6.5/10

Le Tout Nouveau Testament

Après l'inoubliable Mr Nobody, sorti il y a déjà 6 ans, et un détour vers le théâtre expérimental, l'ancien homme du cirque qu'est Jaco Van Dormael revient avec son dernier film : Le Tout Nouveau Testament. Au programme, un scénario ambitieux et une ambiance légère, oscillant entre l'élégance mystérieuse de l'acrobate et le rire grassouillet du clown.

En tête du box-office français la semaine de sa sortie et maintenu au top 10 pendant cinq semaines, Le Tout Nouveau Testament est le dernier film du belge Jaco Van Dormael. Le réalisateur et scénariste s'est fait rare ces dernières années. Il n'en est pas pour autant à son coup d'essai, avec des valeurs sûres à son palmarès telles que l'excellent Mr Nobody et Le Huitième Jour. Son partage d'affiche avec ici l'exubérant Benoît Pooelvorde semble quelque peu déplacé : réputé rêveur et effacé, tout du moins poète, le voici face à un acteur qui semble avoir affiné l'art de jouer les personnages colériques au point qu'on n'en vienne à plus rien attendre d'autre de lui, à l'image d'un Louis de Funès en son temps.

Pooelvorde pourra ici s'en donner à coeur joie, car il joue nul autre que Dieu lui-même. Ce dieu n'est pas le héros du film, ce qui nous épargne une énième version de Podium style panthéon divin, mais le personnage mérite tout de même une certaine attention. Car si Le Tout Nouveau Testament se défend d'être une critique religieuse, pouvant par ailleurs être vu comme un drame familial sur les difficultés de l'adolescence, il est évident que Pooelvorde est conçu comme le référent familier, la porte d'entrée du spectateur dans le monde, plus personnel, du réalisateur.


Bête, méchant, glandu : Pooelvorde comme on aime le voir.

 Ainsi, les premières minutes du film nous mettent en scène un dieu cloîtré dans son appartement en plein Bruxelles qui prend plaisir à pourrir la vie de sa fille et de sa femme (son fils JC a fait une fugue), et qui a créé l'humanité à son image car c'est sous cette forme qu'il prendra le plus de plaisir à la tourmenter entre deux séances à regarder du catch affalé sur son divan. Ces moments qu'il passe à nous faire souffrir, que ce soit par des accidents et catastrophes naturelles, ou en érigeant des règles absurdes grâce à son méga-ordinateur, unique instrument de sa toute-puissance, c'est son travail, une tache qu'il effectue consciencieusement. Au cours du film, Dieu sera confronté à certains représentants de la race humaine, et il montrera lors de ces scènes (où Pooelvorde interprète son personnage avec un plaisir et une maestria envoûtants) toute sa haine pour le genre humain. En définitive, ce Dieu vu par Jaco Van Dormael est un clown, un imposteur, une idole infâme bien plus proche de la bête que de l'ange. Cette sort de constat cynique sur la condition humaine, dont la mise en place dans toutes ses nuances prend une bonne partie du film, sert d'accessoire à l'intrigue principale qu'est la quête de la fille de Dieu, Ea, en fugue sur Terre, après avoir envoyé par texto le jour exact de leur mort à l'ensemble de la race humaine.

En définitive, le choix de faire de Pooelvorde un personnage secondaire dans ce film alors qu'il est clairement présenté comme tête d'affiche risque de peser lourd dans la balance quand viendra le moment de juger ce film. Le capital sympathie apporté par l'acteur a beaucoup de chances de se dissiper dès l'instant où le spectateur constatera que son rôle a vocation à se réduire tout au long du film. Non pas que la direction prise par le scénario ne soit pas une bonne idée : elle est parfaitement cohérente, et le film connaît ses instants de grâce. Mais on en revient au constat de départ : ceux qui viennent voir Pooelvorde taper une crise sur grand écran ne seront pas forcément prêts à y voir le film d'un réalisateur à l'univers fort, mais où l'exubérance cède le pas à la beauté musicale et aux plans longs et silencieux. Il est louable de vouloir introduire de cinéma de Jaco Van Dormael au grand public, mais il semble que cela se fasse au prix d'un film souffrant de personnalités multiples, alors que le compromis aurait peut-être été plus judicieux. Un soucis de plaire au public, particulièrement au public français, dont témoignent les nombreuses similitudes de fond et de forme de ce Tout Nouveau Testament avec le Fabuleux Destin D'Amélie Poulain.


La jeune Pili Groyne tient le rôle principal du film avec un certain panache. La malédiction des enfants acteurs n'est ici pas vérifiée.

Avec son père à ses trousses, accompagnée d'un sans domicile fixe ayant la fonction de scribe, Ea déambule dans Bruxelles à la recherche de ses 6 apôtres. L'un après l'autre, elle fera leur connaissance et, au cours de conversations, les guidera à travers leurs quêtes personnelles pour qu'ils atteignent enfin le bonheur. Une démarche où le burlesque flirte avec la pureté, en lien avec une bande-son magistrale comme toujours avec Van Dormael. L'on appréciera la simplicité enfantine de Pili Groyne, qui joue convenablement son rôle (peut être car il est cohérent et mesuré). Les morceaux de bravoure du film sont peu nombreux, mais ils frappent juste grâce à une réalisation maîtrisée à la perfection, et un rythme lent et méthodique. Seulement, le découpage en chapitres se fait vite répétitif et l'on sent une certaine lassitude s'installer au fur et à mesure que l'intrigue avance et que les personnages s'accumulent comme du linge sale. La conclusion du film, bien trouvée, sauve le film d'un naufrage absolu. Celle-ci n'enlève pas de l'idée que le film dans son ensemble est bancal. Une exécution hasardeuse, par un réalisateur qui a pourtant démontré son savoir-faire pour mettre en scène des idées au moins aussi folles que celle-ci.

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