5/10

Sympathy for Mr. Vengeance

Il y a de ces films sacrément déstabilisants. Non pas parce qu'ils montrent des choses troublantes au possible, mais de par leur ambition générale. Ce film parle donc de vengeance, comme son nom l'indique. Il dépeint l'histoire initialement touchante d'un homme sourd/muet, lunaire et calme, dont la soeur a besoin d'une greffe de rein, qu'il ne peut bien sur pas financer. Une histoire vaine de trafic d'organes vient se rajouter à la précarité de la situation, la petite amie du jeune décoloré le pousse alors à enlever la fille de son ex patron.

Voilà ce qu'on appelle un film excellemment réalisé, brillant dans sa façon de s'attarder sur les détails, juste comme pas permis, obsédant par son rythme, par ses couleurs, par la composition de ses plans. Un film légitime en somme. Un film qu'on déguste, qui nous promène avec un confort royal. Sympathy for mr. Vengeance débute comme une oeuvre intelligente qui nous offre un festival de bonnes idées formelles sur le mode burlesque et lyrique. Il nous expose avec un style assumé et audacieux le monde à part d'un homme décalé, mais doux.

Puis on comprend que ce n'est qu'un préambule. Nous sommes, en fait, tombés dans un traquenard vieux comme le monde, le coup du quotidien amusant et léger de quelques naïfs qui va virer à l'horreur. C'est une première déception car aujourd'hui, peut-être que le plus grand des courages pour certains cinémas seraient de s'abandonner au non-drame, à la non-intensité. Fut un temps où une telle démarche pouvait être vue comme audacieuse, anti-conformiste ou même rafraîchissante et pourquoi pas drôle. De nos jours elle parait plus comme une facilité, non pire que cela, une sorte de tic maladif de trop nombreux réalisateurs.

Qu'y a-t-il comme intérêt, après tout, à montrer la violence, à s'y complaire, à la faire durer, à en faire une poésie grinçante pour le spectateur... La mettre en situation, s'en servir pour garder une emprise sur le réel, pourquoi pas, mais le film en fait une sorte de fin en soi. Ici, elle finit par se substituer à toute autre ambition. Elle s'y incruste subtilement pour le diaboliser définitivement. On est alors en droit de se demander, pourquoi cette persistance dans le sang et les lacérations sans fins.

Si Audition de Takashi Miike se complaisait douloureusement dans une scène de torture finale destinée à tester l'endurance du spectateur, le caractère horrifiant, expérimental, ludique et comique du film aidait à accepter le petit jeu. Ici, c'est une histoire humaine et touchante qui tourne en bain de sang stylisée dont les personnages sont les acteurs volontaires. Ici, même le plus gentil des naïfs se transforme en boucher avide de sang, et l'on se demande décidément... pourquoi.

La frustration est plus pénible encore quand il s'agit d'un film si beau. Pourquoi en 2003, la beauté ne pourrait exister que comme faire valoir cynique de l'horreur outrancière? Irréversible, qu'on a tant critiqué, avait l'intelligence d'aller dans l'autre sens, lui. La sincérité du réalisateur est, quant à elle, mise en doute lorsqu'il ne peut s'empêcher de sombrer dans le fantastique à base de petite fille dégoulinante. La scène est pourtant si belle, si juste, si intelligente quelque part, mais son intention finit par se perdre dans ce que l'on pourrait appeler, peut-être, la défaillance de sens d'un auteur sans réelle idée à défendre.

Partager cet article
A voir

15 minutes

A propos de l'auteur

1 commentaires

  • Daggy

    08/12/2004 à 10h47

    Répondre

    Enfin vu !

    Après la claque [i]Old Boy, je mourrai d'envi de savoir ce que Chan-Wook Park, le réalisateur, avait fait avec son Sympathy for Mr. Vengeance. Le préambule est assez lent. Je me suis demandé au bout de 15 minutes où j'étais tombé. Bien que la mise en scène soit très bien maîtrisée, avec de beaux cadrages, je ne voyais pas trop où le réalisateur voulait en venir...

    Et pis, le film décolle, les personnages se révèlent sous leur côté sombre. Certaines de leurs réactions sont parfois "incompréhensibles" (comme l'attaque de Ryu chez les trafiquants d'organes ou la présence étrange de l'handicapé en jogging). Bref ! Chan-Wook Park nous plonge dans un univers déstabilisant, rempli de gens étranges et imprévisibles. Ca dégénère et c'est frustrant.

    Frustrant parce que les personnages en apparence doux sont embarqués dans un récit où la Loi du Talion est légion. Frustrant parce que la descente en enfer est filmée avec grâce comme on filme un joli soleil crépusculaire. Frustrant parce que les personnages principaux savent que leurs actes sont immondes mais tant pis, ils y vont quand même et laissent vivre leurs pulsions barbares. Comme si la société dans laquelle ils vivaient ne leur permettait plus de nuancer, de prendre du recul et aborder les problèmes de manière intelligente.

    En plus de ça, le mauvais sort est omniprésent. Si y'a bien un film dans lequel les personnages n'ont pas de bol, c'est bien Sympathy for Mr. Vengeance. Quoique... Mais non : Pierre Richard aura probablement du mal à détrôner n'importe quel protagoniste du film de Chan-Wook Park. Car le film est quand même doté de quelques petites plages humoristiques (si si, je vous assure). Certaines séquences décrochent des sourires assez déstressants. L'ironie du sort alimente le burlesque tragique jusque dans la situation finale, pourtant très cruelle. Mais bon. N'allez pas croire que ce film est une franche partie de rigolade.

    Dernière remarque. Le titre qui me laissait perplexe avant d'avoir visionné ce film trouve toute sa signification à présent. Sympathy for Mr. Vengeance[/i], ceux sont des personnages quand même attachants, bouffés par une société cruelle et qui, pour se venger du fatum ambiant, utilisent la seule arme à portée de main, celle de la psychose meurtrière.

    Nous ne laissons pas avoir par le caractère pessimiste du film.
    Une bonne thérapie de groupe devrait remettre tout le monde sur pied^^.

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Krinein cinéma, c'est l'actualité et les critiques de films qui sortent au cinéma, en dvd et en bluray .

Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

Rubriques