A DECOUVRIR
8/10

Tootsie

Dustin Hoffman devient une femme sous l'œil tendre et perspicace de Sydney Pollack. Le sujet est moins la guerre des sexes que les réalités du métier d'acteur.

S'il y a un club réservé aux habitués des Oscars, Dustin Hoffman en est sans nul doute un membre éminent. Pourtant, Tootsie ne fait pas partie de ces films qui sont repartis les mains pleines de la cérémonie, malgré ses nombreuses nominations (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario...). Il n'a pas même valu une statuette à Dustin lui-même, qui s'est incliné devant la prestation de Ben Kingsley dans Gandhi ; seule Jessica Lange s'est vue remettre le prix de la meilleure actrice secondaire, un lot de consolation pour un film qui méritait sans doute plus que le mépris généralement accordé aux comédies. Qu'importe, l'essentiel est qu'il reste vu aujourd'hui, et garde sa fraîcheur intacte malgré une bande originale clairement au carrefour des années 70 et 80.

Et après, je m'épile.
Et après, je m'épile.
Michael Dorsey (Dustin Hoffman) est un acteur new-yorkais au chômage, qui court d'audition en audition tout en donnant des cours d'art dramatique. Son agent George Fields (Sydney Pollack, non crédité pour le rôle) désespère de le caser à cause de son caractère et de son perfectionnisme. Lorsqu'il déclare à Michael que personne ne l'engagera jamais, celui-ci tente un coup de poker : il passe une audition pour un soap opera sous l'identité fictive de Dorothy Michaels... Et il est engagé. Tout acteur qu'il soit, il aura du mal à mentir éternellement à son entourage, et se verra particulièrement en peine de révéler son amour à sa partenaire dans la série, Julie Nichols (Jessica Lange)...

Selon Dustin Hoffman, le projet trouve son origine dans le tournage de Kramer contre Kramer, au cours duquel il avait l'impression de jouer à la fois le père et la mère de son fils. Explorant la voie de ce changement de sexe, il a bataillé pour obtenir les scénaristes, le réalisateur et le casting qui lui paraissaient judicieux. Il dut même insister auprès de Sydney Pollack pour que ce dernier accepte de jouer lui-même son agent en plus de réaliser le film : l'effort fut récompensé, car leurs dialogues constituent probablement les scènes les plus drôles. On note également la présence de Bill Murray en colocataire blasé, deux ans avant SOS fantômes mais deux ans après Le golf en folie, qui lui valait une étiquette de comique quasiment troupier ; ce rôle en demi-teinte marquait le début d'une carrière plus intéressante pour lui, et la légende veut que l'intégralité de ses dialogues aient été improvisés. Geena Je suis moins moche avec un chapeau ?
Je suis moins moche avec un chapeau ?
Davis, quant à elle, fait sa première apparition à l'écran et en profite pour montrer ses sous-vêtements.

Si Tootsie s'inscrit dans une certaine tradition de films de travestissement, après Certains l'aiment chaud mais avant Mrs. Doubtfire, Boys don't cry ou (soupir) Fausses blondes infiltrées, on n'y distingue pourtant pas seulement un discours sur la guerre des sexes ou la part de féminité des hommes. Michael Dorsey conçoit avant tout l'exercice comme un défi à relever, et ne se voit pas disparaître sous le personnage qu'il a créé. L'acteur s'efface derrière son rôle, au point de ne plus savoir comment exister sous sa propre identité. Cette réflexion sur la condition d'acteur, doublée d'un constat acide mais drolatique sur la précarité du métier, évite habilement le nombrilisme grâce à l'humour constant déployé par le scénario, et un rythme soutenu qui ne laisse pas de place à l'ennui (le montage laisse rarement la moindre seconde de silence à la fin des scènes de dialogue). Hoffman en profite pour exorciser à coup d'auto-dérision la réputation de casse-noix qu'il se trimballe à Hollywood à l'époque.

Comédie romantique tendre et originale, satire cocasse du show-business et prestation hors-norme de Dustin Hoffman, Tootsie est un des pics de la filmographie éclectique de Sydney Pollack, qui nous a malheureusement quittés en mai.

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