4/10

Syriana

La dénonciation du gouvernement américain est décidemment un thème à la mode à Hollywood. Après les brûlots de Michael Moore (Fahrenheit 9/11, ...), les séries qui parlent ouvertement du conflit irakien (Over there, ...), un Lord of War incisif sur le trafic d'armes ou un Jarhead qui évoque la situation des militaires durant la Guerre du Golfe, le nouveau film de genre se dénomme Syriana et pose la question des relations entre CIA, gouvernement américain et richesse pétrolière, sans oublier le pendant arabe du problème : la prospérité des émirs, la vie du peuple et l'intégrisme. Cela fait beaucoup pour un seul film et même en plus de deux heures il faut réussir à tout caser proprement, ce que n'a pas réussi à faire le réalisateur.

C'est bien beau de vouloir traiter de sujets graves et actuels mais encore faut-il savoir y mettre la forme. Tourné caméra à l'épaule comme un pseudo documentaire, le film veut impliquer totalement le spectateur dans cette fiction que l'on sent construite autour de faits réels. Pour représenter chaque partie (les entreprises pétrolières, la CIA, le spécialiste en pétrole, l'émir et le peuple arabe), quelques personnages ont été choisis et filmés sous la forme de portraits croisés. L'idée est bonne mais pour parvenir à intéresser, encore faut-il que tout le monde se rencontre plus ou moins et soit directement en lien avec les affaires de l'autre, ce que Syriana a du mal à montrer. En voulant prouver la complexité des relations entre les intéressés, le film s'embrouille tout seul. On passe rapidement d'un personnage à l'autre sans avoir eu le temps de s'habituer à eux et de les comprendre. Il est dur de tout suivre et de graver chaque nom au fond de son crâne pour tout interpréter et l'histoire devient rapidement incompréhensible dans ses détails. En réalité, l'intrigue semble au final relativement simple mais le film enchaîne les transitions hâtives et peu utiles, ce qui a pour effet de perdre en route le spectateur et surtout de l'ennuyer.

Alors qu'on observe une accumulation de personnages et de situations différentes, Syriana peine à intéresser à cause des interminables longueurs qui le plombent littéralement. Plus de deux heures de destins croisés, c'est long, même très long, et ce ne sont pas les acteurs (Georges Clooney parfait mais trop peu présent) qui nous sauverons des lenteurs. Certaines scènes ou personnages semblent en plus superflus, à l'instar de Matt Damon et de sa famille qui semble être présent juste pour le rôle de tête d'affiche.

On a l'impression que Syriana s'avère plus complexe que ne le pensait au départ le réalisateur. Voulant montrer l'aspect complexe des choses, le non manichéisme de la situation où les bons et les méchants sont présents de part et d'autre, il a du mal à maîtriser entièrement un film qui s'éparpille un peu partout. Il en résulte une impression de longueur qui peine à accrocher. On a compris où il voulait en venir mais le message serait encore mieux passé dans un film choc que dans un état semi comateux.

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3 commentaires

  • Ceir

    24/02/2006 à 11h36

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    Je suis entièrement d'accord avec cette critique.
    La narration éclatée aurait pu être une bonne idée, mais trop de personnages, trop peu de temps sur eux, des scènes inutiles, un vocabulaire économique ou juridique parfois peu clair, et des destins qui ne se croisent pas tout le temps, rendent le film complexe, pas toujours facile à suivre et pas toujours intéressant.
    Dommage, car il y a plein de choses à dénoncer sur le sujet du pétrole au Moyen Orient.

  • Megalomanu

    24/02/2006 à 13h55

    Répondre

    Je trouve cette critique un peu dure.
    Il est vrai que Stephen Gaghan a eu un peu trop d'ambition pour ce film. Trop d'histoires de croisents, certaines sont inutiles et n'apportent rien(Clooney et son fils ; Damon et sa famille).
    Le spectateur doit s'accrocher pour comprendre le fin fond de l'histoire. Personnellement, j'avoue que beaucoup de choses m'ont échappé. Je ne suis pas un spécialiste du Moyen-Orient, et encore moins des magouilles financières pour s'approprier des marchés pétroliers.

    Cependant, je ne me suis pas du tout ennuyé. La réalisation, qui fait penser à Traffic (Gaghan qui lorgne sur Soderbergh...quel hasard) est maîtrisée, et c'est très bien interprété. George Clooney est étonnant en agent de la CIA à des années lumières de Jack Bauer (ok, Jack Bauer, c'est la cellule anti-terroriste), et Matt Damon est sobre, comme toujours, et parvient à rendre son personnage intéressant, ce qui n'était pas simple.

    Sans être toujours convaincant, Syriana s'élève largement au-dessus de la production américaine moyenne, et confirme une nouvelle fois la tendance politique qui secoue Hollywood.

    Je lui mettrais 7/10.

  • Ceir

    25/02/2006 à 15h38

    Répondre

    Megalomanu a dit :
    La réalisation, qui fait penser à Traffic (Gaghan qui lorgne sur Soderbergh...quel hasard)


    Si je ne m'abuse, Gaghan qui a réalisé Syriana donc, est aussi le scénariste de Traffic.
    D'où la ressemblance.

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