'à une révélation finale absolument traumatisante. Moins marquant sera néanmoins sa suite, logiquement titrée Massacre au camp d'été 2 en 88, qui elle même se verra complétée d'un troisième larron, puis d'un quatrième avant l'inédit Return to Sleepaway Camp en 2008. A noter que le réalisateur Robert Hiltzik -qui n'a pour ainsi dire fait que ça dans sa carrière, quel admirable dévouement- ne compte pas s'arrêter en si bon chemin, un sixième épisode étant en préparation. L'année 82 nous livre quand à elle un étrange Slumber Party Massacre, délicatement nommé Massacre à la perceuse (!!) dans nos contrées. Pas de camping ni de tueur-hockeyeur dans ce slasher, mais du sexe à tous les étages ! Et oui, c'est cela aussi, l'influence du tueur du vendredi ! A noter qu'un Slumber Party Massacre 2 existe, ainsi qu'un troisième pour faire bonne bouche. Un autre sous-Vendredi 13 improbable est l'amusant Ticks de Tony Randel, en 93. Toujours pas de simili-Jason ici, mais une bande de jeunes délinquants en prise avec... ahem... des tiques géantes, dans une sorte de Crystal Lake Camp de redressement. Une agréable série B, d'autant qu'Alfonso Ribeiro, le Carlton du Prince de Bel Air, y joue du couteau en manteau de cuir. Un an plus tard, cocorico, les Nuls (et Alain Berbérian, ne l'oublions pas) tournaient la Cité de la Peur et son célèbre tueur à la saucisse, pardon, à la faucille et au marteau, rendant hommage à tout un pan de slasher-movie embrumé via une désopilante introduction. Introduction qui n'aurait pas fait tache, si ce n'est de sang, dans Jason va en Enfer ! Tout ceci nous amène mine de rien aux années 2000, marquées (comment ça, non ?) par le dyptique des Camp Blood, d'où surnage, envers et contre tout, un personnage original de clown tueur. Pourquoi pas. La petitesse des budgets de ces deux "oeuvres", tout comme l'absence de sillage d'un Jason X pourtant né pour réussir, prouvent en tout cas que les rejetons de Jason n'intéressent plus grand monde dans l'industrie du cinéma... Mais l'équarisseur de Crystal Lake n'ayant pas fini de braconner, qui sait si, un jour...

La machette à travers les âges

En conclusion de ce dossier, laissons tout d'abord la parole à l'ami Jason, dont nous brûlons d'entendre les réflexions :
« ... »

Merci Jason.

L'endécalogie Vendredi 13 a beau (avoir la réputation d') être qualitativement discutable, elle n'en demeure pas moins l'une des franchises les plus populaires du
cinéma d'horreur. Peut-être, d'ailleurs, à cause de cette médiocrité apparente par rapport à laquelle personne ne se fait d'illusion. Retrouver Jason de film en film, c'est retrouver une sorte de vieux grenier où rien ne change jamais vraiment et où l'on sait parfaitement ce que l'on va trouver. Par la force des choses, la saga Vendredi 13 est devenue une sorte de blague, un jeu complice avec le spectateur (comment vont-ils faire revenir Jason ? Où vont-ils caser la fille à poil ?), qui n'attend lui-même qu'une chose : l'apparition de son tueur préféré. Un aspect ludique, qui a fini par générer un second degré bien frappé mais aussi, quelque part, la profonde nostalgie d'une époque où l'on pouvait livrer des films volontairement idiots pour le simple plaisir de fans qui les prendront comme tels et sauront s'en contenter en toute connaissance de cause. Car qu'il soit dans l'espace ou à Crystal Lake, Jason symbolise le mieux l'axiome des tueurs-stars. Que demande le peuple ? Jason, évidemment, Jason et encore Jason, décimant encore et encore des hordes de jeunes souillés par la libido et la drogue. Et il est fort possible que cette sympathie se perpétue, car tel le coyote courant après Bip Bip, Jason coursant la nymphette est un concept inépuisable des plus intergénérationnel… Tout du moins tant qu'au milieu des affligés, il se trouve des gens pour trouver ça drôle !

A découvrir

Volt, star malgré lui

Partager cet article

A propos des auteurs

4 commentaires

  • Wax

    13/02/2009 à 10h37

    Répondre

    Merci pour ce réjouissant et indispensable moment d'érudition. J'ai beaucoup appris! )

  • Veterini

    13/02/2009 à 14h53

    Répondre

    Pareil ; moi j’en étais encore à croire que le tueur de Vendredi 13, c’était juste un autre nom du tueur d’Halloween.


     

  • riffhifi

    13/02/2009 à 15h03

    Répondre

    Eh non ! D'ailleurs les producteurs ont renoncé à faire un Michael Myers vs. Jason Voorhees : ils ont compris que Halloween ne tombait jamais un vendredi 13. Sauf les années bissext... ah non, pardon, jamais.

  • Anonyme

    13/02/2009 à 21h46

    Répondre

    A quand jason contre le scooby gang?

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Krinein cinéma, c'est l'actualité et les critiques de films qui sortent au cinéma, en dvd et en bluray .

Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

Rubriques