8/10

Town (The)

Ben Affleck, simultanément devant et derrière la caméra, livre un excellent polar noir et serré qui n'oublie pas d'être émouvant. En toile de fond : Boston, sa ville-fétiche déjà au cœur de Will Hunting et Gone Baby Gone.

Charlestown, un quartier de Boston qui était anciennement une ville à part entière (d'où son surnom ‘The Town'), est connu pour avoir le plus fort taux de braquages armés du monde. L'information sert de base au roman Prince of Thieves de Chuck Hogan, que Ben Affleck adapte ici pour son deuxième long métrage en tant que réalisateur. Le premier, Gone Baby Gone, avait été salué pour sa maîtrise mais laissait en bouche un petit goût d'insatisfaction ; cette fois, il ne dirige plus son frère Casey mais se met lui-même en scène, avec tous les risques que cela
suppose...

Doug MacRay (Ben Affleck) est l'un des membres d'une équipe de braqueurs particulièrement efficace : plans d'attaque imparables, actions musclées sous le couvert de masques pittoresques, effacement des traces à l'aide de chlore... Si Les Experts avaient une branche de l'autre côté de la loi, ces gars-là seraient les premières recrues. Mais après s'être pris d'affection pour une otage occasionnelle (Rebecca Hall), il envisage de changer de vie. Reste à savoir si cette option existe pour cet enfant de Charlestown, qui est aujourd'hui enferré dans les dettes d'honneur, les responsabilités et les menaces qui pèsent sur lui...

Appartenant au sous-genre assez codifié du "film de braquages", The Town établit une balance réussie entre différents éléments : une histoire centrée sur un personnage plutôt que sur la mécanique des casses ; un casting solide où se côtoient le presque oscarisé Jeremy Renner, l'acteur de Mad Men Jon Hamm, l'indispensable Pete Posthletwaite en mystérieux pourvoyeur, et les ravissantes Rebecca Hall et Blake Lively en pôles opposés de la direction sentimentale du personnage de Ben Affleck ; et enfin une ambiance tendue instillée avec un vrai sens du suspense, décuplé par l'intérêt que l'on porte au protagoniste et à ses problèmes. Bien qu'il n'évite pas le syndrome de l'acteur-scénariste-réalisateur qui
aime se filmer (voir les scènes du débuts où il exhibe complaisamment ses biscottos), Affleck parvient à faire accepter sans peine que l'histoire tourne entièrement autour de lui, sans pour autant délaisser des personnages secondaires complexes et attachants. Il semble également considérer la ville de Boston comme un de ces intervenants : aussi indispensables au film qu'elles l'étaient dans Will Hunting et Gone Baby Gone, les rues de briques rouges affichent décidément un caractère propre. Doug appartient à son quartier, au même titre qu'il appartient à son passé, et il lui est quasiment impossible de s'extraire de sa condition, qui lui pèse presque autant que les perspectives pourtant peu réjouissantes de prison ou de mort qui planent constamment sur lui.

Si la comparaison avec Heat a été proposée pour évoquer la relation entre le gang de braqueurs et le FBI, on remarquera que le point de vue est essentiellement celui des malfaiteurs, ce qui est logique puisque Doug est le personnage central. Néanmoins, le détective joué par Jon Hamm s'impose comme une figure intelligemment travaillée, évitant à la fois le cliché de l'enquêteur sadique et celle du nullos dépassé par les évènements. A mi-chemin entre le drame humain et le thriller nerveux, The Town assume son classicisme avec aplomb, verse rarement dans le pathos hollywoodien et confirme que Ben Affleck est un scénariste et surtout un réalisateur à suivre.

A découvrir

Livre d'Eli (Le)

Partager cet article

A propos de l'auteur

1 commentaires

  • gyzmo

    17/09/2010 à 18h03

    Répondre

    Ah c'est pas mal. Bon, en tant qu'acteur, je suis pas convaincu, mais le Ben s'en sort bien avec sa réalisation. J'ai bien aimé le côté Point Break de l'intrigue - en moins fun. Sauf qu'ici, les rôles sont inversés (flic infiltré / braqueur infiltré). C'est toujours un peu saoulant les anti-héros qui se cherchent une redemption, et dans le genre, The Town n'est pas trop superficiel avec son personnage et son entourage. Les braquages ne manquent pas de punch, sans atteindre les moments anthologiques de Heat, autre grosse référence il me semble. Le braquage final et ses multiples déguisements, par contre, c'est du gros déjà-vu. J'irai même jusqu'à dire que des scènes comme celle-là pointent leur bout du nez dès qu'un auteur est en perte de vitesse. Ce qui est malheureusement le cas pour Affleck. Une demi-heure en moins, et son film aurait certainement gagné en intensité. M'enfin bon, ce n'est pas non plus Pour 100 briques t'as plus rien ! Quoique, on est pas si loin que ça, en fait. Ouais. Les films de braquage, c'est souvent pas bien original, en fin de compte^^.

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Krinein cinéma, c'est l'actualité et les critiques de films qui sortent au cinéma, en dvd et en bluray .

Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

Rubriques