8/10

There will be blood

Une vision aride et désabusée du rêve américain. Daniel Day-Lewis est impressionnant et le film fera probablement date.

Paul Anderson a réalisé Mortal Kombat, Resident Evil et Alien vs. Predator ; mais il a également réalisé Boogie Nights, Magnolia et Punch-Drunk Love. Comment une filmographie aussi éclectique est-elle possible ? C'est simple, il y a deux Paul Anderson. Si le premier avait réalisé un film titré There will be blood, on y aurait trouvé une meute de vampires déchaînés déferlant sur Los Angeles aux accents d'une quelconque musique hard rock, mais c'est de Paul Thomas Anderson qu'il s'agit ici, et l'histoire est adaptée (lointainement, paraît-il) d'un roman sobrement titré Oil, écrit en 1927 par un certain Upton Sinclair. On est plutôt dans le drame humain de 2h38, option Histoire des Etats-Unis. Ne craignez pas pour autant le pensum rébarbatif, car si le pétrole coule ici plus que le sang, il n'en est pas moins le moteur d'un passionnant récit porté par une poignée d'acteurs formidables.

Daniel Plainview (Daniel Day-Lewis) est un exploitant pétrolier, un self-made-man qui place la réussite de son entreprise avant tout. Lorsqu'un de ses employés est mort dans un accident durant une extraction de pétrole, Daniel a recueilli son bébé et l'a fait passer pour le sien, sans révéler la vérité à personne.
Dix ans plus tard, il sillonne l'Amérique avec ce faux fils qu'il présente comme son partenaire, et recherche avec avidité les terrains les plus intéressants à exploiter. Il trouvera son bonheur à Little Boston, où seul le jeune prédicateur local Eli Sunday (Paul Dano, l'adolescent mutique de Little Miss Sunshine) ose se dresser face à la personnalité en acier de Daniel.

Le rêve américain et l'esprit typiquement protestant qui a toujours animé les entrepreneurs les plus énergiques du Nouveau Monde ont inspiré des livres et des films au discours généralement assez tranché : on admire la réussite de l'homme C'est MA chaise.
C'est MA chaise.
qui parvient au sommet à la force du poignet, ou bien on dénonce la course au profit qui fait perdre de vue l'importance des relations humaines. There will be blood, s'il s'inscrit plutôt dans la deuxième catégorie, a le bon goût de ne pas centrer son propos autour de cette problématique : le personnage incarné par Daniel Day-Lewis, bien que pas réellement attachant, est animé d'un tel feu sacré qu'on ne peut que le suivre dans sa quête de pouvoir et de richesse, au détriment du bien-être de ceux qui l'entourent. La nature paradoxale du personnage est évidente : Plainview cherche à développer la civilisation mais n'aspire qu'à la solitude pour fuir une humanité qu'il méprise ; il enrichit la ville mais ne vise que son propre enrichissement ; il adopte un enfant et l'initie à son métier, mais ne tolère pas l'idée qu'un autre que lui puisse l'exercer. De ces contradictions naît la puissance de cette figure représentative de l'Amérique, pays de la libre entreprise et de l'enrichissement comme fin en soi. Interventionniste et manipulateur, Plainview promet beaucoup mais ne tient que ce qui l'arrange, et ne rencontre que rarement face à son attitude l'opposition d'un Eli Sunday.

Si Day-Lewis, dont le talent n'est plus à démontrer, incarne avec brio le personnage principal, on n'oubliera pas pour autant de sitôt celle de Paul Dano en prêtre illuminé au caractère tumultueux, trop faible pour constituer un véritable C'est MON fils.
C'est MON fils.
obstacle sur le chemin du bulldozer Plainview, mais suffisant pour ébranler celui-ci à plusieurs reprises. Le reste de la distribution est d'une égale solidité, jusqu'à l'interprète du jeune fils de Daniel (Dillon Freasier) dont c'est le premier rôle, et jusqu'aux figurants, non-professionnels choisis pour leur allure naturellement texane !

La mise en scène privilégie les plans longs pour offrir aux acteurs un espace d'expression optimal, propice à l'improvisation et à la montée en puissance des émotions ; Daniel Day-Lewis tire le maximum de ce mode opératoire, choisi par un réalisateur malin qui sait que plans longs ne rime pas forcément avec film lent. L'autre joyeuse bonne idée a consisté à confier la composition de la musique à Jonny Greenwood, guitariste de Radiohead. Mélange de classicisme et d'expérimental, le score est un parfait accompagnement du film, ménageant comme lui des moments de percée sonore saisissants, comme cette note récurrente aux accents de sirène d'alarme, annonciatrice des dangers que provoque la folie des hommes...

Magnifiquement filmé et interprété, There will be blood résonne comme un double désabusé des sagas à l'américaine, des success stories trop enthousiastes sur leurs personnages ; le pouvoir et le succès, lorsqu'ils sont des fins en soi, isolent irrémédiablement l'homme qui les recherche. Et le pétrole, ça tache.

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11 commentaires

  • Anonyme

    12/02/2008 à 08h11

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    There Will Be Blood est sans doute le meilleur film américain que j'ai vu depuis... je ne me souviens plus. Le bouquin dont il est adapté - et qui est génial aussi - s'appelle Pétrole ! en français.

  • sven

    12/02/2008 à 23h11

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    http://imdb.com/name/nm0000759/ 


    à ne pas confondre avec: 


    http://imdb.com/name/nm0027271/ 


     de rien, de rien...

  • Anonyme

    26/02/2008 à 15h06

    Répondre

    Petit resctificatif : il y a deux Paul Anderson. Celui qui a fait boogie nights, et magnolia, et celui qui a fait event horizon,  mortal kombat, et alien vs Prédator....C'est le premier qui réalise there will be blood. Il n'a avait rien réalisé depuis magnolia

  • Anonyme

    26/02/2008 à 15h07

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    dsl pour le commentaire.....

  • riffhifi

    26/02/2008 à 15h07

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    C'est ce qui est marqué dans ma critique, à moins que je ne sache plus écrire...


     

  • nazonfly

    27/02/2008 à 11h30

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    Je me demande si je ne vais pas aller voir Coupable. Non parce qu'un film tourné à Saint Etienne est suffisamment rare pour être signalé!

  • Anonyme

    28/02/2008 à 02h19

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    Chef d'oeuvre! Sans exagérer quelque part entre Citizen Kane (en plus noir) et la rigueur et le génie d'un Kubrick. Daniel Day-Lewis est stupéfiant !!!! Son regard dans la dernière scène est mémorable. Pour moi c'est du 10/10 sans hésiter et le meilleur film américain de ces dernières années.

  • Anonyme

    28/02/2008 à 18h47

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    Du vrai cinéma, enfin ! Deux heures et demie assis et même pas mal au dos.


    Un récit rugueux, des personnages crédibles dans leur démesure, y compris le prédicateur, joué comme une espèce de cafard avide qu'on a envie d'écraser dès son apparition à l'écran. DD Lewis est impeccable en brute madrée, âpre au gain, misanthrope jusqu'à la haine.


    On ne s'attache pas aux personnages et c'est fait exprès, mais ils sont travaillés dans la pâte humaine, avec subtilité et force à la fois. C'est un excellent film, qui m'a réconcilié avec le cinoche (j'en avais besoin : j'avais vu la veille 'la graine et le mulet', une daube intégrale).

  • SOPHY&

    28/02/2008 à 22h04

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    Le cinema américain peut être véritablement fabuleux. Cette faculté de s'attaquer aux mythes fondateurs, ce sens du cadre, la qualité de l'interprétation et la rigueur du scénario prouvent sans conteste l'admirable professionnalisme américain.


    Il nous gâte en permanence dès lors qu'il s'écarte  de certaines facilités, cette tendance à faire du pognon pour le pognon.


    Dans ce film les reférences à l'american way of life et au cinéma américain sont multiples.


    L'étude d'un pan de l'histoire américaine mettant côte à côte ce qui symbolise tellement les USA, c'est à dire Le "self made man" et "l'évangéliste", le capitalisme et la foi, qui inévitablement se courtisent et s'affrontent, se recoupent, et triomphent tour à tour. (A se demander parfois s'il ne s'agit pas du même homme...)


    Et d'un autre coté ces clins d'oeils aux grands maîtres que sont John Ford (le coté intimiste et spectaculaire) en passant par howard Hugues (incarnation même de la réussite et du rejet des autres) jusqu'au final, vibrant hommage au Citizen Kane d'Orson Welles.


    Dieu et le pétrole ont fait l'amérique semble nous souffler ce film, et comme le cinéma est souvent moins cynique que la réalité, rien n'empêche quelques tentatives de rapprochement avec une histoire américaine plus récente. A vous de voir.


    De toutes les façons, du grand art!!!

  • nazonfly

    29/02/2008 à 12h53

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    Sans doute le meilleur film américain que j'ai vu depuis... No Country For Old Men qui lui est supérieur.


    There will be blood met très très longtemps à démarrer et est franchement gonflant avec sa musique à peu près aussi fine qu'un char d'assaut. A croire que pour faire passer une émotion, il faut utiliser de la musique en guise de pied de biche.


    Par contre, les 3 acteurs principaux sont très très bons, Daniel Day-Lewis, Paul Dano ainsi que le petit Plainview.


    Bien, mais pas top. 

  • protoss

    20/04/2008 à 00h36

    Répondre

    Pareil que Nazgul, un peu longuet, c'est parfois un peu poussif, mais c'est un superbe film néanmoins. Au niveau de l'histoire, des décors, de l'ambiance, et des acteurs un chef d'oeuvre. Juste que j'ai un mal de crâne à cause des musiques stridentes durant 3h.


     Le sot temporel de fin est assez limite, on passe du coq à l'âne d'un coup, comme ça, le gosse se marie. En plus ça n'arrive qu'à la fin, comme si on avait coupé le film au hachoir pour le racourcir. Et le prêtre qui ne vieilli pas d'un poil... mais c'est secondaire. 




     


     

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