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Tenet

Tenet va-t-il sauver le cinéma de retour de confinement ? Il faudrait déjà qu'il se sauve lui-même.

Après le succès de son Dark Knight, suivi par Inception et Interstellar, deux films qui brisent la linéarité de la narration, Christopher Nolan est devenu le fer de lance du blockbuster-qui-fait-réfléchir ou, du moins, qui fait se tortiller les neurones en 27 pour dérouler la bobine du script. Tenet continue allègrement dans cette direction en proposant une histoire compliquée basée sur la possibilité d'une inversion du temps.

L'idée en elle-même n'est pas bête : les voyages dans le temps ont été l'idée principale de nombre de films (Terminator, Mr Peabody and Sherman, Retour vers le futur, Les visiteurs pour n'en citer que quatre). Christopher Nolan cependant va plus loin en imaginant que certains objets, et notamment les balles, sont envoyés du futur et ont une action dans le présent. Voilà en tout cas ce que l'on comprend au début de Tenet parce que rapidement le spectateur est perdu, non pas dans les paradoxes temporels comme il se doit, ou en tout cas pas seulement, mais par un scénario qui semble découvrir de nouvelles possibilités de cette inversion du temps au fil des minutes jusqu'à montrer, par exemple, le concept d'une action commando réalisée par deux équipes qui vont dans les deux sens du temps. C'est peut-être génial mais c'est surtout foutoir et on échoue rapidement à tenter de dénouer le sac de nœuds qui se présente devant nous. Cela, cependant, pourrait passer comme une lettre à la poste si Nolan ne semblait hurler à chaque plan, à chaque sursaut temporel, « vous devez retourner voir le film pour comprendre ce qui se passe ». Le film de voyage dans le temps se prête particulièrement au revisionnage mais, même pour Inception ou Interstellar, on n'avait, je crois, jamais eu l'impression d'être aussi violemment amené à revoir le film tout simplement pour comprendre les détails.


Le temps a prise sur tout, même sur le beau Robert DR.

Comprendre les détails ? Oui, parce que cette histoire de voyage dans le temps, d'inversion du temps n'est qu'un prétexte pour montrer un gentil héros américain (John David Washington) accompagné de son side-kick (Robert Pattison) affronter un vilain d'origine russe (Kenneth Brannagh) qui n'est pas gentil-gentil avec sa femme (Elizabeth Debicki) et qui fait joujou avec des machins-trucs nucléaires pour tuer tout le monde. Il semblerait donc que Nolan soit bloqué dans les années 80 avec son scénario de mauvais James Bond, d'autant plus que Debicki, seul personnage féminin d'importance, est reléguée dans un rôle de potiche/maman-prête-à-tout-pour-son-fils qui a un drôle de goût en 2020. Je vous rassure : à la fin, le méchant meurt et le gentil ne meurt pas, ce dernier a cependant la décence de ne pas sortir avec la fille, bel exploit. Sans les fioritures du temps inversé, Tenet ne semble donc être que la énième resucée d'un scénario usé jusqu'à la moelle avec, en sus, des dialogues qui ne parviennent à aucun moment à percuter malgré de nombreuses tentatives de punchlines incisives.


Homme conduire, femme se prélasser DR.

Mais alors ce Tenet ne vaut-il rien du tout ? Pas vraiment. Le film est un film d'espionnage à gros budget où, selon l'expression consacrée, on en prend plein les mirettes. Personne ne manquera ici de signaler la scène impressionnante de crash d'un 747 sur un immeuble, d'autant plus qu'il s'agit d'un vrai avion écrasé sur un vrai immeuble : si cette intrusion semble débile et mal amenée dans le scénario, elle marquera les mémoires assez longtemps. De la même façon, les balles qui reviennent dans les chargeurs, la scène de course poursuite sont de véritables réussites qui valent presque le coup de voir Tenet. On ira même jusqu'à évoquer une certaine poésie qui se dégage, un peu trop rarement cependant, des plans sur ces bateaux qui naviguent en sens inverse, sur ces mouettes qui traversent l'écran en marche arrière. Mais c'est peu, sans doute trop peu.


Et boum l'avion ! DR.

 

Tenet tient au final son rôle de gros blockbuster à même de relancer la fréquentation des salles. On n'ira cependant pas chercher plus loin : son développement fouillis, son scénario ultra classique, ses personnages vides et plats le font végéter dans la catégorie des films à grand spectacle alors que The dark knight, Inception ou Interstellar parvenaient à apporter ce petit plus qui faisait la différence.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

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