7.5/10

Teeth

Dawn est une jeune fille comme les autres. Sauf que son vagin a des dents. Ni comédie noire ni véritable film d'horreur, Teeth est une fable modeste mais très bien racontée.

Mitchell Lichtenstein (qui n'est pas natif du pays, ahah - bon ok, ça ne fait rire que moi) a commencé par être acteur avant de se lancer dans la réalisation à près de 50 ans. Il se fait d'abord les dents (ahah - bon, faites un effort aussi) sur un court métrage appelé Resurrection, avant de se lancer sur son premier long, le Teeth dont il est question ici. Film indépendant dans la plus pure acception du terme (pas une star, petit budget, pas de producteur à formule type Roger Corman), l'opus a déjà réussi à se faire suffisamment remarquer pour garantir à Lichtenstein le financement de son deuxième long, Happy Tears, qu'il tournera avec Demi Moore et Parker Posey. Le réalisateur a les dents longues...

Dawn appartient à une famille recomposée, et son frère n'est donc pas son frère mais le fils de son beau-père. Enfin vous voyez le principe. Et s'il n'était pas assez perturbant de réaliser que ce faux-frère est amoureux d'elle, Dawn découvre également que son corps est affecté d'une anomalie : son vagin a des dents...

Oh mon dieu, j'en ai aussi dans la bouche !
Oh mon dieu, j'en ai aussi dans la bouche !
D'un sujet aussi étrange (qui trouve néanmoins ses racines dans un mythe populaire assez répandu), le réalisateur aurait pu tirer une comédie grasse, façon American pie version trash, ou un film d'horreur insolent à base d'humour noir. Pourtant, dans une démarche comparable à celle de Coscarelli pour Bubba Ho-tep, il préfère prendre le parti d'envoyer bouler les genres préformatés : Teeth est un film sans esbroufe, consacré avant tout à ses personnages et à son histoire, plus soucieux de dispenser un scénario bien construit en forme de fable moderne que d'égrener des gags ou des effets gores. Ce qui n'empêche pas le résultat d'être teinté d'humour décalé et de contenir son lot de scènes susceptibles de faire grincer les dents de la population masculine.

Le vrai sujet du film, pourtant, n'est pas adressé aux hommes, qui pourraient y voir un message sur le caractère potentiellement castrateur de la femme ; il est plutôt dirigé vers la partie féminine de l'assemblée, racontant ou rappelant à quoi peut On lui a dit :
On lui a dit : "Have faith." Mais il parle mal anglais.
ressembler l'apprentissage de la sexualité, des premiers émois nimbés de mystère et d'angoisse jusqu'à la maîtrise du corps et de ses possibilités. Le discours se double judicieusement d'un rappel sur la sexualité de la génération actuelle, bien plus problématique que celle de la génération des années 70-80 pour des raisons évidentes de Sida. Du coup, la bigoterie et le goût de l'abstinence reviennent en force, sous le regard légèrement peiné des parents qui ont joui sans entraves à leur époque... Le message n'est pas livré avec lourdeur, il apparaît juste en filigrane d'une jolie histoire, traversée de quelques moments de violence plutôt bien gérés.

Alors forcément, on pourra regretter quelques facilités, comme l'image donnée des hommes (au pire de dangereux pervers, comme le très bon personnage du frère, au mieux des obsédés sexuels ordinaires), ou le final qui n'est pas sans rappeler la vieille série de L'incroyable Hulk. Mais globalement, le film de Mitchell Lichenstein fait partie de ces premières œuvres personnelles et réussies qui donnent très envie de voir la suite de sa filmographie...

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1 commentaires

  • SOPHY&

    13/06/2008 à 17h36

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    Tout simplement la mis en image d'un vieux fantasme féminin. Un film d'horreur pour les mecs.

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