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troisième homme (Le)

Considéré à juste titre comme un classique du 7ème art, Le troisième homme est un film d'Orson Welles sans en être un. Chef-d'œuvre absolu, ce petit bijou de polar se laisse voir et revoir avec le même plaisir. Que l'on évoque sa réalisation, sa distribution, sa musique ou sa photographie, chaque ingrédient en fait une réussite intégrale et, jusqu'à preuve du contraire, inégalée.

Considéré à juste titre comme un classique du 7ème art, Le troisième homme est un film d'Orson Welles sans en être un. Chef-d'œuvre absolu, ce petit bijou de polar se laisse voir et revoir avec le même plaisir. Que l'on évoque sa réalisation, sa distribution, sa musique ou sa photographie, chaque ingrédient en fait une réussite intégrale et, jusqu'à preuve du contraire, inégalée.

Sur invitation de Harry Lime, son ancien ami d'études, Holly Martins, auteur de romans policiers, se rend à Vienne. A peine arrivé, il découvre que son ami vient de trouver la mort dans un prétendu accident de voiture. Dans cette Vienne de l'après Seconde Guerre mondiale encore en ruine et divisée en différents secteurs alliés, Martins décide de prolonger son séjour pour éclaircir les circonstances de son décès. Rapidement, il se persuade que Lime a en fait été la victime d'un complot, d'autant qu'un mystérieux troisième homme, présent parmi les témoins de l'accident et aperçu par le concierge d'un immeuble attenant à la scène, ne figure dans aucun rapport de police...

Première source de satisfaction : l'effort de reconstitution. Cela a été dit, l'intrigue du Troisième Homme se déroule à Vienne, en plein après-guerre. La cité porte les cicatrices des combats récents. Les quelques demeures bourgeoises épargnées trônent au milieu des ruines encore chaudes. La peur se lit sur tous les visages. Le marché noir est en pleine expansion. La population vit au rythme des contrôles de papiers. Une atmosphère pour le moins lugubre, donc, admirablement retranscrite à l'écran. Par la réalisation d'une part, vertigineuse au possible, entre ses cadrages obliques et ses angles de vue improbables. Par la musique d'autre part, qui se résume à quelques notes de cithare mais dont les variantes donnent au film une personnalité unique.

Signée Anton Karas (parfait inconnu jusqu'alors, repéré par Carol Reed dans un restaurant viennois), cette simple mélodie va pourtant connaître un succès planétaire, au point d'assurer une popularité inespérée à un film qui ne manquait pourtant déjà pas d'atouts, visez plutôt : Graham Greene au scénario, Alexander Korda et David O. Selznick (producteur d'Autant en emporte le vent, notamment) aux manettes, Joseph Cotten (lancé par Citizen Kane, puis La Splendeur des Amberson) et Orson Welles face à la caméra. Ajoutez à cela une poignée de répliques cultes (notamment celle, savoureuse, du "coucou suisse") et une photographie d'une beauté inouïe, offrant un mélange subtil de contrastes et de jeux d'ombres, et vous obtiendrez un film truffé de séquences inoubliables. Certaines font figure de véritables cartes portales animées : de la grande roue à la poursuite interminable dans les égouts de Vienne, sans oublier le visage d'Orson Welles éclairé dans l'embrasure de la porte. L'image a fait le tour du monde... D'ailleurs, si Orson Welles ne joue que dans la seconde moitié du film (la meilleure, sans aucun doute), son ombre plane indéniablement sur l'ensemble de l'œuvre. Non seulement il prit une part active dans la réalisation (certains allèrent jusqu'à lui attribuer la paternité du film, ce qu'il dut démentir), mais il offrit là l'une des plus belles interprétations de sa carrière d'acteur. Il suffit d'un plan, d'un regard, pour qu'il fasse oublier Joseph Cotten et s'accapare le film !

Coup de chapeau à Carol Reed pour ce Troisième homme, qui trouve ses racines dans le roman de Graham Greene. Palme d'or au Festival de Cannes 1949, le film lève le voile sur un univers où nul n'est ce qu'il prétend être (chaque personnage y est d'abord présenté sous un jour plutôt favorable, pour mieux être dévalorisé par la suite...). Un univers où rien n'a été laissé au hasard, pas même les seconds rôles, bichonnés à l'extrême (pensez au très "lynchien" baron Kurtz), ni même la narration, qui lui apporte même un certain cachet. Un modèle de film noir, d'un pessimisme quasi total. Au programme : crimes, trahisons, jalousies en tous genres... De quoi occuper vos longues soirées d'hiver. Bonne séance à vous !

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