7.5/10

Two lovers

Un Joaquin Phoenix des grands jours, sous l'oeil méticuleux de James Gray. Une histoire d'amour, certes, mais bien plus profonde que l'on pourrait le croire.

Le moral en berne, la vie de Leonard (Joaquin Phoenix) semble ne plus tenir qu'à un fil. Il fait alors la rencontre de Sandra (Vinessa Shaw), jolie brune calme et intelligente, mais faisant l'objet d'une rencontre arrangée par les parents. Alors que leurs rapports évoluent très lentement, Leonard fait la connaissance de sa nouvelle voisine, Michelle (Gwyneth Paltrow), jolie blonde taille mannequin. Il porte son dévolu sur celle-ci, pensant pouvoir réparer ses blessures à son contact...

Beach, oh ma beach...
Beach, oh ma beach...
Comment transcender le mythe de la comédie romantique et la transformer en véritable œuvre d'art ? Demandez à James Gray ! Le réalisateur originaire du Queens a beau ne pas mettre en boîte beaucoup de long-métrages (ses deux derniers, The Yards et La nuit nous appartient, sont espacés d'environ sept ans), il a tendance à réunir tout le monde sous son influence, aussi bien du côté critique que du côté public. D'une histoire d'amour, il en tire l'essence même, la projette sur grand écran tel un tableau, construit un drame à milles lieux des mièvreries que le genre impose d'habitude. Dans Two Lovers, l'amour fonctionne à sens unique, chacun aime un être qui en aime un autre. Un constat sentimentalement dramatique, renforcé par la personnalité déchirante de Leonard, sorte d'accidenté de la vie, amoureux blessé, et homme brisé. Dès les premières minutes, poignantes, le malaise s'installe : Leonard est bipolaire, est sujet à des humeurs excessives et contradictoires, une pathologie entrant en résonance avec sa propre sentimentalité. Il rencontre deux femmes : Sandra, issue d'une famille juive convenable sous tous rapports, approuvée par les parents ; et Michelle, blonde calibrée canon un peu plus délurée que son homologue brune. La première est aimante et dévouée, la seconde s'entiche d'un quadragénaire père de famille, et chacune est susceptible de combler un manque de sa vie, de lui apporter quelque chose.
Par une série de tableaux cinématographiques, James Gray hisse le genre à des hauteurs vertigineuses. Son cinéma, au premier abord assez classique, possède un degré de lecture bien plus évident qu'il n'y parait, où les acteurs sont les personnages d'une fresque répondant à des logiques visuels et métaphoriques. Le résultat est avant tout contemplatif, et le serait peut-être tout entier si Joaquin Phoenix n'était pas de la partie. Sa composition est déchirante, son personnage si fragile, son équilibre si instable. Il est incontestablement le grand attrait du film.

Une œuvre très réussie, à la fois sur le visuel et sur l'intellect, souffrant parfois de quelques longueurs. Mais la majesté de l'ensemble et la performance de Joaquin Phoenix parvient à captiver tout du long, sans effort.

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Duchess (The)

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4 commentaires

  • bubulle

    29/11/2008 à 15h57

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    Two lovers, ça inspire plutôt bien comme titre, et c'est bien, mais c'est tout... Sentiment mitigé donc à la sortie du film avec un scénario peu original, des scènes qu'on devine facilement. Mais au delà de ça, il y a un sentiment étrange, on veut nous montrer un beau film, filmé avec des angles inspirés, des personnages ordinaires mais un peu marginaux, et j'ai eu du mal au bout du compte à entrer dans ces histoires entremélées. Reste tout de même un film qui ne m'a pas déplu, mais qui me laisse un sentiment partagé.

  • Anonyme

    01/12/2008 à 21h40

    Répondre

    Première
    image : un homme s'avançant sur une jetée, un paquet à
    la main. L'un des derniers plans : ce même homme, s'avançant
    vers la mer, des gants à la main. Pourquoi? Par qui poussé?
    Par quel trouble inexorable sa vie fait-elle boucle, revenant à
    ses origines, mais tentant sans cesse de s'en extraire? Le retour aux
    sources, à la mer, à la mère, aux femmes aimées,
    aux rêves brisés.


    Car
    il en a, Léonard (le grand Joaquin Phoenix), des rêves
    réduits à néants. Et il en a des femmes, dans
    son cœur, dans son passé et autour de lui. Il y a d'abord sa
    mère, la femme de toujours, la femme omniprésente, la
    mère inquiète et (trop?) soucieuse de la réussite
    de son fils. Mais la mère aussi qui comprend, la seule femme à
    lire son regard heureux, à accepter ses choix, tant que
    ceux-ci le mènent au bonheur.


    Il
    y a ensuite la « fiancée » du passé,
    la femme qui demeure tel un souvenir douloureux, donnant la couleur
    grise de la vie de Léonard, et faisant écho à
    ses actes. Cette femme, peut-être seulement cette photo, qu'il
    cherche à retrouver, qu'il tente de découvrir dans le
    regard d'autres femmes, qui lui permettront de jeter l'image, de
    balayer le souvenir.


    Arrive
    bientôt, très tôt, la femme « idéale
    », la fille « d'amis aux parents »,
    parents pour qui l'union des deux jeunes adultes promettrait la plus
    parfaite réussite pour leur entreprise commune. Sandra (la
    brune Vinessa Shaw) représente la stabilité, le
    confort, l'amour pur et dévoué, simple dans son regard
    et son futur. Elle arrive dans son existence et s'y impose telle
    l'allégorie de la vie rêvée, de la vie réglée,
    de la vie qu'il faut, sans écart ni marginalité.


    Mais
    voilà. Il fallait un mais. Michelle (la blonde Gwyneth
    Paltrow) débarque, avec ses yeux tristes et son passé
    difficile. Elle s'immisce dans son appartement, et, très vite,
    dans son coeur, amenant avec elle l'incertitude de l'avenir et
    l'instabilité des sentiments. Elle ne voit en Léonard
    qu'un frère, à qui elle pourrait tout dire mais qu'elle
    ne pourrait aimer (ce qu'elle ne dit pas, et voilà tout
    l'enjeu...). Elle ne voit en Léonard qu'un « meilleur
    ami » à qui demander la sincérité de
    son amant, marié et père d'un enfant, qu'elle lui fait
    rencontrer, niant les sentiments naissants du jeune homme en quête
    de lui-même à travers les autres.


    Il
    y a donc les aveux, les complicités, les tentatives, les
    réussites (soi-disant), les promesses (soi-disant)... Mais il
    y a aussi la peur, le doute, l'impossibilité de choisir,
    l'espoir puis la désillusion...


    Léonard
    essaye, tente avec l'une, défie l'autre, s'entiche de la
    blonde en évitant la brune... Puis vient le temps du
    renversement, du changement d'optique, du choix de la vie sur la
    mort... 


    L'histoire
    est, finalement, simple. Un homme pour deux femmes, avec tous les
    sentiments que cette situation engendre. Les comportements et les
    évènements sont souvent attendus. Mais, finement, James
    Gray parvient à nous émouvoir grâce à la
    justesse de ses personnages et à l'humanité de leurs
    sentiments. Alors on arrive à oublier les clichés et on
    se laisse emporter dans une mer tumultueuse, pleine de remous et de
    tourbillons, mais jamais sans bonté ni humanité.

  • Anonyme

    10/12/2008 à 14h46

    Répondre

    Grand film.Scénario brillant, habilement construit, trma claire, justesse du jeu des acteurs de la réalisation. Une photographie magnifique et une musique brillante.  


     Un joaquin phoenix inoubliable en homme torturé entre la vie toute tracée qu'on lui offre sur un plateau et l'envie d'aventure, de liberté. Film déchirant par le tragique de sa situation qui appelle à solutions, solutions qu'il va essayer de trouver au contact de deux femmes.


    Envie de tout lacher, de s'essayer d'ailleurs (blonde) ou envie de construire et de croire enfin en quelque chose de tangible (brune), voilà les deux voies entre lesquelles doit choisir le héros, deux voies dont on sent qu'à un moment de nos vies elles nous ont toutes les deux été nécessaires.  La fin du film représente exactement le compromis entre les deux et amène à une conclusion plus fine que prévue.


    Un film certainement plus fin qu'il n'y paraît, qui arrive mieux que la plupart des films de ces dernières années à   expliciter exactement ce qu'est l'amour : l'expression de nos choix de vies. Film qui introduit la notion de choix, de volonté dans l'amour, et qui ne le résume pas à une force qui peut tout résoudre, qui balaie tout sur son passage et s'impose d'elle même. Rendant par là à l'homme sa propre liberté.


    Le meilleur film d'amour que j'ai vu depuis bien longtemps, et une oeuvre unique servie par un joaquin phoenix décidément toujours génial!!!! J'espère qu'il reviendra sur son choix d'arrêter le cinéma, on perdrait un grand acteur. A voir absolument...

  • hiddenplace

    19/12/2008 à 00h12

    Répondre

    Bon eh bien pour ma part assez déçue (alors que je n'attendais rien de ce film, c'est dire^^). Je ne suis pas vraiment rentrée dans l'histoire, dans LES histoires, malgré un Leonard relativement attachant, et incarné par un Joaquin Phoenix tout en nuances (entre la retenue et la démesure, c'est assez sympathique à regarder)


    Mais alors la base du scénario, à savoir le choix, et la représentation (et sa réception... zut, ce mot est moche, mais je n'en vois pas d'autre^^) de l'amour chez chacun m'est complètement passé au dessus, notamment parce que j'ai trouvé les figures féminines très fades, pour ne pas dire complètement clichés, à trop vouloir s'opposer.


    En revanche, la photo est plutôt sensible et valorisante, malgré des personnages pourtant paumés.  C'est peut-être le point qui m'a touchée le plus, parce que pour le reste, j'ai trouvé le temps un peu (bcp) long.


    Dommage, parce que le sujet était quand même assez intéressant, à la base, et aurait pu être traité avec un peu plus de subtilité. 

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