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The Jewel

Cannes 2011 : Marché du Film. Toni Servillo, l'acteur de Gomorra et Il Divo, joue un gérant d'entreprise confronté à la corruption, aux abus de biens sociaux, et autres vicissitudes qui dépassent son entendement d'honnête homme.

Après avoir été assistant de Nanni Moretti durant pas mal d'années, Andrea Molaioli est devenu réalisateur à part entière en 2007, avec La fille du lac (La ragazza del lago). Cette année, il quitte les eaux du polar traditionnel, avec cadavre et enquête, pour tremper l'orteil dans le thriller financier, avec discours social et politique à la clé. On pourrait craindre le pensum didactique - et on
Remo Girone
n'échappe d'ailleurs pas aux panneaux expliquant que la finance a perverti l'économie, mais le choix d'axer le scénario sur la personnalité du personnage de Toni Servillo permet de transformer efficacement le cas d'étude théorique en drame humain poignant.

Servillo, acteur de Gomorra et Il Divo, a également été vu dans Les conséquences de l'amour et Un balcon sur la mer. Ici, il est le PDG de la société laitière Leda ; pas le propriétaire, simplement le gérant / comptable / responsable. Témoin de multiples malversations de différents types (abus de biens sociaux, corruption), il reste droit dans ses bottes, conforme à l'image qu'il se fait de la respectabilité "à l'ancienne" (misogynie incluse). Fidèle comme un chien de garde au fondateur de la boîte Amanzio Rastelli (Remo Girone), le rigide Botta se rend compte que sa petite entreprise connaît la crise, mais n'a pas les moyens de l'empêcher. Croyant partager les valeurs de Rastelli, qui est de la même génération que lui, il tente de préserver une pureté comparable à la blancheur du lait que vend Leda (la métaphore de la blancheur reviendra plusieurs fois dans les dialogues). La société est le joyau ("il gioiellino") qu'il faut sauver des griffes des rapaces.

Outre l'histoire de scandale financier, qui se dessine progressivement au cours
Toni Servillo
du film, c'est donc le parcours et la personnalité de Botta qui retiennent l'attention : caractère flegmatique et quasiment anglais, il est confronté aux excès de ses compatriotes italiens dans ce qu'ils ont de plus caricaturaux : football, argent, voiture, religion... Seul le sexe semble exercer un attrait extra-professionnel sur lui, et même ses ébats sont traités à l'ellipse par la réalisation, avec distance, presque avec froideur. Il faut l'arrivée d'un élément déclencheur pour dérider cet homme d'avant-hier : la nièce de Rastelli, une collègue imposée qui ne manque ni de charme ni de caractère. Mais là encore, le scénario a l'intelligence de ne pas rendre centrale la relation conflictuelle entre le vieux briscard et la jeune diplômée, qui relève en grande partie du lieu commun.

Sobre et intelligent, The Jewel donne à partager le point de vue d'un homme imparfait mais doté d'un bon fond, sur lequel les évènements se referment inexorablement jusqu'à la conclusion logique, qui exhale un parfum d'injustice. Et pourtant...

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Labrador

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