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Spirit (The)

Un peu de Sin City pour la couleur, un soupçon de Batman pour la ville, un zeste de The Mask pour rigoler. Et hop, The Spirit est tout indigeste. Pas cool après les fêtes.

Une cravate rouge s'envole sur les toits d'une ville parée de noir et de blanc. Derrière elle se cache un homme masqué au chapeau noir et aux semelles d'un blanc lumineux. Dès les premières secondes du générique, le lien entre The Spirit et la précédente oeuvre cinématographique de Frank Miller, Sin City, est aisé à tisser, même si la comparaison est beaucoup trop flatteuse pour The Spirit qui reste une énorme déception. Certes l'utilisation du noir et du blanc, ainsi que des couleurs rouges ou jaunes à doses homéopathiques, donnent un même cachet à ces deux films. Mais l'exemple de The Spirit nous montre, pour une fois, que même la stylisation à l'extrême d'un film est complètement inutile si elle n'est pas supportée par un scénario et une mise en scène appropriée.

Potiches et plantes vertes

Oui Maîtresse!
Oui Maîtresse !!
Le seul aspect réussi sur lequel les deux films se retrouvent, outre l'aspect visuel, réside dans le casting féminin. Sin City voyait un défilé de pépés, toutes plus jolies les unes que les autres (Jessica Alba, Jaime King, Brittany Murphy, Carla Gugino, Rosario Dawson). Dans le même ordre d'idée, l'une des premières scènes de The Spirit nous montre une superbe créature, moulée dans un uniforme en cuir au décolleté ravageur, surgissant de l'eau telle une naïade fantasmatique : Eva Mendes (Sand Saref). La belle passera d'ailleurs une certaine partie du film dans des tenues à la limite de la crise cardiaque... quand elle ne laisse pas négligemment tomber son peignoir. Mais si on se contente de parler d'Eva Mendes en ces termes, c'est que son personnage pas franchement très profond, sauf au niveau du décolleté donc, lui laisse peu de place pour exprimer son talent. A l'opposé, Scarlett Johansson dont le seul nom fait frémir tant de coeurs masculins s'en sort mieux, avec un personnage intrigant, inquiétant, sexy en diable, mais qui semble danser sur une corde raide tendue entre les précipices de la folie, du désir et de cette froideur scientifique qu'avaient certains médecins nazis (Silk N. Floss). Pour finir de brosser le tableau des grâces de The Spirit, il faut rajouter une Paz Vega dont l'utilité est directement proportionnelle à la surface de ses habits (et elle danse en bikini), ainsi que Sarah Paulson aussi convaincante dans l'amoureuse transie que Kirsten Dunst en Mary-Jane dans Spider-man. Si l'on excepte Scarlett Johansson voire Eva Mendes (et encore...), les autres actrices passent pour de jolies plantes vertes.

Batman chez les Looney Tunes

Morgan de toi !
Morgan de toi !
Côté masculin, ne comptez pas retrouver non plus des personnages aussi forts que Hartigan (Bruce Willis) ou Marv (Mickey Rourke). Et il sera, en plus, difficile de se rincer l'oeil, à part quelques aperçus furtifs sur le torse musclé de Gabriel Macht qui joue le Spirit. Et je ne parle même pas de Samuel L. Jackson qui campe un Octopus drôle, sympathique et oubliable. Pourtant il y avait matière à faire avec le Spirit, une sorte de super-anti-héros (ou d'anti-super-héros) plus occupé à courir le guilledou et à draguer tout ce qui a une paire de seins qu'à résoudre correctement des enquêtes. En réalité, le Spirit est un peu un Batman poussé à l'extrême. Un personnage associé, voire confondu avec sa ville (Gotham pour la chauve-souris, Central City ici) au point qu'il en devient l'Esprit, l'autre n'étant censé qu'être son Noir Chevalier. Mais on a franchement de la peine à sentir de connivence entre le Spirit et Central City et la ville se révèle finalement bien absente du film. Au contraire une nouvelle fois de la Sin City de Miller. De la même façon, le Spirit a son ennemi préféré, son alter-égo maléfique : le fameux Octopus. Une nouvelle parodie des superhéros habituels. L'un et l'autre sont quasiment indestructibles et passent allègrement leur temps à se mettre des pains dans une ferveur humoristique. Et c'est là qu'on voit intervenir la troisième inspiration de ce The Spirit. L'aspect visuel rappelant Sin City, le héros et sa ville rappelant Batman, l'ambiance générale grand-guignolesque se tourne plus facilement vers... The Mask, avec armes gigantesques et second rôles cartoonesques qui ne passent pas. Oups !

Et c'est là que Frank Miller rate largement son coup. Outre un scénario nébuleux qui ne sera que vaguement compréhensible aux trois quarts du film, le mélange entre film comique, film noir et film de super-héros ne prend pas. Et comme un gâteau manqué, il en est indigeste. Il reste quand même pour le sauver cette image chiadée. Mais autant revoir Sin City ou attendre ses deux prochains volets. En espérant qu'ils soient meilleurs que le ratage de The Spirit.

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King Guillaume

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Doute

A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

12 commentaires

  • nazonfly

    03/01/2009 à 19h20

    Répondre

    C'était sympa Sin City 2, mais bien moins que le premier. Hein? Ce n'est pas une suite? Pourtant ça y ressemble franchement : l'importance de la ville, le côté noir et blanc à peine agrémenté de quelques couleurs, les belles pépés.

    En fait, c'est adapté d'une BD de Eisner? OK. Soit.

    Il n'empêche que visuellement c'est très bien (et pas que Eva Mendes, Scarlett Johansson et Paz Vega), mais ça manque un chouïa de quelque chose de génial. 

  • Anonyme

    07/01/2009 à 11h41

    Répondre

    Adaptations
    par ci, adaptations par-là, après les livres, ou les jeux vidéo, le
    comic book (terme préféré à « bande dessinée » dans les
    soirées mondaines) connaît depuis quelques années un renouveau,
    pour devenir le nouveau filon des producteurs, scénaristes, et
    autres figurants actifs du monde du cinéma. Astérix,
    Iznogoud, … Hmm oui, bref, sinon, Outre-Atlantique
    donc, Sin City, Batman, Superman, les
    X-Men, et là, The Spirit. Frank Miller reprend
    dans les grandes lignes l’aspect visuel
    détonant de Sin City, pour l’appliquer à une
    nouvelle histoire teintée de noirceur, dans la lignée des polars
    d’antan, mais teintée d’actualité (les portables, les
    manipulations génétiques), le tout saupoudrée de science fiction
    (les femmes intelligentes), avec un soupçon
    de mythologie (la quête du sang d’Hercule, le héros
    qui crie quand on l’adule).


    Polar,
    vous avez dit polar ? Certes, mais loin des côtés sérieux, des
    mecs qui ne sont pas là pour plaisanter, des mecs à qui on ne la
    fait pas, dans la lignée d’Humphrey Bogart, Frank Miller
    embarque ses acteurs dans une succession de
    scènes pour le moins étranges ponctuées de dialogues
    enfantins, de jeux de mots, de vocabulaire emprunté aux
    films bons marchés venus des productions hongkongaises estampillées
    années 70/80 à la Jackie Chan (attention, ce n’est pas un
    reproche). Bref, ça surprend, puis ça fait rire, là où on ne
    s’y attend pas. Et là, parmi tant d’autres,
    l’inénarrable Samuel L. Jackson fait une fois de plus très
    fort (notamment son poème improvisé sur les œufs, déguisé en
    officier SS avec un chouette poster d’Adolf Hitler en fond.
    Mais qu’est-ce que … ?).






    Du
    coup, on se demande parfois s’il ne faut pas avoir
    l’esprit mal tourné pour bien saisir le film, qui embarque le
    spectateur dans des sentiers brumeux, avec un scénario pour le moins aussi étrange … que
    le film lui-même. Ainsi, on en ressort avec une impression mitigée. Mais si The Spirit
    n’est pas le film auquel on pourrait s’attendre, dans
    l’genre de film où il faut débrancher ses neurones (pour les
    mâles, les vrais, les filles, c’est déjà fait), il convient
    parfaitement, malgré une légère impression de
    longueur, même s’il ne dure qu’une heure
    quarante (enfin là, il faut relativiser, on est quand même loin du
    The Grudge version japonaise, qui donne l’impression
    de durer trois heures alors qu’il ne dure qu’une heure
    vingt. Si si).






    Au
    final, une belle ambiance visuelle dans laquelle évoluent des
    acteurs talentueux (mention au petit nouveau, Gabriel Macht), dans
    une succession de scènes improbables alimentées de dialogues
    surprenants. Esprit, es-tu là ? Non.
    Surpris ?  Indéniablement.


     

  • Anonyme

    08/01/2009 à 18h54

    Répondre

    " le tout saupoudrée de science fiction (les femmes intelligentes) "


    " dans l’genre de film où il faut débrancher ses neurones (pour les mâles, les vrais, les filles, c’est déjà fait) "


    ...

  • nazonfly

    08/01/2009 à 21h34

    Répondre

    J'aime bien les deux derniers commentaires

  • Anonyme

    09/01/2009 à 13h26

    Répondre

    De rien, si c'est tout ce que ça vous inspire...

  • Anonyme

    10/01/2009 à 19h19

    Répondre

    J'aii Vue le film en angletere ,, Je pense Que c'etais les vois originale , C'est vraiment un film cooup de coeur , Il est sortit en France ?!


    Si oOui j'lachete xP

  • Basile_Lenny

    12/01/2009 à 03h34

    Répondre

    Oups, j'ai des petits problèmes de mémoire on dirait


    J'ai contacté quelqu'un pour la suppression de mon deuxième commentaire. Désolé !


     Fujikaka : Oui, et bien ?

  • Anonyme

    15/01/2009 à 23h57

    Répondre

    Rien, je kiffe ta mysoginie

  • dymE

    16/01/2009 à 00h18

    Répondre

    Au début j'étais bien troublé par le film.


    Et puis quand j'ai compris à quel point le film ne se prenait pas au sérieux, je me suis laissé emporté, tout bonnement. J'ai rigolé, j'en ai pris plein les yeux, malgré une impression de "ça aurait pu être vachement plus prenant". Film à voir, largement moins bon que Sin City, mais juste génial d'humour et de clins d'oeil.


    PS : Naz', t'as un peu abusé du "et c'est là que..." sur la fin

  • nazonfly

    16/01/2009 à 11h15

    Répondre

    Mouais, je suis pas rentré dans le côté "ahaha je rigole". Du coup j'ai un avis bien mitigé.

  • Anonyme

    17/01/2009 à 01h02

    Répondre

    Soyons honnete ce film à une vrai qualité, IL justifie à lui tout seul l'ouverture d'une enquete sur la consomation de drogue à hollywood![img]http://www.krinein.com/forum/images/smilies/bwehe.gif"%20border="0[/img]

  • dymE

    17/01/2009 à 13h00

    Répondre

    Mouais, je suis pas rentré dans le côté "ahaha je rigole".


    Tu as bizarrement formulé ça. Je ne suis pas un débile profond, merci !

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