6/10

Square (The)

Un premier film à l'écriture appliquée, qui laisse malheureusement un trop fort parfum de déjà-vu pour qu'on apprécie pleinement la mise en scène maîtrisée. Du film noir un peu scolaire.

Il n'est pas rare de voir des scénaristes, des acteurs ou des chefs opérateurs passer à la réalisation. L'Australien Nash Edgerton n'appartient à aucune de ces trois catégories : cascadeur depuis plus de quinze ans (grosso modo de Street Fighter à Solitaire, en passant par les MatriX et les Star Wars), il passe ici derrière la caméra pour mettre en images un scénario imaginé par son frère Joel. En réalité, la fratrie n'en est pas à son coup d'essai puisqu'ils tournent des courts métrages ensemble depuis 1996 ; mais le format long est un terrain semé d'embûches, et il est toujours tentant de ramasser sur son chemin les clichés sécurisants d'un genre trop bien calibré...


"Voulez-vous coucher avec moi ce square ?"
Ray (David Roberts) est maître d'œuvre sur un chantier, le genre de boulot qui ne lui fournit pas assez d'oseille pour s'enfuir avec sa jeune maîtresse Carla (Claire van der Boom). Tandis qu'il s'échine à récupérer un pot de vin auprès d'un prestataire, une opportunité en or s'offre à eux : un sac plein d'argent sale que ramène Billy (Joel Edgerton, scénariste et frère du réal - suivez, un peu), le mec de Clara. Le bonhomme étant aussi malhonnête que macho, il ne paraît pas foncièrement immoral de le délester ainsi... Pas de bol, rien ne va tourner rond dans le plan du couple adultère. C'est la loi de Murphy (le film a failli porter ce titre), et c'est le lot commun des héros de films noir.

Un homme ordinaire qui plonge dans la spirale de l'illégalité et de la violence. Une femme fatale, option lolita inconsciente. Un mari jaloux et violent. Une mallette d'argent maculé de sang. Un mercenaire menaçant dont la mission dérape. Complétez les trous : vous avez certainement vu quelques dizaines de films ou téléfilms nourris de ces ingrédients et d'une dose plus ou moins concentrée de clichés périphériques : si le film noir a connu ses lettres de noblesse avec John Huston, Orson Welles, Alfred Hitchcock et a inspiré quelques joyaux plus récents à Sam Raimi, David Mamet ou aux frères Coen, on cherche dans chaque nouvel opus le zeste de créativité qui saura transcender la recette. Ici, les frères Edgerton se reposent principalement sur le respect des balises, amenant les personnages du point A au point B à travers un parcours que le spectateur pourra quasiment
"J'ai un plan en béton."
énoncer à l'avance. Le déroulement s'avère donc bien carré (ça tombe bien, c'est le titre - même si ce dernier désigne plutôt l'enfermement dans lequel le personnage principal se débat de plus en plus), et les quelques excès du scénario sont modérés de justesse par le sérieux de la mise en scène et de l'interprétation.

Pas d'esthétisation, pas d'humour : c'est une certaine austérité que Nash Edgerton insuffle à son film, mais c'est aussi le terrain d'action d'un acteur intense appelé David Roberts, qui porte à merveille un personnage qui risquait d'ennuyer. La réalisation, quant à elle, procure de bons moments de tension et s'avère sporadiquement bien inspirée (un Père Noël pompier, quelques courtes scènes de rêve, une métaphore filée à l'aide de deux chiens). On déplore d'autant plus le manque d'originalité du scénario, qui se suit sans grande surprise à l'exception d'un fait troublant : si les tourtereaux prenaient la tangente dès le début du film, leur fortune serait faite et leurs fesses seraient à l'abri. Mais dans ce cas, il s'agirait d'un nouveau court métrage et pas d'un long... On espère cependant revoir prochainement les acteurs et le réalisateur dans un projet plus ambitieux.

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