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Sweet sixteen

Ken Loach est un réalisateur britannique considéré comme "le plus marxiste" des cinéastes étant donné son impressionnante filmographie abordant des thèmes politiques ou sociaux très vastes. Réalisant des film pour le cinéma depuis 1968, il a inspiré de nombreux réalisateurs anglais tels que : Mike Leigh, Mark Herman ou Stephen Frears.
Ses films sont de véritables critiques sociales sur l'Angleterre en crise industrielle. Dans Raining Stone, un père de famille tente désespérément d'acheter une robe de communion pour sa fille, alors qu'il n'a pas d'argent. Dans My Name Is Joe, une de ses oeuvres majeure, un ancien alcoolique tombe amoureux de son assistante sociale et essaye en même temps de sortir un jeune des griffes de la pègre locale. Dans The Navigators, il se rapproche des cheminots anglais, entre travail précaire, privatisation et absence de sécurité au travail. Ken Loach ne se focalise pas seulement sur l'Angleterre : dans Land and Freedom il fouine dans la guerre d'Espagne et dans Bread and Roses, il milite pour la création de syndicats pour le personnel d'entretien des hôtels de Los Angeles. Car Ken Loach est un militant. Dans ses films, en plus de montrer la crise économique dans diverses cités du monde, il défend des causes : la liberté d'expression, le droit au travail, la sécurité de l'emploi... Ses films sont réalistes, c'est à dire tristes : point de "happy end" dans ses tranches de vie mais parfois un humour anglais discret qui nous fait sourire entre deux larmes. Cette année Ken Loach revient avec Sweet Sixteen.
Liam est un adolescent écossais de 15 ans. Dans quelques semaines, sa mère va sortir de prison pour une histoire de trafic de drogue, dans quelques semaines, il aura 16 ans. Liam déteste son beau-père : un homme affable, dealer de drogue et qui a causé l'emprisonnement de sa mère. Avec son meilleur ami, ils décident d'acheter une caravane à sa mère dans un lieu tranquille, loin des rumeurs de la ville. Si Liam a l'habitude des petits trafics d'adolescent (la revente de paquet de cigarettes en contre-bande par exemple) il lui faut rapidement de l'argent pour faire la surprise à sa mère. Il s'improvise alors dealer de drogue et se fera recruter par la mafia locale qui voit en lui un petit garçon ingénieux et habile. Les obstacles entre sa mère et lui ne lui font pas peur et c'est cette amour qui va causer son ascension fulgurante vers la reconnaissance puis sa chute tout autant fulgurante. Car Liam a beau côtoyer de dangereux gangsters adultes, il n'en reste pas moins un ado : une personne se cherchant entre une enfance qui se termine et une vie d'adulte qui se profile. Il joue avec ses amis, drague la copine de sa soeur, sèche lécole, enregistre des mots d'amour pour sa mère en prison... Liam rêve d'un monde sans drogue, sans beau-père, où sa mère et lui-même vivrait en paix. Le jour de ses 16 ans, a fleur de peau, le jeune Liam joue avec le feu et finira par se brûler en commettant l'irréparable. Le jour de ses 16 ans, en plus d'avoir perdu son meilleur ami et sa famille, Liam va se perdre dans un monde d'adultes incompréhensible et cruel.
Sweet Sixteen n'est pas un film militant, et c'est ce qui surprend dès le début du film. Ce n'est pas un film sur les femmes en prison, ce n'est pas un film sur les jeunes abandonnés, ou sur la drogue, c'est un film sur un fils donnant tout pour le bonheur de sa mère.
Ken Loach reste fidèle à lui-même : pas de mouvement de caméra inutiles, pas de musiques avec violons, pas d'acteurs connus, pas de gros plans : juste des acteurs nous faisant parfois rire et beaucoup pleurer. Un film réalisé dans la banlieue écossaise avec des acteurs auditionnés dans les quartiers difficiles. Ainsi, le jeune Martin Compston est criant de vérité dans le rôle du jeune Liam, un acteur à suivre. Son scénario juste et sans longueur a été primé au dernier festival de Cannes. Si vous aimez Ken Loach, vous ne serez pas déçu. Si vous ne le connaissez pas encore, foncez voir ce film.

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