8.5/10

Stupeur et tremblements

Lettre de motivation :

De : Amélie-San
A : M. Haneda, Président Directeur Général de la société Yumimoto.

Monsieur Haneda,

Ayant passé les cinq premières années de ma vie au Japon, je suis très attachée au pays du soleil levant, aussi beau que mystérieux. Je viens tout juste de terminer mes études universitaires en Belgique et je souhaiterai rejoindre votre grande compagnie pour y travailler en temps que traductrice. Mes aptitudes à parler couramment le japonais feront de moi un élément indispensable pour les relations internationales de votre empire (si vous me permettez l'expression).
Je suis extrêmement motivée à l'idée de contribuer à l'enrichissement de votre société et je suis prête à me donner corps et âme pour accomplir n'importe quelle tâche. Travailler au Japon serait une occasion unique pour moi de re-découvrir mes joies d'enfance et de mettre en application mes connaissances linguistiques sérieusement apprises.
Dans l'attente d'une réponse rapide et positive de votre part, je vous prie d'agréer, Monsieur Haneda, mes sentiments dévoués.

Amélie-San.

Lettre de démission (un an plus tard...)

De : Amélie-San
A : M. Haneda, Président Directeur Général de la société Yumimoto.

Monsieur Haneda,

Cela fait un an maintenant que je travaille pour votre grande entreprise et je ne vous remercierai jamais assez de m'avoir employé et ainsi considéré comme un élément important à vos yeux divins. Mon contrat arrive à sa fin, et j'ai le regret de vous informer que je ne souhaite pas le renouveler. Malgré les différentes fonctions auxquelles vous m'avez nommé, j'ai lamentablement échoué à chaque fois.
Il faut se rendre à l'évidence que je ne suis pas fait pour travailler pour votre compagnie, et que ce soit de la traduction de courrier, de photocopier, de faire la comptabilité ou de nettoyer les toilettes, je me révèle totalement incapable de faire quoi que ce soit de satisfaisant aux yeux de Mademoiselle Mori, ma supérieure directe.
Je ne vous serai jamais assez reconnaissant de la chance que vous m'avez donné d'essayer d'être une employée japonaise pendant un an, mais le choc des cultures m'a fait comprendre que je ne serais jamais aussi satisfaisante que n'importe quel jeune habitante de Tokyo, désireuse de rejoindre vos rangs. Je vais retourner en Belgique pour essayer de me lancer dans ma carrière d'écrivain.
Je vous prie d'agréer, Monsieur Haneda, mes sincères remerciements.

Amélie-San.


Mais qu'est ce qui fait courir Amélie ? Un désir fou de retourner au Japon, de goûter à nouveau à ses souvenirs presque perdus, de faire partie de cette grande fourmilière, en tant que simple ouvrière certes, mais dans la fourmilière quand même. Quand la jeune belge se retrouve enfin dans la grande société tokyoïte Yumimoto, sa joie sera rapidement de courte durée. Sa supérieure, Mademoiselle Mori, va se révéler tour à tour amie puis ennemie. Amélie, constamment bouche bée devant cette perfection japonaise va vivre une drôle de relation, entre tendresse et sado-masochisme. Si de temps en temps Amélie se défenestre (comprenez : qu'elle imagine voler au-dessus des buildings de Tokyo en regardant par la fenêtre) elle se fait constamment ramener sur terre par le supérieur de Mademoiselle Mori, l'ignoble Saito. Ce dernier n'hésitera pas à des-humaniser Amélie en la cantonnant à des occupations inutiles et rébarbatives, tel que photocopier le règlement de son club de golf. A cause de fautes professionnelles anodines pour notre culture européenne mais catastrophiques selon les codes japonais, Amélie sera réprimandée par le supérieur de Saito, un vrai porc répondant au doux nom de Omochi. Passant tour à tour d'écrivain virtuelle à la comptabilité en passant par la gestion des calendriers ou du nettoyage des toilettes, Amélie va terminer au plus bas de l'échelle. Faillant lamentablement à sa mission à cause d'un choc des cultures et d'une jalousie entre les employés trop difficile à assumer, c'est avec stupeur et tremblements, comme le veux la coutume, qu'elle remettra sa démission jusque devant Dieu : Monsieur Haneda supérieur de tous mais incroyablement humain et compréhensif.

Adapté du roman éponyme d'Amélie Nothomb, Stupeur et Tremblements est une réussite. Sylvie Testud y interprète à merveille (et avec un charme des plus exquis) le rôle de la petite belge cherchant désespérément à s'intégrer dans une société aux codes complexes et aux moeurs parfois aberrantes pour nous autres européens. La sublime Kaori Tsuji faisant ses débuts très prometteurs à l'écran est ancrée dans son rôle de discrète japonaise au coeur de pierre, un brin dominatrice. Alain Corneau réalise une adaptation fouillée et fidèle du roman, on y retrouve l'humour décalé et les textes léchés d'Amélie, la vraie, nous exposant ses souvenirs à coeur ouvert. Le petit budget du film passe inaperçu par les différentes interprétations des acteurs qui vous feront rire par l'absurdité des situations, le génie de Ionesco n'est pas très loin ! Rajoutons que le film est tourné en HDCam et que l'on ne s'en aperçoit pas une seconde ! En bref, un film qui plaira autant aux fans d'Amélie Nothomb qu'à ceux qui ne l'ont jamais lu, c'est d'ailleurs une occasion de découvrir un auteur atypique.

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2 commentaires

  • Anonyme

    13/01/2009 à 16h12

    Répondre

    film complétement pourave...son film n'est vu que par des lycéens ...la honte a amélie nothomb


    elle peut aller se coucher


    son temps est terminé...

  • Anonyme

    03/01/2011 à 09h46

    Répondre

    Completement d'accord ...film de nudiste qui fait peur

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