7/10

La Traque

La Traque surprend par son pitch de départ pour le moins intriguant : des sangliers génétiquement modifiés aux engrais chimiques comme grands méchants tueurs. S'il y a de quoi sourire, on se rend très vite compte qu'Antoine Blossier maîtrise parfaitement son sujet et ne tombe jamais dans la caricature en évitant soigneusement le second degré qui aurait pu ruiner le film. A la place, il livre un film divertissant qui, malgré des lacunes évidentes, permet de passer un bon moment devant ce qui semble être une des plus grandes réussites du genre dans le cinéma français.


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Quand un film d'épouvante/horreur bien de chez nous sort dans les salles ou dans les bacs DVD/Blu-Ray, on est toujours un peu inquiet puisque, inutile de le cacher, on est rarement bon dans l'exercice. Depuis le temps, on a appris et on a intégré que les Français n'arriveront jamais à égaler une production américaine dans le cinéma de genre (à moins de s'appeler Alexandre Aja et de faire La Colline a des Yeux version 2006). En ce qui concerne La Traque (qui devait s'appeler à l'origine Proie), la peur du ratage totale était double : Antoine Blossier n'avait jamais réalisé de long-métrage auparavant et l'idée d'utiliser des sangliers comme « méchants » du film avait de quoi faire sourire (oui, oui, des sangliers…). Diffusé dans trois festivals fantastiques renommés – dont le prestigieux Gérardmer -, l'œuvre de Blossier n'avait pas fait grande impression (d'autant plus que la promotion a été littéralement calamiteuse) et sa petite sortie en salle en a forcément subi les conséquences. Sorti en DVD/Blu-Ray à la fin du mois de novembre dans une totale indifférence, c'est avec crainte que l'on insère le disque dans le lecteur, se demandant si l'on va assister à un véritable naufrage cinématographique – ce qui paraissait pourtant évident. Et bien les apparences sont parfois trompeuses…


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Car oui, La Traque, contrairement à l'impression de départ, est un bon, voire un très bon film de genre français, bien qu'il soit dirigé par un novice et que le scénario de base ne soit pas forcément le plus inventif que l'on est vu ces dernières années. En quelques mots, l'action raconte les relations plutôt tendues entre les membres d'une famille détentrice d'un immense terrain forestier et d'une usine de production d'engrais chimiques. Un beau jour, dans les bois, ils découvrent cinq cerfs morts dans d'étranges circonstances. Sur l'un d'eux était plantée une dent de sanglier. Donc pour éviter qu'un accident dans le même genre se reproduise à l'avenir, le père, ses deux fils et le gendre décident de partir à la chasse et de ramener la grosse bête des bois à la maison – ce qui permettrait en plus de gagner le prix du plus gros sanglier tué dans la région. Mais les choses ne se passent pas exactement comme prévu et les rôles dans la forêt vont très vite s'inverser, les chasseurs devenant ainsi les proies d'une meute de sangliers monstrueux (les engrais chimiques ne sont bien évidemment pas innocents à la chose).


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Si la qualité ne vient pas du script – les « rebondissements », par exemple, seront décelés bien des minutes avant leur arrivée -, elle vient plutôt de l'ambiance qu'arrive à installer La Traque. Même si Blossier veut instaurer ses propres règles, il n'empêche que son film renvoie inévitablement aux années 80, l'âge d'or des survivals nerveux de ce genre (il est impossible, par exemple, de ne pas penser au Predators de McTiernan à la vision du long-métrage). Mais la référence essentielle, indéniable et indiscutable, c'est Dog Soldiers de Neil Marshall. Comme pour ce dernier, les porcs sauvages sont intégralement faits avec la technologie animatronique (on ne s'embarrasse pas d'images de synthèses futiles et hors de prix) et comme pour ce dernier, le but du film est d'en montrer le moins possible pour en suggérer davantage. De plus, la photographie et le son (les grognements des sangliers sont d'un réalisme ahurissant) extrêmement soignés finissent de nous conforter dans l'idée de l'inspiration britannique.


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Cependant, tout n'est pas grandiose dans le film d'Antoine Blossier. S'il arrive à mettre de la nervosité dans son film (un exploit quand on voit le pitch de départ et le budget qui lui a été donné), il n'évite pas les longueurs de début de film, le rythme en dent de scie et les gros clichés du genre (le petit citadin qui, acculé dans un environnement hostile, se découvre des élans guerriers et devient une véritable bête au même titre que les sangliers qu'il chasse par exemple). Il est également à noter que les dialogues sont d'une extrême pauvreté et arrivent même, parfois, à être ridicules en voulant à tout prix coller à ce qui se fait outre-manche. Un manque de naturel se dégage donc des phases de dialogues et, plus embêtant, notre vision des personnages en souffre : leur sort ne nous intéresse que très peu, on n'arrive pas à avoir de compassion pour eux. Néanmoins, les carences scénaristiques sont comblées par un casting impeccable, Grégoire Colin en tête.

Donc au final, La Traque n'est pas un chef-d'œuvre absolu du genre, loin s'en faut. Mais le premier essai de Antoine Blossier est très clairement satisfaisant, nous offrant là un spectacle somme toute de qualité ce qui, il faut bien l'avouer, n'était pas chose gagnée d'avance. De quoi donner de l'espoir pour les futures productions horrifiques françaises.

 

 

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