8/10

Soul of a Man (The)

God blues you

Habituellement, le cinéma n'est pas mon domaine de prédilection mais comme la série des documentaires sur le blues de Martin Scorsese est en passe d'être diffusée dans les salles obscures françaises, il paraissait essentiel d'y jeter un coup d'oeil attentif lors de cette année 2004 déclaré officiellement "année du blues". Sept documentaires successifs ont vu le jour parmi lesquels quelques grands noms des réalisateurs comme Clint Eastwood, Wim Wenders et Martin Scorsese lui-même ont fait part de leurs savoir faire pour rendre hommage à la "musique du diable". Revenons sur le cas de l'allemand, déjà réalisateur de l'excellent documentaire Buena Vista Social Club qui s'attaque le premier au sujet avec The Soul of a Man dont le principe est de montrer trois portraits de bluesmen. Ce ne sont pas trois portraits au hasard mais ceux des artistes préférés de Wim Wenders dans ce genre musical. C'est donc un réel travail de passionné qui est mis en oeuvre à travers un choix purement subjectif de ce que représente le blues pour un voyage mélangeant fiction et réalité...

La sonde et le bluesman

Ca commence dans l'espace et ça prendra fin dans l'espace... Le blues dépasserait-il les limites terrestres ? La réponse est oui, puisque la voix de Blind Willie Johnson fait parti du patrimoine humain lancer vers d'autres formes de vie depuis le lancement de la sonde Voyager. C'est avec ce clin d'oeil que Wim Wenders entame son documentaire consacré à expliquer la vie de trois guitaristes de génie : Blind Willie Johnson, Skip James et J.B. Lenoir qui ont chacun contribué à faire évoluer le blues et la musique en général vers ce qu'elle est aujourd'hui. D'emblée, le regard plein d'admiration de Wenders se penche sur des vies aux destins particuliers en mélangeant habilement images d'archives, interviews, sessions musicales et montages de scènes qui auraient pu avoir lieu à l'époque des bluesmen. La VO contée par la voix off de Laurence Fishburne, qui narre à la manière de Blind Willie Johnson, donne une dimension vivante et permet de fixer l'attention du début à la fin pour un résultat qui s'annonce tout de suite saisissant.

Wenders s'attaque aux portraits dans l'ordre cité précédemment, ce qui correspond chronologiquement à la réalité de l'apparition de ces hommes dans le paysage musical. Le documentaire s'attache à évoquer rapidement des éléments sur quelques points importants de la vie de ces trois bluesmen entre les années 1930 et 1960 mais fait la part belle à la musique à la fois de la version originale et des reprises par des artistes divers parmi lesquels : Lou Reed, Eagle-Eye Cherry, John Spencer Blues Explosion ou Beck pour les plus connus mais aussi Gardland Jeffreys ou Lucinda Williams pour les plus purs bluesmen.

« I'd rather be the devil than that woman's man », Skip James

Un vrai documentaire nécessitait de placer le contexte en avant et Wenders est parvenu à retranscrire fidèlement les points essentiels sur lesquels le blues a eu une influence. Les points négatifs comme la difficulté de l'imposer dans les états du Sud ou positifs avec les festivals de Newport, le plus grand rassemblement de l'époque. Mélangeant des images qui auraient place dans les plus grands reportages et montages de différents plans sur la vie des trois hommes, le documentaire est agrémenté d'une superbe BO qui vaut une écoute particulière. Mais je peux vous assurer que le tout vous donne particulièrement de prendre une guitare dès que l'écran s'éteint.

Pourquoi pas la note maximale puisque j'ai été conquis par ce film ? Sur ce cas, j'ai des explications essentiellement personnelles. Pour moi, Wenders a réalisé un documentaire qui s'attache avec une vision passionné à ses trois artistes préférés mais étant un profond (mais modeste) amateur de cuivres, je n'avais pas la même vision que lui sur les artistes à choisir et son manque d'éclectisme instrumental, entièrement dévoué à monter des guitaristes, m'a laissé un petit regret. Mon autre regret consiste dans le fait que les chansons aient été coupées après un ou deux couplets même si j'ai conscience que Wenders n'aurait pas eu le temps de tout nous montrer. Ce ne sont pas vraiment des critiques acerbes contre le film mais plus des regrets personnels qui sont largement compensés par la qualité du film.

Bref, un documentaire à voir même pour les plus néophytes car réalisé de manière très abordable, sans termes techniques démentiels et qui fera prendre conscience que le blues est le reflet avant-gardiste de notre société depuis déjà plusieurs générations. Pour finir, voici un petit récapitulatif des titres de films de la même collection : La Route de Memphis (Pearce), Piano Blues (Eastwood), Devil's fire (Burnett), Godfathers and sons (Levin), Red, Wine and Blues (Figgis), Du Mali au Mississippi (Scorsese). A ne pas manquer même si The Soul of a Man est trop peu distribué...

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