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Tête de Turc

Tête de turc utilise son scénario basé sur un fait divers et sa réalisation pour esquisser le portrait réaliste de plusieurs banlieusards, délaissant ainsi le suspense du thriller.

Encore récemment, des bus ont été la cible de lancers de pierres et cocktails Molotov. Il y a quelques années, une jeune passagère avait été brûlée, ses bourreaux ne s'étaient jamais excusés. Choqué par ce fait divers, Pascal Elbé écrit un scénario, et plutôt que de convaincre un autre de réaliser, il fait le saut de l'autre côté de la caméra.Molotov 4
Molotov 4
Il remplace le bus par la voiture d'un urgentiste, équipée d'un gyrophare bleu comme la police. A partir de là, il brode un scénario foisonnant de personnages et de tranches de vie de banlieue. Ici, l'agresseur sera aussi le sauveur, voyant la voiture prendre feu, Bora ira finalement sortir le médecin de son brasier.

Le film choral fera intervenir toutes les personnes touchées par ce drame. Se faisant, on découvrira la vie de quartier, des mères seules, des étrangers en quête d'intégration, des petits trafiquants, des fonctionnaires qui n'osent plus aller dans les cités sans escorte policière... Pendant que Simon (Pascal Elbé), le médecin, sort du coma, son frère Atom (Roschdy Zem) mène l'enquête façon polar. Si Simon est le premier bouc émissaire, le scénario nous en présentera d'autres. Ce soir là, n'ayant pu répondre à un appel d'urgence, une femme meurt, un homme est brisé. Un délin2 amis
2 amis
quant sera mis en prison par présomption de culpabilité, mais il ne veut pas balancer... Bora qui est pris de dilemmes : se dénoncer ou oublier sa conscience. C'était sans compter la rancune qui va avec sa nouvelle réputation. Le scénario bien renseigné renvoie toujours au titre, en particulier le fait que Bora soit turc. Cette origine l'oppose de fait aux arméniens Simon et Atom. Il y a aussi un air latino chez Sibel, la mère de Bora, interprétée par Ronit Elkabetz, fière et autoritaire, qui se consacre au travail pour élever seule ses deux fils. Ces personnages complexes, tensions ethniques et relations familiales rappellent les films d'auteurs étrangers dont Pascal Elbé reconnaît l'influence. Celle-ci se retrouve encore dans la mise en scène soignée et l'interprétation brute, qui renforcent le réalisme et la tension de ce drame.

Le scénario est maîtrisé et rythmé, mêlant les histoires des différents protagonistes, mais manque de suspense. Le film résonne avec Entre les murs, plus vrai que nature sans être un documentaire. Tête de turc est une chronique de banlieue d'actualité qui perd un peu son souffle à trop développer ses personnages.

2 mères célibataires, mais Sibel.
2 mères célibataires, et pourtant Sibel.

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1 commentaires

  • Anonyme

    07/04/2010 à 11h25

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    Film très intéressant qui oblige le spectateur à
    se positionner. Intrigue réfléchie, histoires annexes très connexes et
    réalistes.


    Les sujets abordés sont variés : la vie
    dans les cités, les mères célibataires et les difficultés pour élever leurs
    enfants, les conflits « raciaux », la confrontation des pouvoirs
    publics et de la jeunesse de banlieue, …


     


    Le scénario ne tombe ni dans la caricature, ni
    dans la démagogie. Surprenant réalisme. On ressent que les sujets abordés sont
    actuels et ont fait l’objet d’une véritable enquête au préalable.


     


    Très bonne surprise.

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