6/10

Solaris - 2002

Une approche intéressante d'un récit connu, hélas sabotée par une esthétique trop clinquante.

Solaris est un roman de Stanislaw Lem dont Andrei Tarkowski a tiré en 1972 une adaptation filmique de plus de 3h très dense et cérébrale, pas forcément accessible à tout le monde mais reconnue comme un chef-d'oeuvre. Ce remake réalisé par le très productif Steven Soderbergh (2 films par an en moyenne) et produit par James Cameron est donc une excellente idée, même si Soderbergh n'a auparavant jamais oeuvré dans la science-fiction.

Autour de la mystérieuse planète Solaris gravite un vaisseau de colonisation . Depuis quelques temps, ses occupants ne donnent plus signe de vie, et sur Terre on s'inquiète beaucoup. Un message vient finalement rompre ce silence : un des membres de l'équipage demande à ce que soit dépêché sur place son psychiatre, le docteur Chris Kelvin (George Clooney). Arrivé à bord, celui-ci découvre que son patient s'est suicidé et que ses deux coéquipiers présentent des troubles psychologiques importants : paranoïa, dépression, agoraphobie... Quelque chose d'étrange se passe, et ils soupçonnent Solaris d'en être à l'origine. Kelvin croise également dans les couloirs du vaisseau un petit garçon qui n'a manifestement rien à faire là... Plus étrange encore, il reçoit dès la première nuit passée à bord la visite de Rheya (Natasha McElhone), son épouse défunte, dont il se sent coupable de la perte. Ces apparitions sont elles fantomatiques ou d'origine extra-terrestre ? L'équipage parviendra-t-il à regagner la Terre ? Kelvin pourra-t-il supporter d'être à nouveau séparé de sa femme, alors même qu'une seconde chance lui semble offerte ?

Alors que le film de 1972 se présentait comme une intense réflexion métaphysique, Steven Soderbergh à choisi de recentrer le récit sur la relation entre Kelvin et Rheya. Leurs rencontres post-mortem sont l'occasion de nombreux flashes-back terrestres au cours desquels on apprend comment ils se sont trouvés, aimés, disputés, réconciliés puis finalement perdus. Peu à peu, cette histoire d'amour prend le pas sur les mystères qui entourent la planète Solaris, ce qui légitime la mise en scène dépourvue d'effets spectaculaire pour laquelle le metteur en scène à opté. Tout au long du film, l'influence de 2001, l'odyssée de l'espace est très sensible, mais elle n'est que formelle (rythme lent, lumière intense, froideur des décors). Pour le reste, il s'agit d'un tout autre genre de science-fiction, car là ou Kubrick nous parlait du genre humain dans son ensemble, Soderbergh préfère s'intéresser aux simples enjeux d'une relation de couple qui s'est mal terminée.

Voilà une intention fort louable, d'autant que la durée du film, qui n'excède pas les 90mn, permet de s'accommoder de cette lenteur. Hélas, le résultat est assez bancal. George Clooney et Natasha McElhone sont bien trop beaux, glamour et mis en valeur par la photographie et les costumes pour qu'on puisse s'émouvoir de leur sort. Les confrontations à bord du vaisseau sont assez crédibles, avec un George Clooney anéanti par des sentiments illégitimes qu'il renonce peu à peu à combattre. En revanche les flashes-back terrestres adoptent une esthétique pub plutôt embarrassante, et le beau George y exhibe ses fesses musclées et bronzées dès qu'il peut. Le charme de Natascha McElhone, à la fois fragile et fascinante, n'y fait rien : on s'ennuie ferme, et on se met à rêver de la planète Solaris et ses éventuels occupants, chose que le réalisateur semble vouloir éviter à tout prix, car si la planète est magnifiquement représentée par des plans en image de synthèse saisissants, ne vous attendez pas à en savoir beaucoup sur elle une fois le film terminé. A ce propos, les scènes ou Kelvin et les deux survivants du vaisseau s'interrogent sur le lien entre la proximité de la planète et les phénomènes étranges qu'ils observent sont censées donner un peu de rythme au film entre deux rencontres Kelvin / Rheya, mais au final elle ne font que provoquer la frustration en donnant l'impression que le film va basculer du mélodrame métaphysique vers le fantastique, ce qui n'arrive finalement jamais. Il faut dire que la présence de James Cameron au générique en tant que producteur renforce le malentendu. On le sait désireux depuis longtemps de réaliser un film de science-fiction dont certaines séquences seraient tournées dans l'espace (son prochain défi après avoir plongé près de l'épave du Titanic), et le souvenir d'Abyss est encore bien présent dans les esprits.

Communication, rédemption, remords, fatalité... Solaris aborde de nombreux thèmes et parvient, malgré ses défauts, à intéresser jusqu'au bout, et se termine comme on pouvait s'y attendre de façon énigmatique, le genre de conclusion à laquelle les cinéphiles se régaleront à essayer de donner une signification précise. Dans le rôle d'un membre d'équipage passablement névrosé, Jeremy Davies fait une prestation étonnante, mais qui rappelle à ce point Crispin Glover qu'on se demande pourquoi ce n'est pas ce dernier qui a obtenu le rôle.

Solaris est un film atypique et courageux, mais pas totalement maîtrisé, à demi-réussi, comme s'il s'agissait pour son metteur en scène d'un coup d'essai en vue du montage d'un projet plus abouti. La prochaine fois, James Cameron ferait peut-être mieux de réaliser le film lui même !

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