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Truman Capote

Jusqu'où un écrivain est-il prêt à aller pour créer l'événement ? Truman Capote pose la question. Le célèbre écrivain américain fut l'un des premiers à rédiger un roman à partir d'une histoire vraie. En 1966, son livre In Cold Blood racontait le meurtre de quatre membres d'une famille de fermiers à Holcomb dans le Kansas. En 1967, il avait été adapté au cinéma par Richard Brooks.

Adaptaté de la biographie homonyme de Gerald Clark, le film de Bennett Miller transporte le spectateur face à un Truman Capote perturbant. Magistralement interprété par l'oscarisé Philip Seymour Hoffman (Happiness), le personnage de Capote intrigue et fascine. Ecrivain à succès de Breakfast At Tiffany's, l'homme reste un mystère. Manifestement égocentrique, manipulateur et prétentieux, il n'hésite pas à mentir et à profiter des gens pour en obtenir ce qu'il souhaite. Entre 1959 et 1965, il passe six ans de sa vie à entretenir une relation confidentielle avec Perry Smith, l'un des tueurs du massacre d'Holcomb.

De ses années de confidences avec un meurtrier qu'il aide à retarder l'exclusion, Capote ne ressortira pas indemne. Si l'auteur dégage une impressionnante force de persuasion derrière sa voix fluette, il n'en demeure pas moins humain, avec toutes les faiblesses que cela implique. Ambiguë dans ses sentiments, il se perd dans les différents caractères qu'il affiche dans son entourage. Entre le comique confiant des soirées mondaines, l'enquêteur bon ami et l'amant homosexuel distant, Capote finit par craquer. Difficile de savoir si c'est le poids de ses manigances qui lui fait avoir des remords ou si c'est sa vie uniquement basée sur l'adulation de son reflet qui le dégoûte. Réalisé avec intimité et lenteur, le film se permet de longs fondus au noir et de nombreux plans serrés sur l'acteur principal. Philip Seymour Hoffman y expose l'importance de son investissement dans son travail de préparation. Le réalisateur affiche son talent pour créer des atmosphères confidentielles pleines de profondeur.

Si l'on s'étonne parfois d'un montage qui coupe certaines scènes rudement, l'histoire de l'écriture du roman In Cold Blood révèle toute la complexité d'un écrivain touché par un talent malsain. Il ressort de cette biographie cinématographique une sensation d'énigme sur un auteur à tout jamais marqué par la charge de son oeuvre. En 1984, Truman Capote meurt après des années passées dans l'alcoolisme. Passé l'écriture de In Cold Blood, il n'est jamais parvenu à terminer un autre roman.

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7 commentaires

  • Megalomanu

    09/03/2006 à 18h04

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    Une mise en scène terne, d'autres diront sobre. Sûrement pour appuyer le scénario (excellent) et le jeu d'acteurs. Il reste que c'est "fade". C'est le premier mot que j'ai dit en sortant du film, et même avec du recul, il me semble que c'est toujours le mieux approprié. Pas d'émotion, le spectateur n'est pas réellement captivé et pris dans l'histoire.
    Il n'est qu'un lointain témoin et ne réagit pas.

    Le film vaut surtout pour la performance de Philip Seymour Hoffman, incarnant à la perfection Truman Capote. Mais justement, c'est là que le bat blesse. Il l'incarne à la perfection ; il ne joue plus mais il imite.

    Prenons Robert de Niro. Un acteur qui, comme Hoffman dans Capote, se fond dans son personnage. Il apprend à parler italien, achète une licence de Taxi, ou encore prend 30kg.
    La différence, c'est que De Niro se fond vraiment. Il se fond derrière Jake la Motta, si bien qu'on ne voit que l'homme, on ne voit plus De Niro. Il s'approprie le personnage. On a l'impression qu'il en crée un nouveau. Il n'a pas passé des heures à copier les tics, n'a fait que prendre l'aspect général, et travailler, travailler,...le rendre "homme", le rendre "humain" et non plus seulement personnage.
    Je ne sais pas si je suis bien clair.

    Pour Philip Seymour Hoffman, c'est autre chose. Je n'ai jamais vu d'extraits vidéos du vrai Capote. Etait il aussi maniéré? J'ai parfois eu l'impression que ça tournait vers l'excès.
    J'ai aussi eu l'impression qu'il en faisait trop, et pire, qu'il n'était pas toujours sincère. Qu'il ne vivait pas Capote. Contrairement à Bob dans Raging Bull. Ce n'est plus du travail d'acteur, c'est de l'imitation.
    Il reste que c'est une imitation magistrale.
    Reste à voir s'il méritait l'Oscar? Tout ce que je peux dire, c'est qu'il était certain qu'il le recoive, les américains étant friands des biopics filmés.

  • Lilly

    12/03/2006 à 22h36

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    je crois moi que Capote était autant nombriliste que sensible, c'est ce qui fait souvent le talent des artistes un moi exacerbé et un flair pour détecter ce qui nous échappe. aussi hautain qu'il pouvait etre, je pense qui'l s'est fait prendre à son propre jeu et s'est attaché à ce qui au départ était un moyen pour parvenir à ses fins... Je n'ai pas trouvé le film dénué d'émotions, ce n'est pas une émotion manichéenne, Truman y est infecte et prenant. Ce n'est pas l'action qui fait la force mais bien la portée de l'oeuvre sur la vie de l'homme, par conséquent ça traîne parfois un peu mais les questions que ça soulève, l'omniprésence des mots, le jeu, l'ambiguité m'ont captivé.

  • Protos

    29/03/2006 à 22h21

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    J'ai bien aimé ce film. Je n'ai rien à redire sur la performance de l'acteur, tant l'atmosphère est prenante. C'est bien filmé ; le film nous tient en suspense jusqu'à la fin. On en ressort avec l'envie de lire le livre de Truman.

  • alenia7

    24/04/2006 à 21h01

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    Cette histoire débute en 1959, par une journée où Truman Capote ouvre le "New York Times". Il s'intéresse de près à la mort de quatre personnes d'une famille au Kansas. Il s'éprend de cet article, et va ainsi dédier quelques années de sa vie pour écrire son oeuvre. Homme à l'allure d'arrogance et brillant, sa vie va considérablement se renverser à sa rencontre auprès des deux accusés, en prison. Dans un Etat où la peine de mort n'est pas abollie, et qui tient à ses moeurs. L'amérique puritaine ressort à travers les propos du film, "l'homme blanc et l'homme de couleur", la condition humaine, la perte de son âme, la déchéance, la survie, la peine, la mort. L'écrivain implique largement sa vie personnelle, et va y laisser son être en réalisant son chef d'oeuvre.

    Ce film tente de retracer une partie qui se veut boulversante de la vie de Truman Capote, qui nous a quitté à Los Angeles le 25 Août 1984, cela du à l'alcool, ayant eu une vie mouvementée entre homosexualité, provocation et intelligence.

    « Léchec est lépice qui donne sa saveur au succès. »
    Truman Capote

    Je ne peu parler de ce film que je viens juste de voir il y'a à peine 55 minutes, je crois que l'on ne peu sortir indemne de ce film, cela avec le bon ou du mauvais côté, quelque soit son opinion sur ce dernier.

    L'important pour ce film n'est pas de dire si l'on a aimé ou non, mais de voir si notre vision du monde et de nous même en est modifié.

  • alenia7

    24/04/2006 à 21h08

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    Je n'avais pas vu qu'un sujet sur Truman Capote existait déjà j'en suis confuse ! Cependant je mettrais 10/10 à une telle oeuvre empli de tant de sensibilité, où malgré la sobriété repproché par certain dans ce film l'on ne s'ennui guère. Libre à chacun.

  • alenia7

    08/06/2006 à 22h32

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    Le film était satisfaisant pour un James Bond, rien de plud rien de moins pour ma part, mais l'excellent Philip Seymour Hoffman était là, malgré un doublage pas terrible.





    [b]-Mais où est cette patte de lapin ?



    -Mes chers amis, je vous le demande...![/b]

  • nazonfly

    24/07/2007 à 23h16

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    Bizarre ce dernier commentaire...

    Ce film vaut surtout pour le jeu de l'acteur incarnant Capote. Incessamment il vogue entre la plus cynique ignominie et une amitié presque amoureuse pour Perry. Le spectateur ne sait jamais finalement qui est le vrai Capote : l'ami de l'assassin ou l'écrivain prêt à tout. L'homme n'est jamais tout blanc ou tout noir, mais Philip Seymour Hoffman arrive à faire passer son personnage d'un extrême à l'autre avec un talent indéniable.



    C'est sans doute pour ça que le film se regarde sans déplaisir, malgré une première demi-heure d'une lenteur effroyable. Mais, une fois cette demi-heure passée, on rentre parfaitement dans le film et c'est un régal de suivre l'écriture du chef d'oeuvre de Capote, A cold blood (que je n'ai pas lu).

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