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Tout le monde dit I Love You : Woody Allen musical

Quinze ans avant Minuit à Paris, Woody Allen trouvait déjà la capitale française romantique. Au moins autant que Venise et New York.

Dans une filmographie aussi foisonnante que celle de Woody Allen, on peut s'amuser à distinguer des périodes, un peu comme on étudierait les cours de la bourse : selon le nombre d'œuvres considérées, on pourrait trouver une tendance à
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la hausse ou à la baisse, une volonté de faire rire ou une ère de morosité parsemée d'éclairs de joie. Tout le monde dit I love you date de 1996, et se situe entre Maudite Aphrodite et Harry dans tous ses états. Considérons donc qu'il s'agit d'une période "joyeuse" du scénariste-réalisateur, qui expérimente, se met en scène, et ose tourner hors de New York pour la première fois depuis vingt ans. Tombé amoureux de Paris (il l'est toujours, comme en témoigne son
Minuit à Paris qui sort aujourd'hui), il y situe une partie de l'action de sa comédie musicale, et répartit le reste entre Venise et (tout de même) New York. Les trois villes les plus romantiques du monde, peuplées par un casting de choix où cohabitent vedettes du passé, du présent et de l'avenir : Tout le monde dit I love you est un film choral dans la veine des futurs Love Actually et Valentine's day... avec la Woody touch, et des numéros musicaux ! 

Le casting de rêve comprend une part d'acteurs déjà confirmés à l'époque (Alan Alda, Goldie Hawn, Julia Roberts, Woody lui-même), et une fournée de talents prometteurs : Edward Norton et Natalie Portman n'étaient connus que pour un ou deux rôles chacun, tandis que Drew Barrymore amorçait son retour après une dizaine d'années de dépression post-E.T. Tim Roth avait déjà quinze ans de carrière à son actif, mais ne surfait que depuis peu sur le succès que lui apportaient les deux premiers Tarantino; quant à Billy Crudup, il faisait là une de ses toutes premières apparitions !

« Enjoy yourself, it's later than you think! »


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Le scénario suit trois générations d'une famille recomposée, dont les errements amoureux gravitent tous autour du couple défait que forment Goldie Hawn et Woody Allen. Sur cette trame, le cinéaste brasse l'air de rien une foule de thèmes : l'amour bien sûr, le (re)mariage, la mort, les relations parent-enfant, la psychanalyse, tout en glissant une brève intrigue policière et en fignolant un hommage à son idole Groucho Marx. Le tout en forme de comédie musicale carburant aux standards (
My Baby just cares for me, I'm through with love…) interprétés par des comédiens dont le chant volontairement imparfait ajoute un charme supplémentaire à la mise en scène déjà fantaisiste.

Cocasse, émouvant, euphorisant, cette cuvée reste une des meilleures du réalisateur, qui trouve un rare équilibre dans la multiplicité des intrigues, les changements de ton et les alternances entre babillages alléniens et séquences chantées. Et cette cuvée-là se conserve bien.

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