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Sucker Punch : Zack aime Alice

Zack Snyder, avec ses défauts et qualités habituels, livre son premier scénario original. Candide mais plein d’énergie, Sucker Punch a le mérite d’être sincère et divertissant.

Après un détour par le film d'animation avec Le Royaume de Ga'Hoole, Zack Snyder revient à ce qu'il connaît le mieux : le film « que ses enfants n'ont pas encore le droit de regarder ». Mais pour la première fois, il signe un scénario original, afin de balayer l'accusation selon laquelle il ne serait capable que d'illustrer les idées des autres (Romero, Frank Miller, Alan Moore).


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Décrit par son auteur comme « Alice au pays des merveilles avec des mitrailleuses », Sucker Punch se rapproche autant de son modèle initial que Darkman du Fantôme de l'opéra, Planète interdite de La Tempête, ou Underworld de Roméo et Juliette. L'histoire est celle d'une jeune fille que son beau-père fait interner en asile psychiatrique, et qui fuit la réalité en se réfugiant dans un monde fantasmé où ses codétenues sont des prostituées de luxe, au service d'un mafieux à l'effigie de l'infirmier-chef. Dans cette réalité-ci, la jeune fille se fait appeler Babydoll, et organise une évasion à l'aide d'un plan digne d'un conte de fées ou d'un jeu vidéo : il lui faut une carte, du feu, un couteau et une clé. Autant de missions qu'elle ne peut remplir qu'avec les autres filles… et l'aide d'un autre monde imaginaire !


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Le principe de réalités multiples, imbriquées les unes dans les autres au point de donner le tournis, rebutait les spectateurs d'eXistenZ en 1999 ; depuis, MatriX et Inception sont passés par là, avec leurs concepts clairs et pseudo-scientifiques, et Sucker Punch devrait être plus facile à admettre pour le public de 2011. Pourtant, pas sûr que tout le monde adhère à ce tourbillon visuel décousu où se télescopent des influences visuelles et thématiques provenant de divers mangas, de Kill Bill, Brazil, du Seigneur des anneaux ou encore de L'armée des 12 singes. Deux Terry Gilliam ? Oui, et on pourrait même ajouter Bandits bandits, pour sa juxtaposition typiquement enfantine de figures héroïques ou iconiques : des cow-boys attaquant le Diable chez Gilliam, un gigantesque Mécha qui dérouille des Allemands zombies en 14-18 chez Snyder…


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La succession de scènes d'action prend parfois des allures de film à sketchs, comme si le scénario n'était qu'un prétexte à l'alignement de délires assourdissants remplis de monstres et de combats, de séquences purement rock'n'roll qui ne dépareraient pas dans une version live de Métal Hurlant (rien d'étonnant à ce que Snyder soit attaché au nouveau long métrage inspiré par le magazine culte). Il y a même fort à parier qu'une bonne partie des critiques vont laminer le réalisateur pour son usage décomplexé de ses marottes : le ralenti complaisant, le côté juke-box de la bande-son (on mange pas mal de standards réinterprétés, notamment Where is my mind ? des Pixies et Sweet Dreams are Made of This)… Pourtant, le sujet lui-même invite tous ces excès à trouver leur place naturellement : métaphore du cinéma, déclaration d'amour à toutes les formes d'imagination, d'esthétisation, de réinvention du réel, Sucker Punch affirme avec vigueur que fuir par la pensée n'est pas condamnable. Usant d'une métaphore filée selon laquelle la prison serait autour de nous, et la liberté à l'intérieur de notre tête, Zack Snyder livre une bonne tranche de cinéma pur, de spectacle imbibé d'émotion. Dommage que sur cette couche moelleuse de récit sensoriel, il décide (par frilosité ?) d'expliciter les enjeux de son intrigue, et de souligner certaines de ses intentions. Une bonne partie des dialogues gagneraient à être coupés, surtout dans la dernière partie : la longue séquence d'introduction montre que Snyder est un excellent conteur qui sait se passer de la parole sans problème. La dose de pathos et de mièvrerie "à la Spielberg" s'en trouverait plus tolérable…


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Le casting de jeunes filles réuni pour les besoins du film, avec ses airs de fantasme kawaii (des écolières aux cuisses apparentes, armées jusqu'aux dents pour dézinguer orques et samouraïs géants), donne l'occasion entre autres à Vanessa Hudgens de s'extraire de l'image d'adolescente danseuse qui lui colle à la peau en raison de la trilogie High School Musical. Mais le trio d'actrices qui accapare l'attention est constitué d'Emily Browning (Babydoll, l'innocence rageuse), Abbie Cornish (Sweet Pea, la vedette menacée), et Jena Malone (Rocket, la petite sœur qui ne s'avoue pas vaincue), entourées des "vieux" que sont Carla Gugino (déjà présente dans Watchmen), Jon Hamm de Mad Men, et Scott Glenn (semi-sosie de David Carradine) ; quant à Oscar Isaac, qu'on a vu l'an dernier le Prince Jean dans Robin des Bois, il incarne à nouveau une belle pourriture.

Que le film remporte ou non le succès, il représente assurément un bol de sincérité et un énorme défouloir pour Snyder, avant de s'attaquer au film de commande par excellence : le nouveau Superman…


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A propos de l'auteur

7 commentaires

  • Mandark

    26/03/2011 à 12h07

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    Le prochain Snyder est sans doute un film de commande, mais le point de vue du réalisateur sur la question ("tout le monde a tendance à occulter le fait que Superman, s'il était vraiment vénère, pourrait d'un coup faire sauter la planète", dixit l'ami Zack)laisse présager du meilleur. En attendant vivement mercredi !http://cinema.krinein.com/sucker-pu ... 15530.html

  • gyzmo

    30/03/2011 à 22h41

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    Les clichés Kawaï sont super gonflants, les donzelles crânent à tour de bras, et les univers imaginaires n'ont aucune réelle originalité - tout comme le prétexte de l'emprisonnement, usé jusqu'à la corde par une flopée de réalisations antérieures. Et pourtant, en tant que pur divertissement, ça claque, c'est péchu et fun. La BO est franchement sympa. Et même si la réalisation donne l'impression de faire surtout dans le vidéo clip (ou la cinématique friquée de jeu vidéo), elle parvient à construire un ensemble intéressant et accrocheur. La magie Snyder, sans doute.

    J'ai toujours pas compris le titre du film, sinon.

  • kou4k

    31/03/2011 à 23h42

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    Ca jongle entre le gothique et l'univers geek, parfois avec un peu de lourdeur (BO très bonne, mais gonflée de reprises de titres encore une fois très -trop ?- entendus).
    Du coup, certaines scènes flirtent avec le teen-movie, mais la réalisation reste impeccable. Encore une fois un exercice de style bien bourrin et défoulant, qui ne laisse aucune place au réalisme.

    L'histoire est clairement un prétexte pour les délires de la jeune héroïne, et le scénario est développé de manière à ne pas donner au spectateur plus d'information qu'il n'ait besoin. Beaucoup de zones d'ombre subsistent au final, mais on sait que c'est plus histoire de donner de la consistance aux scènes d'action débridées qui constituent une bonne moitié du film.

    Au final, j'ai trouvé le film bon. Quand on sait à quoi s'attendre, on ne peut qu'accrocher.
    L'univers, parfois très sombre, notamment la réalité très noire à laquelle est soumise Baby Doll, avec son histoire on ne peut plus tragique, est encore une fois prétexte à la mise en place d'une ambiance visuelle au poil.
    Je trouve dommage, par contre, que Snyder ait pris si peu de risques dans la mise en scène ou la lecture de l'action. Sucker Punch aurait pu être encore plus spectaculaire....

  • Ric_Pantera

    03/04/2011 à 13h26

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    Je suis assez d'accord avec vous à part pour ta dernière phrase Kou4k, je trouve que c'est un peu radicale à par peu être pour les scène dans la réalité.
    J'ai trouvé la scène d'ouverture magnifique.

  • Guillaume

    03/04/2011 à 14h15

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    Moi j'ai pleuré d'ennui. C'était bien pourri : gratuit, clipesque, sans intérêt.
    C'est une sorte de trip d'ado qui serait assez riche pour en faire un (mauvais) film.

  • hiddenplace

    03/04/2011 à 14h37

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    Tiens, c'est marrant, je savais que ce film aurait toutes les chances d'être dans mon futur flop 5, et pourtant je me suis laissée porter (pourtant totoro sait que je ne suis pas fan des grosses scènes d'action poum poum tchac tchac, et encore moins des minettes mangaesques habillées en écolières avec des gros flingues^^). J'ai trouvé que même si hyper classique pour son côté "évasion d'une vie tragique par l'invention et le fantasme", ça se tenait plutôt bien narrativement et visuellement, c'était efficace, et j'ai surtout aimé ce côté quête à la point'n'click (trouver tous les objets (caractéristiques des JV) pour arriver au bout de cette quête).
    Et sinon je trouve Emily Browning mignonnette (en souvenir j'avoue des Orphelins Baudelaire que j'adore) même si elle et ses copines sont volontairement très artificielles.
    edit : après je conçois que ce n'est pas le film du siècle, hein, mais dans son genre, ça fonctionne bien^^

  • Mandark

    03/04/2011 à 17h50

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    Pure piece of Cinema !http://cinema.krinein.com/bande-ann ... 15619.html

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