6.5/10

Tokyo !

Quand trois réalisateurs s'imposent l'exercice de placer Tokyo comme toile de fond d'un film, cela donne trois oeuvres éparses, complètement différentes les unes des autres, et finalement toutes évoquant, à un moment ou un autre, le fantastique, voire la science-fiction.

Tokyo ! est une oeuvre collective, découpée en 3 chapitres distincts et non reliés entre eux. Dans Interior Design, Michel Gondry choisit d'illustrer un conte où une jeune femme se sentant de plus en plus isolée finit par devenir à peine mieux qu'une cruche. Dans Merde, Leos Carax invoque une créature des égoûts qui déstabilise la population en amenant la violence et la mort. Dans Shaking Tokyo de Bong Joon-ho, c'est le personnage de l'hikikomori qui se débat face à l'amour et aux secousses sismiques.

Gondry nous avait habitués à faire appel à une certaine poésie, comme dans Eternal sunshine of the spotless mind, parfois avec des accents dérangeants (l'amoureux psychopathe, que certains ont trouvé touchant, de La science des rêves), cette fois il essaie tant bien que mal de donner quelques références au monde des fantômes qui sortiraient, la nuit venue, des intervalles entre les immeubles. Mais il rate son propos et s'enlise peu à peu en ne sachant comment dépeindre la montée de la solitude. Même la maxime finale du conte ne sait provoquer qu'un petit sourire, effrontément indulgent. Aurait-il contrôlé l'ascension du fantastique, on aurait pu lui pardonner... 

Carax, quant à lui, ne semble pas s'être imposé de règles particulières pour son récit. Il a souhaité créer un paria vivant en dehors des codes imposés par la société, et il s'y complait. L'être (humain, borgne, roux et cultivant la barbichette) sort des égoûts pour terroriser la ville en récupérant sa nourriture envers et contre tout. Se nourrir de billets et de pétales de fleurs n'est bien entendu pas le plus facile à faire admettre. Quand en plus on est sale et qu'on possède des ongles si longs qu'ils bouclent comme des cheveux, on peut légitimement être inquiété.
Merde, bien entouré
Merde, bien entouré
Quoiqu'il en soit, le réalisateur s'en donne à coeur joie et ne semble pas s'imposer de limites. L'être découvre des grenades ? Il s'en sert et tue tous les passants. Il croise une jeune femme ? Il lui lèche l'aisselle.
Il se moque tellement des convenances qu'il n'hésite pas à donner dans l'invraisemblable. La seule autre personne capable de parler à la créature et de la comprendre est un avocat aimant les effets de manches. Il est lui aussi borgne, doté d'une barbichette et présente des ongles biscornus. Ils sont de la même espèce, c'est évident, mais personne ne semble le remarquer, personne ne demandera à l'avocat de couper ses ongles.
Merde est-il un titre permettant de qualifier l'oeuvre ? Certainement pas, même si on hésite parfois... Le tout et le n'importe quoi se cotoient de très près, si bien qu'un sentiment d'inachevé et de vite fait se dégage, réduisant l'impact du chapitre. Pourtant, si le scénario n'est pas des plus fins, il est dans la droite ligne des films de monstres à succès comme Godzilla, si ce n'est qu'ici la bête est plus petite. De même, la photographie du film est travaillée avec un certain talent, rendant l'aventure poignante. On le saura maintenant, le travail bâclé peut se révéler intéressant à visionner.

Hikikomori
Hikikomori
La dernière oeuvre de Tokyo ! est un tableau se dévoilant progressivement. Un hikikomori lors d'un accident lié à des secousses sismiques, s'éprend d'une jeune femme qui deviendra à son tour hikikomori. Saura-t-il se faire violence et affronter sa peur de l'extérieur ?
L'aventure est inhabituelle, amenant quelques réponses sur ce phénomène que l'on ne connaît pas en Occident, et se prolonge astucieusement en montrant un futur anticipé plutôt négatif dans lequel reste tout de même un certain espoir. Après un Merde bien prenant, le changement de registre est incontestable, et on se prend à aborder la chose avec une certaine légèreté, appréciant la recherche de l'amour à travers un contexte décalé.

Tokyo !, s'il part d'une envie intéressante de mettre en avant la ville japonaise à travers les univers de différents réalisateurs, est très inégal. On trouve dans chacune des histoires de quoi se contenter, mais on ne peut que regretter l'aboutissement très léger et presque bâclé de l'ensemble. Pourquoi vouloir assembler des oeuvres différentes ? Mieux aurait valu que chacun garde ses billes et les développe davantage, finissant par livrer un travail plus soigné et abouti, quitte à ce qu'il soit individuel.

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sanction (La)

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A propos de l'auteur

Guillaume est le fondateur et le rédacteur en chef de Krinein. Curieux et passionné par la culture au sens large, il poursuit sa route sur les chemins tumulteux de la critique culturelle.

1 commentaires

  • Anonyme

    19/10/2008 à 00h15

    Répondre

    on rigole jaune!


     

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