7.5/10

Take shelter, le film miroir

Curtis, ouvrier sérieux et taciturne, commence à avoir d'angoissants cauchemars où la vision d'une violente tornade l'obsède. Des hallucinations apocalyptiques envahissent peu à peu son quotidien. Son comportement inexplicable fragilise son couple, ses relations professionnelles et provoque l'incompréhension de ses proches. Rien ne peut en effet vaincre la terreur qui l'habite...

Michael Shannon dans l'introduction de Take shelter

Film étrange et fascinant, Take shelter étonne par sa sobriété. Tout en finesse, il dévoile progressivement l'impact que peut avoir une obsession sur la cohésion familiale. Petit à petit, Curtis se renferme sur lui-même, agit de façon excessive ou irrationnelle. Sa famille et ses amis ne le comprennent plus, et le fossé qui les sépare devient de plus en plus grand. Pourtant, et si ces visions étaient réellement prémonitoires ?


Les rêves de Curtis ( Michael Shannon ) sont particulièrement angoissants

Take shelter a ceci d'intéressant, c'est qu'il prend le genre fantastique à rebrousse-poil. Là où le classicisme voudrait qu'un univers réaliste soit de plus en plus "contaminé" par des éléments fantastiques, jusqu'à finir par y baigner totalement, Jeff Nichols fait tout l'inverse. Le film débute par un de ces rêves étranges où la pluie a une couleur de terre et les nuages un aspect surréaliste et menaçant, nous plongeant ainsi d'emblée dans une dimension fantastique. L'atmosphère du film, cotonneuse, moite et mystérieuse, continue à nous immerger dans l'étrange. Pourtant, petit à petit, on doute, car le fantastique se retrouve "contaminé" par le réalisme : le ton du film vire à la chronique sociale et familiale quand Curtis se révèle être psychologiquement instable et qu'on lui découvre un passif qui semble corroborer ce déséquilibre.
Pourtant, nous sommes au cinéma, et le spectateur peut douter, toujours. Tout ceci ne serait pas une vaste machination pour détourner notre attention d'une véritable dimension fantastique du récit ? Et même si la fin semble apporter une réponse à cette question, le doute est permis. Car le film reste suffisamment ouvert pour pouvoir en faire une interprétation plus personnelle.

Au-delà de cette dualité fantastique/réalisme, le film dépeint de façon touchante la déchéance d'un homme qui, finalement, risque de réaliser ce que ses rêves lui font le plus craindre : perdre ses proches. La tornade, c'est lui. Un homme pris entre deux vents, deux émotions, deux réalités, et qui détruit sans vraiment le vouloir tout ce qu'il approche.


Curtis ( Michael Shannon ) dans son abri anti-cyclone

On pourra reprocher au film sa lenteur, le peu de surprises et une certaine redondance dans les scènes, qui apportent généralement peu de choses par rapport aux précédentes. La volonté est certes de faire sentir une évolution, une immersion progressive, mais il faut avouer que parfois on est à la limite de l'ennui. Pourtant, la cohérence de l'ensemble, l'atmosphère unique et la beauté des images font de ce premier film un objet cinématographique à part, et rien que pour ça, ça vaut déjà le coup.

A propos de l'auteur

5 commentaires

  • sven

    19/01/2013 à 12h43

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    Fabuleux film, au suspens tellement palpable.
    La tension lors de la scène de l'abri est ahurissante!
    Et la musique est divine...

  • Noub

    23/01/2013 à 00h20

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    C'est la première fois qu'un film met à ce point mes nerfs à rude épreuve sans que j'en veuille au réalisateur de me faire subir ça. Personnellement, j'ai moins soufferts d'ennui que de la tension nerveuse qui s'est emparée de moi du début à la fin. C'est un film très efficace (je l'ai vu il y a plusieurs mois et je me souviens encore de l'effet que ça m'a fait) mais sans être facile, avec une vraie réflexion sur la nature de l'obsession (paranoïaque ou pas, c'est tout le problème) et un regard froid et lucide sur l'Amérique. Les acteurs sont excellents. Et la fin est vraiment inattendue.

  • Loïc Massaïa

    23/01/2013 à 10h00

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    Tout à fait d'accord avec vous. J'ajouterais que si de nombreux films parviennent à créer une tension, Take shelter amène en plus une athmosphère assez unique. Ce qui est d'autant plus remarquable.

  • naweug

    12/05/2013 à 14h25

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    Je l'ai vu récemment, et j'ai vraiment beaucoup aimé. La folie (ou pas, d'ailleurs) y est très bien cernée et le doute est bien entretenu, du début jusqu'à la fin. Les acteurs y sont très bons et la réalisation (ainsi que la photo) est bien maîtrisée. J'ai hâte de voir son nouveau film, Mud.

  • Loïc Massaïa

    12/05/2013 à 20h34

    Répondre

    naweug a dit :
    Je l'ai vu récemment, et j'ai vraiment beaucoup aimé. La folie (ou pas, d'ailleurs) y est très bien cernée et le doute est bien entretenu, du début jusqu'à la fin. Les acteurs y sont très bons et la réalisation (ainsi que la photo) est bien maîtrisée. J'ai hâte de voir son nouveau film, Mud.


    Content que ça t'ai plut !

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