8/10

Solomon Kane

Démons extérieurs et intérieurs mènent la vie dure à Solomon Kane, ex-guerrier sanguinaire reconverti dans l'amour du prochain. De l'heroic fantasy brutal et bien ficelé, sous-vendu (ou mal vendu) à un public qui risque de l'ignorer.

Le nom de Robert E. Howard émoustille les producteurs hollywoodiens. L'auteur de Conan le Barbare n'a pourtant pas eu le temps de pondre une large galerie de Mal­gré les ap­pa­rences, rien à voir
Mal­gré les ap­pa­rences, rien à voir
personnages mythiques, puisqu'il eut le mauvais goût de se faire périr à l'âge de 30 ans. Outre le Cimmérien sus-cité, on découvre dans son œuvre la pulpeuse Red Sonja, objet du film Kalidor et d'une nouvelle version actuellement en production ; le rugueux Kull, adapté en 1997 sous forme d'un navrant nanar avec Kevin Sorbo ; et le mystérieux Solomon Kane, héros de plusieurs nouvelles, qui se voit aujourd'hui consacrer son premier long métrage. A voir le matériel promotionnel, le spectateur peu informé est susceptible de méprendre la chose pour un ersatz de Van Helsing : une défroque noire, un large chapeau, un vague cousin de Hugh Jackman entre les deux (James Purefoy, en réalité)... Le public cible risque de ne pas se sentir concerné. Dommage, car Solomon Kane a tout pour ravir les fans du Seigneur des anneaux, option brutalité et quête de rédemption.

A l'instar de son collègue The Shadow, qui évoluait lui aussi dans les pulp magazines des années 30, Solomon est un homme au passé noir. Soldat impitoyable, cruel, vénal, sans honneur, il décida de changer d'attitude le jour où
un envoyé du Diable vint lui réclamer son âme. Désormais, c'est dans la paix et la discrétion qu'il coule ses jours, espérant que son profil soit suffisamment bas pour qu'on laisse son âme en paix. Mais le Mal garde un œil sur lui (l'œil était dans la tombe et regardait Kane, en quelque sorte) et la violence, bien entendu, finira par le rattraper...

A l'image de la mine austère et noble de son héros (d'ailleurs, ne parle-t-on pas de la mine du roi Solomon ?), le film est d'un sérieux papal, débarrassé de toutes les blagounettes et autres vannes que l'on doit habituellement essuyer dans les films d'action contemporains. Il n'est pas interdit pour autant de s'amuser, puisque le côté série B de l'entreprise est aussi assumé que parfaitement réjouissant : de l'heroic fantasy (les puristes parleront sans doute de sword & sorcery) mâtinée d'un croisement de Rambo et d'Evil Dead, ça ne se refuse pas quand on est amateur de ce genre de cinoche. Le budget n'est pas dilapidé en superstars, mais les visages sont familiers : le vétéran Pete Postlethwaite, le pirate des Caraïbes Mackenzie Crook, le Crusoé télévisé Philip Winchester ou encore le giga-vétéran Max von Sydow (qui jouait déjà un vieillard dans le Conan de 1982 !). Autre choix judicieux : les images de synthèse sont exploitées au minimum, laissant la vedette aux effets "physiques" et à la ça vous a plu ?
ça vous a plu ?
chorégraphie des scènes d'action. Ce qui n'empêche pas les démons et autres créatures d'être au rendez-vous, modélisés par le désormais célèbre Patrick Tatopoulos (célèbre pour ses effets spéciaux, pas pour avoir réalisé Underworld 3...).

Epique, violent, un peu grandiloquent (ça fait partie du charme), occasionnellement effrayant, Solomon Kane est une de ces petites merveilles qui font un bide au cinéma mais se voient ensuite régulièrement redécouverts par d'inlassables curieux farfouineurs. C'est tout le bien qu'on lui souhaite, en attendant les blockbusters que seront prochainement Red Sonja et le nouveau Conan.

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Bliss

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Esther

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Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

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