7/10

Traffic

Comment traiter de manière originale une histoire parlant de drogues ? Grande question que peu de réalisateurs arrivent à résoudre. Pourtant, il semble que Steven Soderbergh a réussi à trouver un bon compromis entre fiction et réalité. Il arrive sans mal à informer le spectateur sur les réseaux empruntés par la drogue sans pour autant tomber dans le documentaire réaliste. Le principe est simple, trois histoires illustrent trois grandes étapes. La première, au Mexique, nous amène sur les pas de deux jeunes policiers interceptant un convoi de cocaïne, dont ils seront vite lésés par le Général Salazar, personnage emblématique du dictateur aux méthodes peu orthodoxes. La seconde nous entraîne dans le sillage d'Helena Ayala ( Catherine Zeta-Jones ) habitant à San Diego dont le mari est arrêté suite aux confidences d'un dealer piégé par deux policiers de la brigade anti-drogues. La dernière nous montre le Juge Wakefield ( Michael Douglas ) tout juste nommé coordinateur de la lutte anti-drogues aux Etats-Unis, en proie à de sérieux ennuis familiaux : sa fille, âgée de 16 ans et bonne élève, tombe inexorablement dans la spirale de la cocaïne, incitée par un camarade de classe qui a tout l'air d'en profiter. Malgré le nombre de scénarii à traiter simultanément, Soderbergh parvient aisément à conduire le spectateur dans le Traffic. Pour ce faire, il balise les images de filtres différents pour chaque histoire. Le Mexique est saturé de jaune, abandonné au sable et au climat. Le désarroi profond du Juge Wakefield se lit dans le bleu des lieux, véritable expression de la noyade de sa fille. Enfin, San Diego est au delà de la couleur : c'est purement et simplement le luxe, l'opulence, la vie apparemment sans souci sans tourments, et pourtant si pleine de mirages et de secrets. La drogue, bien qu'étant l'élément central et commun à toutes ces histoires n'est pourtant pas la finalité du film. C'est tout d'abord un conte sur les désillusions d'un père face à sa fille, qui trop longtemps pliées aux conventions sociales et à la confiance apparente de ses parents cherche à tout prix à quitter le nid douillet, mais de façon bien maladroite. C'est aussi un film où les sentiments humains intérieurs se contredisent, Javier Rodriguez ( Benicio Del Toro ) jongle entre les compromis, tentant de sortir de son indifférence et de trouver sa route. L'épisode d'Helena Ayala est sans doute le plus mystérieux, on ne sait pas trop où le réalisateur veut nous amener. La réaction d'Helena est ambiguë, est-elle capable de tout pour sortir son mari de prison ? est-ce l'amour qui la guide, la peur de perdre son fils, ou alors simplement l'angoisse de ne plus vivre dans le luxe ? Au final, en dépit de quelques longueurs ( le film dure 2h25 tout de même ! ), Traffic est un bon film, ne sombrant dans aucun extrême, ni dans la douleur pathétique, ni dans le triomphalisme américain (malgré une fin plus ou moins heureuse).

A découvrir

Cell (The)

Partager cet article
A voir

Tueurs nés

A propos de l'auteur

Guillaume est le fondateur et le rédacteur en chef de Krinein. Curieux et passionné par la culture au sens large, il poursuit sa route sur les chemins tumulteux de la critique culturelle.

0 commentaires

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Krinein cinéma, c'est l'actualité et les critiques de films qui sortent au cinéma, en dvd et en bluray .

Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

Rubriques