4/10The Tree of Life : une Palme décevante

/ Critique - écrit par nazonfly, le 26/07/2011
Notre verdict : 4/10 - Branchu (Fiche technique)

Tags : film malick tree life cannes cinema festival

Une Palme d'Or à Cannes est une récompense prestigieuse que peu de cinéastes ont réussi à obtenir. Le film lauréat est pourtant souvent critiqué : nouvel exemple avec le controversé The Tree of Life.

Un événement mondial s'est produit à Cannes 2011, un événement encore plus rare qu'une éclipse de soleil : la sortie d'un nouveau Terrence Malick, le réalisateur aux cinq films en quarante ans (La balade sauvage, Les moissons du ciel, La ligne rouge, Le nouveau monde et donc le petit dernier, The Tree of Life). Pour la petite histoire, on retiendra que le film devait faire l'avant-première à Cannes 2010 mais que des problèmes de montage l'ont retardé et que Malick a donc attendu une année entière pour sortir le film. Comme s'il fallait à tout prix que L'arbre de vie (traduction française de The Tree of Life) soit présent à Cannes, sans doute dans le but de rafler la Palme d'Or.

Michael Bay intello

The Tree of Life : une Palme décevante
Le Brav Pitt, la mule des années 2010
Le synopsis de The Tree of Life tient, comme celui d'un film de Michael Bay, sur un (petit) bout de papier : tandis que d'un côté on suit Jack (Hunter MacCracken) et ses deux frères qui grandissent auprès d'un père autoritaire (Brad Pitt) et d'une mère toute gentille (Jessica Chastain) dans les années 50, on suit le même Jack (Sean Penn cette fois), de nombreuses années plus tard, traîner sa peine au milieu des gratte-ciels. Évidemment selon les réalisateurs, ce même synopsis sera mis à l'écran de différentes façons. Michael Bay en aurait fait un film qui en met plein les yeux et les oreilles, Christophe Honoré en aurait fait un film pédant et d'un ennui mortel. Terrence Malick en fait un film beau. C'est un peu déjà ce qu'on entendait pour Le nouveau monde : il vaut ce qu'il vaut, mais il est beau.

Et les Australopithèques alors ?


Sean Penn et son célèbre non-sourire
Sachons donc reconnaître ici le talent de Malick pour faire des films beaux. Inutiles mais beaux. Car Malick sait filmer à merveille le vent dans les arbres, le linge qui sèche au soleil, les rideaux qui volettent à l'intérieur des maisons et même les dinosaures qui meurent le long des rivières claires. Des dinosaures ? Mais que viennent-ils faire là ? C'est assez simple et c'est l'un des principaux éléments déstabilisants de The Tree of Life. Pour expliquer le mal-être de Jack adulte, Malick fait un saut dans le passé jusqu'à parler du Big Bang, des supernovæ et donc des dinosaures. Une bonne demi-heure sans grand intérêt, sans grande originalité ni finesse mais qui reste assez planante et rappelle des films mystiques comme Enter the void, Blueberry ou 2001 l'odyssée de l'espace avec lequel on compare beaucoup The Tree of Life.

Gris du cœur


D'où venons-nous ? J'ignore de le savoir
Bien que décriée, cette fameuse demi-heure n'est pourtant pas le point le plus critiquable du film. Ce qui est largement plus gênant, c'est le manque de finesse dans l'analyse des différents personnages. Les parents de Jack notamment ont des caractéristiques marquées : le père est un ambitieux, autoritaire et directif tandis que la mère est la bonté incarnée, évanescente et féérique. À croire qu'il ne peut y avoir de personnages gris, tout est blanc ou noir. Dans cette violente opposition, les enfants ne peuvent pas non plus être gris : leur personnalité tient soit du côté paternel, soit du côté maternel. Une bien étrange façon de concevoir le monde.

Il y aurait sans doute mille autre sujets à aborder (omniprésence des portes et des fenêtres, antagonisme marqué entre la nature des années 50 et les immeubles de verre du monde contemporain, l'importance de Dieu et du prêchi-prêcha mystique) et sans doute autant de pistes de lecture dans The Tree of Life. Cela n'empêche malheureusement pas le film d'emprunter des chemins douteux qui perdront et décevront plus d'un spectateur.