7.5/10

THX 1138

Fahrenheit 1138 : la vision glaciale d'un futur déshumanisé

George Lucas, on connaît. Star Wars, les Ewoks, tout ça. En général, on sait même qu'il a créé le label de qualité technique THX, via sa firme LucasFilm Ltd. Mais ce qu'on sait moins, c'est que cette appellation THX n'est pas l'acronyme de Très Haute Xalité, mais une allusion au premier long métrage de Lucas. D'abord tourné en version courte, comme film de fin d'études, THX 1138 a droit à une deuxième vie lorsque Francis Ford Coppola propose au petit George de le produire en version longue en 1970. En 2004, le film connaît une troisième vie avec une director's cut qui vient juste de sortir en France (le 13 juin, dans 7 salles sur tout le territoire). L'intérêt d'ajouter des bestioles en images de synthèse peut paraître discutable, mais cette ressortie permet au moins de déguster la chose sur grand écran...

Dans un futur aseptisé où la vie est standardisée et le sexe interdit, chaque individu est désigné par trois lettres et quatre chiffres. C'est la raison pour laquelle THX 1138 (Robert Duvall) ne se pose pas de question sur son travail, sa compagne LUH 3147 qu'il n'a pas le droit de toucher, ni sur les pilules qu'il prend tous les jours pour réguler ses émotions. Jusqu'au jour où LUH décide de changer le dosage de ses médicaments...

Dès les premières minutes, une évidence s'impose : George Lucas n'est pas le plaisantin que l'on pourrait imaginer à la vue des Star Wars (qu'on aime ou pas, la saga est un divertissement assez léger malgré ses quelques thèmes graves) ou de American Graffiti. Dans ce premier film, il peignait une vision du futur qu'on serait tenté de qualifier de noire si elle n'était pas déjà aussi... blanche. L'image est perpétuellement baignée de ce blanc omniprésent qui définit aussi bien les personnages que leur environnement : crânes rasés, vêtement uniformément blancs, décors industriels oppressants et dénué d'ouverture sur le ciel... La domination absolue de ce blanc intervient dans la scène charnière de la prison, dans laquelle les cadrages eux-mêmes prennent un malin plaisir à écraser les personnages dans un coin de l'écran, le reste consistant uniquement en un blanc aveuglant.

Un décor de THX 1138
Un décor de THX 1138
Ecrasé par le vide, le néant, tel est le destin de l'homme du futur selon Lucas. Un vide qui le rend semblable à ces robots sans âme qui font régner la loi à coups de phrases préenregistrées. Un vide consenti volontairement par un être humain qui préfère confier rapidement ses états d'âme à une cabine de confession, pour aller rapidement se laver la tête devant une émission de télévision en trois dimensions.

La vision de l'espèce humaine est bien ce qui domine ici, plus que le destin de ce Robert Duvall et de son comparse Donald Pleasence, qui font figure d'exception et ne servent qu'à mettre en valeur la désespérante unité du reste de la société.

Le thème n'est pas neuf, il reflète l'esprit d'écrits de science-fiction comme 1984 de George Orwell ou Le meilleur des mondes de Aldous Huxley. Mais son traitement cinématographique audacieux, oppressant et glacial, annonce le cinéma de science-fiction déprimé des années 70 : Silent running, Soleil vert... Et d'une certaine manière, l'influence de THX 1138 se fait sentir jusque dans les années 90/2000, où son visuel épuré et quasiment abstrait sera repris (à d'autres fins narratives) dans des films comme Matrix ou Men in Black.

Indépendamment de ses influences et de son rayonnement, THX 1138 est un film fascinant et dérangeant, qui malgré quelques longueurs parvient à agripper l'attention du spectateur de façon presque agressive et ne le lâche qu'à la dernière image, abrupte.

Quant à savoir s'il était utile de parsemer la version Director's Cut de nouveaux plans en image de synthèse, la réponse est sans doute négative, mais Lucas n'en fait qu'à sa tête. Il ne lui reste plus qu'à ajouter des dinosaures dans American Graffiti, et... des effets spéciaux potables dans Howard le Canard ?

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3 commentaires

  • gyzmo

    26/06/2007 à 13h15

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    Excepté le passage avec les bestioles, le grand coup de pinceau de lucas sur son premier long metrage Sf est tout de même excellent et redonne un second souffle aux images originales (encore plus épurées, ce qui avait tendance à rendre le propos très pertinent d'ailleurs). Au aubaine pour ceux qui ne connaissent pas encore et aiment la SF intelligente sur grand écran.

  • Eustache

    27/06/2007 à 14h12

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    Sans avoir vu le récent director's cut, c'est un film qui m'a beaucoup marqué notamment parce qu'il montre, en marge de l'action, les contraites de fonctionnement de cette société du futur :


    - Lors du procès du héros, quand le tribunal populaire arbitre son cas de l'autre côté de la paroi de verre, ce n'est pas du tout une discussion judiciaire ordinaire, débattant de l'application de peines prévues pour un crime ou un délit. C'est une discussion informelle, politique, telle qu'il peut y en avoir dans une assemblée législative !


    - Une émission holographique montre les savants du coin, spéculant dans leur jargon sur l'arbitrage entre contrôle comportemental de la population et recrudescence des perversions.


    - A la fin, le héros peut miraculeusement s'échapper et sortir du complexe souterrain, alors même que le policier-robot venait de lui agripper la cheville, parce que le service de contrôle de gestion de la police a constaté que le budget alloué à la poursuite avait été dépassé !

  • nazonfly

    26/09/2007 à 09h59

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    Tiens c'est marrant, le policier-robot ne lui aggripe plus la cheville dans la version director's cut que j'ai vue hier. Il n'en est cependant pas loin.


    La vision de la société du futur  est semblable à la majorité des visions du futur : catastrophe qui a poussé les gens à vivre sous terre (L'Armée des 12 Singes, Bienvenue à Gattaca (là je ne suis pas sûr pour la catastrophe)), uniformisation des esprits reflétés par l'habillement généralement blanc, interdiction des plaisirs (sexe, musique), aliénation des esprits à la religion/au pouvoir, toute puissance de la productivité et de la consommation. Bref rien de neuf sous le soleil, sauf que ce film a été tourné en 1970 et devrait donc être considéré comme un précurseur (si on occulte les livres).


    Après une première demi-heure où le spectateur est complètement perdu dans cet univers sans âme, le monde se met en place et le film devient plus intéressant. On comprend enfin les tenants et les aboutissants de ce futur. L'environnement blanc, sans ciel (vu que c'est une coquille enterrée comme ils disent) s'oppose aux couleurs chaleureuses du soleil.


    Les images de synthèse rajoutées sur le film sont vraiment très visibles malheureusement. 

    Mais ce que je retiendrais de ce film, c'est surtout les envahissants messages destinés à la consommation/production. Lucas le dénonce dans ce film et l'utilise, à ses fins, dans la série Star Wars. Comme quoi, la vérité d'un jour n'est pas la vérité du lendemain.

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