7.5/10

Slumdog Millionaire

Danny Boyle n'est jamais là où on l'attend (d'ailleurs, on ne sait plus trop où l'attendre). Cette fois, il part en Inde pour filmer une histoire de chance et d'amour sur fond d'aventure humaine. On l'a connu plus cynique.

L'ami Danny Boyle, c'est une des révélations britanniques des années 90. Après le succès de Petits meurtres entre amis, et la consécration via Trainspotting, il cessa de filmer l'Ecosse pour se tourner vers les Etats-Unis (Une vie moins ordinaire), la Thaïlande (La Plage), l'Angleterre (28 jours plus tard) puis l'espace (Sunshine). Comédie romantique, thriller, horreur, science-fiction... On ne savait plus où attendre le réalisateur, qui change de genre comme de géographie. Nouveau défi : c'est en Inde qu'il tourne son nouveau film, sur un scénario de Simon Beaufoy dont on avait peu entendu parler depuis The Full Monty en 1997. Derrière chacun des deux britanniques médiatiques se cache un Indien : le scénario est tiré d'un livre A plus dans le bus !
A plus dans le bus !
de Vikas Swarup appelé Q&A, et la réalisation est cosignée du réalisateur local Loveleen Tandan.

Le jeune Jamal Malik est un candidat miracle de l'édition indienne du jeu Qui veut gagner des millions ? Sans avoir de raison d'être plus cultivé qu'un autre, il aligne les réponses sans hésiter, faisant monter son score jusqu'à 10 millions de roupies... Tricheur ? Interrogé sans ménagement (c'est rien de le dire) par la police, il explique calmement d'où lui viennent les réponses : chacune correspond à un évènement de sa vie tumultueuse.

Slumdog est un mot-valise : « slum » désigne un taudis, et par extension un quartier pauvre, voire les bas-fonds d'une ville. « Slumdog » signifie donc littéralement « un chien des quartiers pauvres », et « slumdog millionaire » est ce qu'on appelle en français un oxymore (alors qu'un « occis mort » est ce qu'on appelle en français un pléonasme, allez comprendre). Par définition, il n'y a rien de plus riche qu'un gagnant de Qui veut gagner des millions ?, et rien de plus pauvre qu'un adolescent orphelin des rues de Mumbai (anciennement Bombay, mais l'endroit reste un des plus misérables du monde quel que soit son nom) ; le film s'appuie donc sur une dynamique puissante et l'alimente de nombreuses interrogations : comment et pourquoi Jamal est-il arrivé là ? comment connaît-il les réponses ? va-t-il partir avec son pognon, perdre avant la fin, être incarcéré pour tricherie ? Le montage habile permet de ne dévoiler chaque élément qu'en temps et en heure, amorçant le jeu télévisé dès le début pour mieux retourner à l'enfance du personnage par la suite. Cette dernière commence sur une anecdote digne des excès cradingues de Trainspotting, dont l'apparente superficialité est en réalité destinée à cristalliser la différence qui existe entre Jamal et son frère Salim. Les deux enfants s'avèrent vite inséparables, et traversent les pires mésaventures après la mort de leur mère tuée dans une émeute. La narration ne se fait pas Jamal à la tête
Jamal à la tête
larmoyante pour autant, et s'apparente plutôt à l'esthétique expérimentale et quasiment clippesque des premiers films de Danny Boyle. L'énergie est incontestable, et les tribulations des deux gamins se suivent avec intérêt, même lorsque l'éclairage apporté aux réponses télévisées de Jamal laissent un peu à désirer.

En définitive, Slumdog millionaire ne ressemble pas aux productions bollywoodiennes auxquelles il rend pourtant un hommage incontestable (notamment dans la scène de danse finale, qui nous rappelle néanmoins à quel point on est heureux de ne pas en avoir bouffé quinze au cours du film). Il reflète surtout la préoccupation majeure de Danny Boyle : le rapport des gens à l'argent, ainsi que les motivations et les moyens qui amènent à le gagner massivement ; il y a quatre ans seulement, il tournait déjà un film appelé Millions... Ici, il oppose le cynisme et la brutalité de Salim à l'innocence et à l'honnêteté de Jamal, offrant pour la première fois un conte à l'optimisme un peu simpliste. Si le héros s'avère du coup relativement falot en dépit de quelques accès d'ironie, le final exaltant fonctionne en revanche plutôt bien malgré une relative sous-exploitation de son potentiel. Là où on attendait un film fort et un peu cruel, on obtient finalement un aimable divertissement énergique, gentiment romantique et dépaysant. Un conte plutôt qu'une fable.

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A propos de l'auteur

22 commentaires

  • nazonfly

    02/12/2008 à 22h36

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    Quelle originalité que Dany Boyle...

  • Anonyme

    03/12/2008 à 19h36

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    Comment un film de 20 millions de dollars, produit par une chaîne de télé ; basé sur un bookseller  international et réalisé par un des réalisateurs ayant les plus populaire ; est considéré comme indépendant  ; me  dépassera toujours.

  • nazonfly

    13/01/2009 à 14h37

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    C'est bien pour Valse avec Bachir!

  • el viking

    13/01/2009 à 15h43

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    c'est moi où il y a un film qui s'appelle the wrestler? (le catcheur?)

  • Wax

    13/01/2009 à 16h14

    Répondre

    c'est moi où il y a un film qui s'ap­pelle the wrest­ler? (le cat­cheur?)



    C'est le nouveau film de Darren Aronofsky qui a réalisé l'excellentissime Pi ou la claque visuelle assez chiante The Fountain (sorry pour les fans et je sais qu'il y en a beaucoup)


    La bande annonce semble prometteuse et il parait que la performance de Mickey Rourke dans le rôle-titre est époustouflifiante. Rien que ça.


    J'ai aussi entendu beaucoup de bien de Slumdog Millionaire. Va falloir y jeter un oeil...

  • Veterini

    13/01/2009 à 18h13

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    Et requiem for a dream surtout qu’il à réaliser l'Aronfonsy.


    Sinon, mouais, j’avais pas vraiment trouver le Woody tordant ; Tant qu’a faire j’aurais préféré que soit choisit Be Happy ou Bruges. Enfin pour ce que j’en dis…


     

  • Anonyme

    13/01/2009 à 18h16

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    Je suis contente pour Kate Winslet, depuis le temps qu'elle mérite de gagner! Et son speech était trop drôle ^^

  • hiddenplace

    13/01/2009 à 20h30

    Répondre

    la claque vi­suelle assez chiante The Foun­tain


    Personnellement je ne l'ai pas trouvé chiant^^ c'est plutôt la claque visuelle que je déplore (d'ailleurs moi j'ai pas reçu de giffle, j'avais trouvé ça un petit peu kitsch par moment, en fait^^) Par contre Requiem for a dream, j'avais trouvé ça très beau


    Sinon dans tous ces films, j'aimerais bien voir  Slumdog millionnaire et Les Noces rebelles. Tiens, y a pas le Benjamin Button ? ça a l'air vraiment bien.. (remarquez, c'est peut-être parce qu'il n'est sorti nulle part... même pas aux EU ?)

  • nazonfly

    13/01/2009 à 21h57

    Répondre

    Euh le Benjamin Button a l'air franchement nul. J'irais peut-être parce que c'est Fincher, mais franchement....

  • hiddenplace

    13/01/2009 à 22h16

    Répondre

    Ah non, ça l'air bien ! J'aime bien l'idée, en fait... et j'ai vu la bande annonce, ça m'a paru sympa


    C'est pas toi qui auras le dernier mot de toute façon !

  • nazonfly

    14/01/2009 à 11h28

    Répondre

    Si!

  • Anonyme

    14/01/2009 à 18h04

    Répondre

    Quand même ; moi je suis étonné du manque d'enthousiasme pour les "noces rebelles" y a Di Caprio et Winslet quand même ! Comme Titanic !


    Ca existe pas la ménagère de moins de 50 ans ça ?

  • nazonfly

    15/01/2009 à 09h24

    Répondre

    Elle ne va pas au cinéma et n 'a pas internet la ménagère de moins de 50 ans. D'ailleurs faudrait qu'elle passe la serpillière plus souvent et qu'elle nettoie le clavier, ça serait sympa!

  • Veterini

    16/01/2009 à 17h13

    Répondre

    Pas vraiment aimé. Surtout à cause d'un "scénario" qui sous prétexte de prédestination est capilotracté comme c’est pas permis.



    "-Oh ! Et puis la justement, je croise un type peint en bleu !"



    "-Ben ça tombe bien ! je connais un aveugle qui n’avait rien d’autre à faire que de me dire ça."



    «Oh, et puis qu’est ce qu’on se fait  chier à écrire un scénario, il a qu’a répondre au hazard, et on dira que c’est le destin.»



    En gros au lieu de trouver une explication vaguement logique expliquant qu’il connaisse des réponses, ils ont chercher à trouver l’explication la plus farfelue  possible, sans pour autant faire du gag, c’est très con, Amha.



    On rajoute une histoire d’amour niaise, des personnages unidimensionnels et stéréotypé, un acteur qui adulte, n’a rien à voir avec le caractère de l’enfant qui l’incarnait. Tout ça c’est pas glorieux.




    Niveau coloriage, c’est nettement moins classe que Darjeeling Limited. On peut bien sûr dire que le W.Anderson c’est à propos de type riche & classieux, et que donc c’était stylé ;


    Alors que le D.Boyle c’est à propos de Slumdogs et que c’est donc du barbouillage sans goût, mais ça reste du barbouillage sans goût. Sans compter un cadrage de traviole quasi-constant.



    On peut quand même sauver les premiers flashbacks du gosse qui sont énergique et distrayants.



    42/175

  • nazonfly

    24/01/2009 à 23h14

    Répondre

    A l'opposé de Vet qui n'est qu'un poulet qui a mauvais goût (comme tous les poulets), j'ai vraiment adoré Slumdog Millionaire. Il y a vraiment un quelque chose dans la réalisation de Danny Boyle qui me fait adorer ses films (peut-être le côté clippesque qui sait). On est tenu en haleine jusqu'aux presque dernières secondes. Comme le dit riffhifi, l'antagonisme entre argent et amour est très présent, mais c'est plutôt le tableau d'une vie en Inde que je retiendrai de ce film.


    Pour la peine, je mets même un Coup de coeur. 

  • protoss

    25/01/2009 à 18h21

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    J'ai bien apprécier ce film. Surtout l'histoire, son scénario, superbe. L'ambiance aussi, qui aurait pus être larmoyante, est au contraire assez légère, malgrès des scènes assez dures pour la plupart. Pour ça aussi chapeau au réalisateur.


     


     

  • Wax

    12/02/2009 à 12h09

    Répondre

    Franchement pas mal. Plus malin et intelligent qu'il ne semble l'être au premier abord, le film aurait clairmement pu sombrer dans le lacrimal facile. Au lieu de ça, malgré un décor pas vraiment réjouissant, l'énergie est communicative, c'est parfois drôle, souvent émouvant.


    Les acteurs sont tous plutôt bons (mention spéciale aux enfants, jamais têtes à claques comme c'est trop souvent le cas), la musique est inégale mais le très bon l'emporte sur le moyen et j'aime bien la réalisation clipesque de Boyle.


    Je ne sais pas s'il mérite vraiment l'avalanche de récompenses ou le plébiscite quasi unanime du public (les salles britanniques ne désemplissent pas) mais ça reste sans conteste 2 heures de bon ciné.

  • Anonyme

    01/03/2009 à 21h14

    Répondre

    film poignant , magnifique très bien conçu avec une histoire émouvante . Ce film meriterais un césar voir + ( oscar )  Je vous recommende  vivement d'aller le voir !

  • Umbriel

    23/03/2009 à 11h06

    Répondre

    Film vraiment très sympa à voir, agréable à regarder et tout et tout Je m'attendais à être déçu après toutes les éloges que j'avais entendu dessus, mais non J'ai vraiment apprécié.


    Le seul reproche, reste certains trous dans l'histoire de Jamal. Certes, il raconte son histoire pour répondre au question, mais du coup, on ne sait pas toujours comment il passe d'un point à un autre. 

  • hiddenplace

    03/04/2009 à 23h32

    Répondre

    Tout pareil que vous (sauf Vet, mais je suis pas d'accord avec Naz
    quand il dit que les poulets ont mauvais goût, tu n'as jamais mangé un
    bon poulet au miel ?) j'ai vraiment vraiment été embarquée dans ce
    film, que j'attendais d'une certaine manière, mais sans trop savoir où
    exactement.


    J'aime bien ce côté manichéen assumé, ce côté kitsch à la fin, en hommage à
    Bollywood (mais léger, l'hommage, juste ce qu'il faut), cette tragique
    réalité qui n'est pas laissée de côté, mais qui n'est pas (trop)
    complaisante, cependant. Etrangement (mais pas tant que ça) ça m'a
    ramenée à des choses personnelles, ça m'a émue la plupart du temps, et
    ça m'a bousculée dans les passages que vous devinez... on pourrait
    penser à une forme de misérabilisme (le sort qui s'acharne de manière
    assez prévisible sur Jamal tout au long du film alors qu'en parallèle,
    il aligne les bonnes réponses dans le jeu et devient riche
    "financièrement") et pourtant moi j'ai trouvé ça très cohérent, et pas
    du tout gênant, comme Wax, je suis sûre que c'est moins facile que ça
    en a l'air.


    En revanche, j'ai été au début un peu gênée par le cadrage "de
    traviole" (dixit le poulet, donc) et clipesque, ça pour le coup, ça m'a
    paru une des facilités de Danny Boyle pour dynamiser et dédramatiser le
    cadre et les évènements. Et puis finalement je m'y suis habituée et
    j'ai trouvé que ça s'intégrait parfaitement au déroulé de l'histoire, à
    ce montage et à cette narration morcelée (contrairement à Umbriel, le
    côté patcwork m'a paru très pertinent, ça fait un peu "livre de
    souvenirs" pour Jamal, donc ça colle), et puis c'est ce qui rappelle sa
    patte, étant donné comme l'a dit riffhifi que les films de Danny Boyle
    sont tous tellement différents dans leur genre.

    Bref bref, comme vous l'aurez compris, un film vraiment mémorable à mes yeux que ce Slumdog Millionnaire.

  • Anonyme

    15/11/2009 à 15h07

    Répondre

    super film

  • Anonyme

    21/01/2010 à 11h58

    Répondre

    coucou les amis !


    ce film c'est de la bonba !


    c'est good


     


    trés bien !


     


     

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