6.5/10

Soit je meurs, soit je vais mieux

Les 400 coups version 2008, où l'équivalent d'Antoine Doinel se fait piquer la vedette par un duo inattendu. Imparfait mais pas inintéressant.

Le cinéma français aime les titres en forme de phrase. Je vais bien ne t'en fais pas, Pars vite et reviens tard... Rien que dans la carrière de Laurence Ferreira Barbosa, on trouve Les gens normaux n'ont rien d'exceptionnel et J'ai horreur de l'amour ; et dans son dernier film, on voit un extrait de... Je rentre à la maison de Manoel de Oliveira ! Un dernier film dont le titre semble emprunter à Nietzsche son « ce qui ne te tue pas te rend plus fort », sous une forme plus adolescente. Une adolescence rebelle et tâtonnante, à supposer qu'il en existe une autre sorte.

Martial (François Civil) vit avec sa mère (Florence Thomassin) après le départ de son père. Aussi seul qu'elle, il n'en oublie pas pour autant de faire sa crise d'ado, à coups de rejets violents et de désirs d'indépendance impossibles à assumer. Les élèves de sa
"Sois Civil avec ton ami."
nouvelle classe ne semblent pas prêts à l'accueillir à bras ouverts, et il lui faudra repérer les deux perles rares qui peuvent le comprendre.

Impossible, à la vue de ces tribulations effrontées d'adolescents en perdition, de ne pas penser aux 400 coups de Truffaut. A vrai dire, le film s'en rapproche même au corps défendant de la scénariste-réalisatrice, qui clame avoir voulu centrer son propos sur les relations mère-fils. Celles-ci, bien qu'incontestablement présentes et portées par Florence Thomassin en mère/femme paumée, ne servent effectivement que de toile de fond au parcours initiatique de Martial. A vrai dire, on serait même tenté de dire que le film aurait gagné à choisir comme Antoine Doinel, non pas ce garçon colérique et un peu passif, mais plutôt ses deux "initiateurs" campés par les sœurs Barbosa (Carine et Marine, splendides et parfaites). Ces jumelles fascinantes, murées dans leur monde sécurisant, sont finalement bien plus intéressantes que le héros à la personnalité déjà connue. Expérience de la rébellion, découverte de la sexualité... le chemin est assez balisé, jusqu'à l'inévitable conclusion (à cette occasion, on se Alain Afflelou vous recommande les lunettes de gauche pour une protection totale contre les rayons du soleil
Alain Afflelou vous recommande
les lunettes de gauche pour une
protection totale contre les rayons du soleil
serait bien passé du panneau moche qui raconte ce qu'il advient des personnages, dans la mesure où il s'agit d'une pure fiction).

On pourra facilement trouver des reproches à formuler : la réalisation est un peu terne, filmant la banlieue à hauteur d'yeux sans grande imagination ; plusieurs intrigues restent en plan, voire désertent le scénario en cours de route. Mais malgré tout, le film est diablement agréable à voir, rythmé, drôle sans se forcer, d'un ton assez juste bien que le niveau des jeunes acteurs soit inévitablement inégal. Et on se plait à penser que les soeurs Barbosa sont promises à une belle carrière d'actrice(s) au même titre que leurs partenaires François Civil et Emile Berling, déjà croisés plusieurs fois. Reste à espérer qu'on leur évitera de ne jouer que des jumelles...

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3 commentaires

  • Danorah

    16/07/2008 à 21h33

    Répondre

    Le cinéma français aime les titres en forme de phrase. Je vais bien ne t'en fais pas, Pars vite et reviens tard...


    Si je puis me permettre de ramener ma fraise, tout un pan de la littérature française semble également être atteint par ce penchant pour les titres à rallonge guimauves et ronflants...


    Pour preuve, les deux oeuvres citées ci-dessus sont justement issues des deux romans du même nom (que l'on doit respectivement à Olivier Adam et Fred Vargas).


    Mais il y a pire. Anna Gavalda confie : Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, Musso nous fait un magnifique combo Je reviens te chercher Parce que je t'aime Seras-tu là ?, Lévy rumine Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites, Marion Ruggieri veut bien sortir mais Pas ce soir, je dîne avec mon père, Beigbeder déclare que L'Amour dure trois ans... et je vous laisse compléter la liste au gré de vos découvertes...

  • KaSuGayZ

    22/07/2008 à 01h15

    Répondre

    La marionette de Denisot remixe d'ailleurs avec une savoureuse lassitude tous ces titres de filmsàlacon.

  • Anonyme

    25/07/2008 à 12h26

    Répondre

    Suis pas sûre que ce mélange démographique existe vraiment, les banlieues étant très cloisonnées et les écoles aussi. En plus, une mère qui laisse seul chez elle un enfant mineur, en cas de pépin elle tombe sous le coup de la loi.
    Donc la pancarte de la fin sonne faux effectivement, on sait bien que c'est de la pure fiction tout ça.
    Mais plus c'est farfelu et inégal, plus on se laisse embarquer dans ce mélange de désarroi existentiel et de fantaisie burlesque.

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