7/10

Terminator 2 : Le jugement dernier

Cameron et Schwarzie rempilent pour une suite consensuelle, hollywoodienne, pleine d'incohérences mais qui marque le public de l'époque par ses effets spéciaux révolutionnaires et ses séquences d'action ultra-cools.

Après un passage par deux films en « A » (Aliens et Abyss), James Cameron revient aux films en « T » pour de bon : après Terminator 2, il réalisera True Lies et Titanic. A part Piranha 2, tous les longs métrages de ce type tiennent dans deux chapitres seulement d'un index alphabétique ! Décembre 2009 marquera le retour au « A » avec Avatar... Toujours est-il que cette suite pétaradante du succès surprise de 1984 marque définitivement son époque et la filmographie de Arnold :
Arnold : "Je motorise tous les excès."
Cameron, qui a désormais les moyens d'assouvir sa folie des grandeurs.

Quelques chiffres ? Le premier Terminator a coûté 6 millions de dollars et en a rapporté une quarantaine. Le deuxième, six ans plus tard, a coûté 102 millions de dollars (dont 35 pour les effets spéciaux) et en a rapporté le double sur le seul territoire américain. On ne joue plus dans la même cour, et le film porte les stigmates de son changement de régime. D'un côté, il est impératif de conserver au maximum ce qui a fonctionné dans l'original : le scénario sera donc peu ou prou le même, avec la même musique (Brad Fiedel, qui sirupe sa composition d'accents héroïques) et le même Schwarzenegger (devenu super-méga-star entre-temps) en tête d'affiche. D'un autre côté, il convient de ne pas trop brutaliser le populo : Schwarzie revient donc en robot, mais sera gentil comme un nounours pour préserver sa nouvelle image de marque, tandis que le rôle du méchant sera confié à l'inconnu Robert Patrick ; l'optimisme est à rajouter en vastes louches dans le scénario, quitte à inonder le tout d'incohérences ; et la victime du Terminator tueur sera un gamin au lieu de la jeune fille incarnée par Linda Hamilton (laquelle revient en maman, et accessoirement en compagne de Robert Patrick :
Robert Patrick : "Face à Arnold, je me liquéfie."
James Cameron). Enfin et surtout, le spectacle devra être aussi spectaculaire que possible, et exploiter au mieux les technologies numériques qui émergent tout juste chez les cow-boys d'Industrial Light & Magic. C'est évidemment sur ce dernier point que Terminator 2 bluffe le public, donnant vie à un Terminator liquide protéiforme qui marque les esprits autant que l'attitude top cool d'un Schwarzenegger vêtu d'une veste de cuir et brandissant un fusil à pompe.

"Cool" est le maître-mot de Terminator 2. On n'a pas assez de ses dix doigts pour compter les invraisemblances du film, dispensées pour la plupart avec un sérieux papal qui donne au scénario une dimension nanar dix fois supérieure à celle de son prédécesseur, la pire étant le conflit flagrant avec la théorie de voyage dans le temps induite par le premier film : les machines voulaient changer le futur en altérant le passé, et les évènements prouvaient au contraire que tout était écrit une fois pour toutes, que passé, présent et futur étaient fixes ; or cette suite décrète soudain qu'il est possible de changer le futur, pour peu qu'on en ait envie (et que la règle hollywoodienne du happy ending l'exige). Il est donc impératif de débrancher son cerveau pour apprécier T2 comme le pur film d'action qu'il est, parsemé de scènes cultes : la baston de bar du début, qui cultive l'ambigüité aux Edward Furlong & Linda Hamilton :
Edward Furlong & Linda Hamilton :
"Tout le monde nous traite de Connors."
yeux des spectateurs ignorants du changement de statut d'Arnold (la musique Bad to the Bone joue dans ce sens), les courses-poursuites spectaculaires et explosives où Arnold recharge son arme à une main, la première confrontation entre les deux Terminators avec son clin d'œil à L'ultime razzia de Kubrick, les cours de savoir-être-humain que John dispense à un Arnold chargé « d'avoir l'air moins con »... On se divertit suffisamment pour pardonner l'aspect pontifiant de certains passages (et le sous-titre Le jugement dernier, parfaitement prétentieux avec ses implications bibliques à 1 dollar 25), et on apprécie le talent et le perfectionnisme formel de Cameron, qui fait que T2 reste aujourd'hui encore une référence pour tester un home cinema. Ça tombe bien, le Blu-ray qu'on attendait vient de sortir à 25 euros, avec la version cinéma, la version director's cut, et la version "director's cut rallongée". Les voisins vont aimer.

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5 commentaires

  • Anonyme

    28/10/2008 à 21h03

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    Une petite merveille, un bijou, le must de la SF !!!

  • Anonyme

    12/06/2009 à 22h31

    Répondre

    Bonne critique, avec une note peut-être un poil généreuse. Un excellent divertissement qui a injustement éclipsé le premier volet. On regrette que ce "censuré" de sale mioche ne se fasse pas épingler par notre terminator chromé.

  • Anonyme

    17/06/2009 à 15h49

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    8 pour le nouveau, et 7 pour le II ????????


    c'est vraiment une des plus grosses conenries que j'ai jamais vu sur internet.

  • pastis-mirabelle

    18/06/2009 à 20h45

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    Voilà un argument constructif comme je les aime...

  • Anonyme

    23/07/2009 à 23h41

    Répondre

    Je suis en désaccord avec plusieurs points de cette chronique. Déjà, en termes de "happy end", Terminator II n'est pas le film auquel je penserais spontanément ! En effet, le cyborg, auquel on avait fini par réellement s'attacher, se suicide dans l'idée d'en finir avec Skynet et tout ce bordel de Zeus qui pend au nez de l'humanité -- tentative vaine comme le révèle le troisième épisode (certes inférieur aux deux premiers mais assurément le plus pessimiste des trois). Sarah Connor consensuelle en mère de famille ? Hum ! Elle est à l'hôpital psychiatrique, avec un physique d'heptathlète, plante un stylo dans la main du toubib... une bonne mother modèle quoi ! Quant au changement de "bord" du cyborg interprété par Arnold Nègrenoir, il est fort bien exploité (voir la méga-flippe de Sarah Connor lorsqu'elle le [re]voit pour la première fois...). Il n'est pas « gentil comme un nounours », il est programmé pour protéger John Connor ; au début du film, si John ne l'arrêtait pas il tuerait de sang froid (c'est le cas de le dire -- d'ailleurs, la viande autour du cyborg est-elle maintenue à 37° ? ont-ils un système circulatoire ? et si non, comment se fait-il qu'ils ne pourrissent pas ?...) les deux loubards.
    Surtout, un aspect qui n'a pas été mentionné, une phrase qui m'a profondément marqué : quand Sarah Connor se dit que de tous les hommes en qui elle avait cru pouvoir trouver des substituts de père pour son fils, ce robot était le seul à être à la hauteur, que « dans un monde malade, c'était le choix le plus sain ». Voila qui me semble hautement subversif ! La critique des dérives de la technologie va plus loin que dans le premier épisode, qui dans mon souvenir était moins complexe, comportait moins de niveaux de lecture. Ainsi que les derniers mots du film : « Si une machine, un Terminator, a pu découvrir la valeur de la vie, peut-être le pouvons-nous aussi. » Ça peut paraître lénifiant, mais dans le contexte du film ces mots résonnent avec un impact exceptionnel, sans qu'il soit besoin d'un caisson de basses de 200W.

    Les incohérences, il y en a, comme dans tout récit faisant intervenir le voyage temporel, et les personnages expriment ouvertement leur perplexité. Toutes les oeuvres de S.F. comportent des éléments irrationnels qu'il faut accepter comme des axiomes pour pouvoir apprécier le reste. Le seul truc qui m'a vraiment troublé, c'est que le premier film est censé se dérouler en 1984, le second en 1991 (dates de sorties respectives), John est censé être conçu dans le premier, ce qui lui ferait au plus 7 ans dans le second... or il a plutôt 12 ou 13 ans.

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