7/10

Total Recall

Quand l'homme se met à modifier les souvenirs, il devient difficile de distinguer rêve et réalité. Heureusement, l'ami Schwarzy va tenter de débrouiller tout ça pour nous.

Doug Quaid (Arnold Schwarzenegger, muscles bandés) est comme Martin Luther King : il a un rêve. Certes le sien est largement plus égoïste : il veut simplement partir sur Mars. Et, qui sait, retrouver peut-être cette brune sauvage qu'il voit toutes les nuits sur ses terres martiennes oniriques. En 2048, voyager sur Mars n'est guère un problème; mais on ne peut pas dire que sa femme, Lori (Sharon Stone, nuisette transparente) soit tout à fait du même avis. La solution ne peut venir que de Rekall, société spécialisée dans les souvenirs de vacances. Non, en 2048, heureusement, les boules à neige ont, semble-t-il, disparu et Rekall travaille plus dans l'implantation de souvenirs modifiés. Des vacances sans avoir besoin de bouger de son siège, des vacances sans risques et à moindre prix. Et en supplément, on offre même la vie d'un agent secret !

C'est à cet instant précis que survient l'élément perturbateur : l'embolie schizophrénique... A peine implanté, Doug verra surgir un passé étonnant : celui d'un agent secret justement. Et c'est parti pour l'aventure ! Action, baston, flingues partout, justice nulle part. Un grand méchant du genre à asphyxier des poissons rouges, et deux beautés, symboles du bien et du mal, côté sombre et côté lumineux. Mais qui a raison, qui a tort dans cette histoire ? Quaid vit-il son rêve d'agent secret ou est-ce la réalité qui l'a rattrapé ?

Inspiré d'une nouvelle de Philip K. Dick (sans doute l'un des auteurs de science-fiction les plus adaptés au cinéma avec des réussites comme Blade Runner ou A Scanner Darkly, et des semi-plantages comme Minority Report ou des nullités comme Paycheck), Total Recall est un classique de la science-fiction. Mutants, ville cradingue opposée à la ville haute à tendance classieuse, un médium qui parle par énigmes, une mystérieuse agence qui ourdit de sombres complots, des terminaux d'ordinateurs partout, un monde envahi par la pub, Total Recall semble condenser en une heure et demie tous les films de science-fiction.

De la dance music en 2048 ?

Un film de SF se déroule dans le futur; et pourtant il est, en général, terriblement représentatif de l'époque à laquelle il a été tourné. Total Recall en est un parfait exemple. Malgré l'année 2048 fièrement affichée, le film est clairement daté début des années 90. Vêtements et choucroutes capillaires, qui auraient été parfaits dans Les Années Collège, déparent franchement quand on parle de Mars.

S'il y a un autre écueil que rencontre la SF au cinéma, c'est le vieillissement des décors. Avant l'arrivée des effets spéciaux numériques (qui seront bien évidemment eux aussi dépassés), les vaisseaux spatiaux et autres bases martiennes sentaient bon le carton pâte et les films tournés en studio. Là encore Total Recall montre quelques beaux ratages. Certes on pourrait argumenter que ces décors font une partie du charme du film, mais on est parfois très proches de l'esprit Plan 9 From Outer Space du mythique Ed Wood.

Reconnaissons toutefois quelques belles réussites au niveau des maquillages. Total Recall est, en effet là encore, représentatif d'un genre. Rares sont les futurs où l'homme existe seul, extra-terrestres et mutants lui partageant généralement l'affiche. Si les Hommes-Poissons ou les Hommes-Pierres ont souvent assez mal vieillis (comme le montre le blog de Lestat), les mutants de Total Recall passent encore très bien à l'écran, même dix-huit ans après le film. Dans le même ordre d'idée, les transformations sont terrifiantes et vraiment bien réalisées.

Dreams are my reality

Un film de SF est l'occasion de dénoncer quelques dérives ou d'apporter des pistes de réflexion au spectateur, en plus de lui fournir un spectacle à grande échelle. Chaque époque a ainsi sa thématique futuriste si l'on peut dire. La Guerre Froide engendra un grand nombre de films sur l'invasion alien (The Thing, It came from Outer Space), le peur de l'atome généra des films post-apocalyptiques (Mad Max), les années 2000 seront celles de l'eugénisme et du clonage (Bienvenue à Gattaca, L'Attaque des Clones). Total Recall aborde, de la même façon, des thèmes contemporains aux années 90 : problèmes énergétiques, destruction de la couche d'ozone sont quelques pistes de réflexion intéressantes bien que succinctement évoquées.

De toute évidence, le thème principal, et la réussite du film, est cette constante incertitude entre rêve et réalité. Il est difficile de trancher, même après le générique de fin, entre ce qui s'est réellement passé et ce que Quaid a rêvé ou imaginé. Le seul bémol est que Total Recall ne va pas assez loin dans le questionnement de la réalité, au contraire d'un Matrix ou d'un eXistenZ, et se contente finalement du seul prisme de la vie de Doug Quaid.

Total Recall est donc, malgré ses nombreux défauts (ne citons ici que l'abominable Mars la rouge qui choque dès les premières minutes), un film plutôt agréable qui tiendra le spectateur en haleine et le fera même réfléchir deux secondes et demi. Ne boudez pas votre plaisir. Surtout si vous aimez les gros plans sur les muscles schwarzeneggeriens.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

9 commentaires

  • riffhifi

    04/05/2008 à 02h04

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    Est-ce que je suis le seul à trouver que les prémisses de Total recall ressemblent furieusement à celles de Cobra ? Ou l'inverse d'ailleurs, car je ne sais pas de quand date le bouquin de Philip K. Dick.

  • Anonyme

    04/05/2008 à 10h15

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    1966.

  • Anonyme

    04/05/2008 à 10h36

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    Total Recall, c'est LE film typique qui à marqué mon adolescence (avec les Terminators). Et je me souviens de chaque minutes de ce film au contraire de pas mal de films de SF actuels que j'oublie le jour suivant (hier j'ai été voir Iron Man, j'ai bien ri, mais bon la moitié du film est passé aux oubliettes tellement c'est superficiel).


    Dire que les coiffures ou les décors sont vieillots, losqu'on parle d'un film qui à bientot 20 ans n'a pas de sens. Que dira-t-on dans 20 ans des films marvel, bourés d'effet 3D bien fashy ? On dira "c'est null, ca fait an 2000" ?


     Non, Total Recall, c'est un mythe qui mérite bien plus qu'un 7/10 ...

  • nazonfly

    04/05/2008 à 10h40

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    Ca a un sens parce que certains films ont mieux vieilli que lui. Et j'en profitais pour dire que les films futuristes représentent leur époque plus que le futur.

  • Lud'O

    04/05/2008 à 12h47

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    Evidemment.


    Même que la science-fiction est un excellent medium pour exposer un problème de société, et se faire se questionner le spectateur ou lecteur dessus. Quand le même thème dans un film ancrè dans notre réalité quotidienne, aurait automatiquement braqué les gens vers leurs convictions politiques ou religieuse...


    On est assurément plus objectif au sujet de la guerre, si elle a lieu sur Vénus, plutôt qu'en Irac !

  • Kei

    04/05/2008 à 22h59

    Répondre

    Ca ça manquait à ma culture. Vraiment un bon film, avec sa dose de rebondissements pile au moment où on pensait avoir tout compris. Bon, schwarzy est clairement pas un super acteur (son petit accent teuton est assez marrant, surtout quand on s'attend à une voix à la Stallone), mais ça passe assez bien.


    Et oui, mars fait pitié par moment, mais qu'est ce qu'on s'en cogne. Non pas que ça fasse partie du charme du film, mais plutôt que ce n'est pas là que réside l'intérêt. Et le reste des effets spéciaux s'en sort plutôt bien (mis à part le volcan final).


    Etonnemment, j'ai pas mal pensé à Vanilla Sky et Ouvre les yeux en voyant ce film, même s'il joue dans une catégorie différente. 

  • el viking

    17/09/2008 à 12h13

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    Pour ma part, j'avoue ne m'être décidé à le voir que parcequ'ils en parlent dans Hot Shot II...


    Mais au final, je n'ai pas été déçu du voyage! Franchement, un très bon film de SF, qui m'a un peu fait pensé à Red Faction, allez savoir pourquoi...

  • Anonyme

    02/11/2008 à 18h44

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    Votre critique technique est ridicule . Vous parlez en 2008 alors que le film s'est déroulé en 1990 .Arretez de parler de "vieillissement". ( ca ne veut rien dire). Ainsi que de "dance music en 2048" . J'écoute parfois de la musique qui a 50 ans!


    Et puis ..Je ne suis pas d'accord sur un point . Vous avez l'air de penser que les décords cartons pates sont moins réussis et moins beaux que les décors en effet spéciaux informatiques .


     Je pense tout le contraire ! Jamais l'informatique ne reussira à concurrencer le carton pate pour 2 raisons :


    1-Le carton pate est réel est fait parti intégrante de l'image alors que les effets spéciaux numériques sont décollés de l'image réelle.


     2 - manque de naturel et trop "parfait".


     Vous connaissez surement "tremors" . Regardez les effets spéciaux . Ceux des 2,3 , 4 sont pas naturels et rendent les suites ridicules , sans compter l'humour qui n'a pas as place dans ce genre de film . 

  • nazonfly

    02/11/2008 à 21h15

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    Justement on écoute la musique des années 50... parce qu'elle n'a pas vieillie. Au contraire de certains décors de Total Recall. Les décors de Star Wars (années 70-80 donc) ont moins vieilli que ceux de Total Recall ont l'air moins vieux que ceux de Total Recall. Pour moi c'était nécessaire de le préciser.

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