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Toy Story

En 1995, le cinéma d'animation ajoute une corde à son arc : le tout-numérique. Pixar fait son entrée dans la cour des grands, et pose la première pierre du brillant parcours que l'on connait. Et Toy Story ? Quinze ans plus tard, il fait figure de classique.

Aujourd'hui directeur de la section animation de Disney, John Lasseter a fait du chemin depuis la fin des années 70. Après avoir fait partie des petites mains usinant péniblement sur le dessin animé Rox et Rouky (avec un autre petit jeune appelé Tim Burton), il est passé par la case ILM et a surpris son monde en créant le "chevalier-vitrail" en images de synthèse dans Le secret de la pyramide (1985). Décidant d'explorer le nouveau monde que constitue l'animation par ordinateur, il crée la société Pixar et réalise quelques courts métrages remarqués : Tin  Toy, Knick Knack... Après plusieurs années d'expérimentation, ayant réuni une solide expérience et une fine équipe de passionnés (Andrew Stanton, Pete Docter... autant de personnalités qui passeront à leur tour à la réalisation par la suite), Lasseter se lance dans la réalisation d'un long métrage.

A sa sortie en 1995, Toy Story suscite de nombreuses discussions. La technique
utilisée ayant été initialement développée pour créer des effets spéciaux (Jurassic Park et The Mask viennent de créer la sensation par leur copieuse utilisation d'images de synthèse), certains ont tendance à voir le film de Pixar comme une tentative d'évincer le cinéma traditionnel à l'aide d'acteurs artificiels. En réalité, la démarche est simplement d'enrichir le cinéma d'animation d'une nouvelle forme, foncièrement différente du dessin animé et de la stop-motion. Au cours des années suivantes, Dreamworks s'engouffrera dans cette nouvelle voie, livrant même une guéguerre à Pixar en sortant des films sur des sujets similaires (Fourmiz contre 1001 pattes, Gang de requins contre Le monde de Nemo).

Toy Story prend le parti malin de mettre en vedette une famille de jouets, rusant ainsi avec l'apparence lisse et rudimentaire que les images de synthèse offrent à leurs débuts. Réunis dans la chambre du dénommé Andy, les héros sont donc Woody le cow-boy (la voix de Tom Hanks), Rex le dinosaure, un cochon-tirelire, un Monsieur Patate... et Buzz Lightyear (la voix de Tim Allen), renommé Buzz l'éclair par une version française probablement nostalgique de Guy l'éclair (traduction elle-même approximative de Flash Gordon). Buzz est un jouet high-tech, représentant un astronaute chargé de mettre fin au joug du tyran Zurg. Problème n°1 : il y croit, ce qui consterne ses camarades conscients de leur statut de simple jouet. Problème n°2 : il devient le nouveau chouchou d'Andy, suscitant ainsi la jalousie de Woody...


A la lecture de l'intrigue, on se représente facilement dans quelle mare de puérilité aurait pu se vautrer le film. Fort heureusement, les loustics de Pixar ont l'esprit alerte, et choisissent d'utiliser leur sujet comme métaphore pour véhiculer toutes sortes de valeurs humaines ; sur le parcours initiatique suivi par Woody et Buzz, frères ennemis embarqués dans une aventure commune, on trouve une flopée de gags empruntant à tous les domaines, allant de l'humour physique à la Tex Avery jusqu'aux références cinéphiles à l'usage des spectateurs les plus adultes. Le résultat est un régal pour tout âge : spectacle dynamique et coloré pour les marmots, histoire amusante et bien écrite pour les grands... Parrainé par Disney, Toy Story n'en porte pas pour autant les stigmates redoutés (mièvrerie excessive, numéros musicaux longuets), et se pose instantanément comme un classique de l'animation.

Cinq ans d'attente pour voir Toy Story 2, encore dix ans pour Toy Story 3 (sortie le 14 juillet prochain), Pixar préfère prendre le temps de faire les chose bien. En attendant de découvrir le nouvel opus, réalisé cette fois par Lee Unkrich, on se tournera volontiers vers la ressortie vidéo des deux premiers, en DVD et en Blu-ray. Parmi les bonus DVD du premier, on déplore avant tout l'absence du court métrage Tin Toy de 1988, qui est à la base de Toy Story. Néanmoins, on se replie volontiers sur les quelques vidéos proposées, qui évoquent les circonstances de création du film sans trop rentrer dans le détail (qui serait probablement trop technique pour être digeste).

  • Commentaire audio avec les sept responsables principaux du film. Un classique, bien que ce type de bonus soit souvent le moins consulté.
  • Présentation de Toy Story 3 : la bande-annonce du nouvel épisode étant déjà visible en préambule du DVD, ne vous encombrez pas de ce bonus qui se contente de paraphraser l'histoire que vous aviez déjà comprise 5/5. Pas d'image supplémentaire là-dedans.
  • Vidéo de la Nasa : sous forme d'une présentation par Buzz l'éclair, une initiation aux voyages spatiaux est proposée de façon ludique et pédagogique. Pourquoi pas.
  • Portrait de quelques anonymes de chez Pixar : leur parcours, leur rôle. Heureuse initiative que de mettre un coup de projecteur sur certaines têtes moins connues de l'équipe : l'une s'occupe des ombres, l'autre des couleurs...
  • Trois sujets de 2 mn sur les coulisses de Pixar : sous forme de mini-dessins animés rudimentaires, trois anecdotes périphériques à la création de Toy Story sont racontées avec humour. Un regard intéressant sur l'esprit qui anime les créateurs.
  • Un sujet de 2 mn sur un Buzz l'éclair géant dans une parade. Là, on cherche un peu l'intérêt...
  • Black Friday : présenté par John Lasseter, ce story-board animé représente un extrait de la première version du film, présentée à Disney sans conviction ; Woody était alors un personnage franchement antipathique, ce que Lasseter s'est empressé de corriger.

On aurait sans doute aimé s'en mettre un peu plus sous la dent, et voir par exemple une séance d'enregistrement des voix, mais il reste la ressource de se tourner vers le blu-ray, qui recense davantage de contenu.

Affiche cinéma / première édition DVD : le jeu des 7 différences
Affiche cinéma / première édition DVD : le jeu des 7 différences

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1 commentaires

  • nazonfly

    09/09/2013 à 21h43

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    Sympathique effet de nouveauté avec ce film d'animation qui replonge forcément le trentenaire dans ses souvenirs de jouets tant ils sont connotés (cf la tablette à dessiner à molettes).

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