A DECOUVRIR
9/10

Starship Troopers

Rico et ses amis s'en vont combattre les Arachnides, féroce peuple-insecte ayant attaqué la terre. Un brûlot corrosif de Verhoeven.

Plus exploité dans le domaine vidéoludique qu'au cinéma même, le film de guerre spatiale n'a pour ainsi dire que deux figures de proue, dont on exclura bien entendu le space-opera à la Star Wars : Aliens, métaphore virile premier degré de la guerre du Viet Nam, et Starship Troopers, film corrosif qui poussa le concept de double lecture à son paroxysme, tourné par un Paul Verhoeven déchaîné. Détail amusant, Aliens comme Starship Troopers, deux oeuvres radicalement différentes, s'inspirent d'un seul et même livre : Etoiles garde à vous, de Robert Heinlein, roman plutôt militariste, qui servit de base de travail à Verhoeven et, disons, de motivation à James Cameron.

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La 7ème Compagnie dans l'Espace
Avec son sujet tout nanar -une troupe de bidasses de l'espace s'en va combattre des insectes géants-, Starship Troopers est à la fois un des films les plus jouissifs des années 90 et une sorte d'anomalie dans le système hollywoodien, qui n'a visiblement rien vu venir. L'indécrottable Verhoeven accompagnera d'ailleurs la sortie DVD de son brûlot d'un commentaire audio anthologique, à l'origine depuis de la décharge des distributeurs quant aux propos tenus dans leurs galettes. Starship Troopers, c'est tout d'abord la série B bourrine et décomplexée, sorte de fantasme de geek au confins des genres mené à un train d'enfer. Passé une exposition rappelant les meilleurs moments des séries-soap, d'où est d'ailleurs issu le bellâtre Casper "mâchoire carrée" Van Dien et une partie de la distribution, Starship Troopers enchaîne les moment de bravoure que l'on est en droit d'attendre d'un tel postulat. Vaisseaux en feu, batailles virant à la boucherie totale, remake arachnéen d'Alamo, dernier acte faisant basculer le tout dans l'horreur pure, Starship Troopers flatte l'oeil, brasse large, ne lésine par sur la cartouche ou l'hémoglobine et n'oublie pas les poitrines dénudées d'usage pour lier le tout. Le casting, de choc et de charme, est sympathique, les personnalités des héros bien distinctes et l'amateur de répliques cultes se délectera de quelques saillies, comme l'immortel "pose tes galons qu'on se batte entre hommes", ultimatum implacable lancé par le sous-fifre Rico (Casper Van Dien) qui n'aime pas qu'un gradé tourne autour de sa p'tite nana (Denise Richards, une bonne raison d'en venir aux mains, donc).

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"J'ai glissé, chef !"
En parallèle de cela et sans qu'un aspect ne vienne desservir l'autre, Starship Troopers est également une oeuvre désenchantée, d'un cynisme ahurissant, où Verhoeven se sert de ses monstruosités pour laisser éclater sa volonté de tout dégommer. Jeune, beau, fort et invincible, le héros américain type est littéralement déchiqueté dans de réjouissantes gerbes gore. Surtout, le cinéaste nous dépeint un peuple arrogant, s'engageant dans une guerre absurde dont la justification, fumeuse, semble sortie du Dr Folamour. La société futuriste de Starship Troopers rappelle celle de Demolition Man, aseptisée et contrôlée à outrance, dont les principes renvoient à ceux de la Grèce spartiate et du Troisième Reich. La citoyenneté passe par les armes. La propagande patriotique est partout. L'information est divulguée par de cours flashs racoleurs à la censure hypocrite. Tout à sa métaphore, Verhoeven enfonce parfois le clou plus que de raison, notamment lorsqu'il manipule, assez peu subtilement il faut bien le dire, une imagerie héritée de la Wehrmacht. Qu'importe, Starship Troopers fait mouche et pousse à s'interroger sur ce que l'on regarde vraiment. Le film traite-t-il d'un assaut héroïque ou d'un génocide basé sur un quiproquo ? Le combat est-il celui de soldats face à des monstres ou de neo-neo-nazis face à des parasites ? Les cruelles Arachnides menacent-elles les paisibles cités terriennes ou est-ce l'humain et ses rêves de conquêtes qui tendent à faire disparaître une espèce inférieure et désorganisée ? La réponse, c'est celle que voulez. Peut-être même les deux, mon capitaine. C'est dans cette interrogation que se trouve la plus grande force de Starship Troopers : être vu avec un sourire de plaisir et revu avec un rire jaune.

SI les effets spéciaux commencent un peu à dater, Starship Troopers reste ce chef d'oeuvre perturbant qu'il était il y a plus de dix ans, où Verhoeven ne nous piège pas mais nous retourne le cerveau comme une crêpe. Rarement un film, dans un même instant, nous aura donné une telle envie de rentrer dans l'armée et de s'en enfuir à toutes jambes. Et si il y a du Full Metal Jacket dans Starship Troopers, il n'est pas interdit de trouver le film de Kubrick moins percutant.

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7 commentaires

  • Anonyme

    07/05/2008 à 13h17

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    Vraiment positivement d'accord avec cette critique  en tenant juste à exprimer mon point de vue sur les effets spéciaux qui ne font pas si vieillots que ça en regard de productions actuelles, avec une animation d'arachnides juste hallucinante surtout pendant le guet-apen, des phases spatiales vraiment bien foutues, ce film est tout simplement CULTE !!!

  • nazonfly

    07/05/2008 à 13h44

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    Quand je l'avais vu il y a quelques années de cela, ça m'avait paru vraiment surfait et la critique de la guerre, tout ça, ne m'avait pas paru évidente.

  • Bung

    08/05/2008 à 03h25

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    Ce n'est pas une critique de la guerre, mais d'un ensemble de mentalité dont la guerre fait partie, tout le conditionnement qu'il y a autour.


    Par contre, il aurait peut être été plus sage d'éviter tout comparatif avec un autre film du même genre: les deux se valent sur le plan technique mais étant donné que chacun a bénéficié d'un réalisateur différent, donc d'un point de vue différent, il est regrettable d'avoir à faire à un tel hors sujet


     D'ailleurs, je tiens à préciser que dans Starship Troopers les soldats sont déjà conditionnés, alors que dans Full Metal Jacket ça parle surtout du conditionnement des soldats et de leur incapacités humaine à entrer dans un moule.

  • Kei

    10/05/2008 à 14h32

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    Tout simplement énorme. Comme le dit Lestat, c'est incroyablement jouissif, c'est un délire poussé dans ses ultimes retranchement.


    La critique de la guerre, je ne l'ai pas trop vue. En revanche, en assumant jusqu'au bout des ongles sont coté guerrier et violent, il dénonce assez bien le cinéma de guerre, qui a un peu tendance à glorifier la guerre en elle même. J'aurais bien plus vu une critique sur ce plan là.


    En tout cas, c'est un film fantastique, absolument culte.


    (Et y'a même Barney : comme quoi les Soap c'est comme la poussière : tu en viens et tu y retournes...)


    Juste une chose : c'est quoi cette histoire de commentaire audio de Verhoeven ? Il y a moyen d'avoir plus de détails sur l'affaire ? 

  • Lestat

    12/05/2008 à 11h35

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    Oh y'a pas vraiment d'affaire. C'est un commentaire sans langue de bois, qui entre autre choses flingue explicitement quelques critiques et reviens notamment sur l'imagerie fasciste du film.

  • Anonyme

    14/05/2008 à 15h35

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    Tout à fait d'accord avec la critique. Grand film qui utilise sans compromis l'outrance et les clichés de l'imagerie hollywoodienne pour frapper le spectateur au coeur, lui montrant toute l'ambivalence d'une position tranchée et extrême l'ambivalence des principes, l'ambivalence de la morale non intériorisé par ceux qui la respecte par dogme. Tous ces hommes, même si vivants dans une société futuriste, restent humains. Et sont aveugles du début à la fin du film sur leur monde et les événements dans lesquels ils sont plongés.


    Pour moi, un film incroyable sur la société, sa violence, l'incapacité d'y résister. Sur l'Histoire aussi, et le fait qu'elle n'est que le résultat d'une imagerie. Et en filigrane, sur la vérité.


    Verhoeven fera toujours du Verhoeven. Pour moi, un réalisateur d'une classe incroyable bien trop peu honoré pour le talent qu'il a. Je conseille black book, à ceux qui ont aimé "starship troopers".


     Je n'aurais pas qualifié son film de cynique, comme d'ailleurs je ne qualifierais par le cinéma de Verhoeven de cynique. Je le qualifierai de profondément libéré et révolté. Il n'y a pas de plaisir juste un gros rire ironique. Mais pas de partie pris, ni de réelle jouissance à présenter les méfaits des hommes. Juste de grands coups de gueule. Subsistent quelques moments de réels espoirs pour les personnages. La relation élève prof, très réelle et profonde je trouve, et entre Van Dien, et la petite blonde, sont le signe d'une réelle envie de raconter de réelles relations, et de construire en marge de ce film très cliché quelques havres de vérité.

  • Anonyme

    16/05/2008 à 15h27

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    Quatre films sont à retenir niveau effets spéciaux dans les années 90: terminator 2, jurassic park, starship troopers et matrix.


    Un film très violent mais très divertissant

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