8.5/10

Sideways

On dit que le vin est la boisson de la civilisation par excellence. A voir le dernier film d'Alexander Payne on le croirait presque. En tout cas le vin est issu d'un mélange subtil alliant les qualités du cépage, l'ensoleillement et les secrets de fabrication des vignerons. Il en est de même pour Sideways. Un film intimiste, à la française, qui se déroule au milieu des vignobles californiens : l'exception culturelle française si souvent encensée a du souci à se faire. Que ce soit en ce qui concerne la viticulture ou bien dans le domaine d'un certain cinéma intellectuel, la prédominance française auto-proclamée et tant vantée pourrait bien en prendre un coup.

L'histoire est très simple, deux amis se retrouvent le temps d'une semaine pour enterrer la vie de garçon de l'un des deux qui va se marier. En compagnie de son témoin, dépressif chronique et écrivain raté, le futur jeune marié, ex-acteur de série TV survivant en faisant de la publicité, est bien décidé à se payer du bon temps pour une dernière fois. Ils prennent la route des vins avec deux conceptions diamétralement opposées de l'existence : entre l'hédonisme infantile de l'un et la prise de tête existentialiste de l'autre.

On le voit le pitch est à peine différent de celui de Very bad things. Pourtant on ne pourrait trouver deux films plus différents l'un de l'autre. Si l'un est une comédie frisant la débilité l'autre est un film profond sur les rapports humains. Sideways est tout sauf le film auquel vous pensez quand je prononce les mots : "film hollywoodien". Le personnage de Miles, l'écrivain dépressif, fait irrésistiblement penser à un Woody Allen première époque : une espèce d'être mal dans sa peau et intellectualisant à outrance. Si Miles est prisonnier de son esprit, c'est tout le contraire en ce qui concerne Jack, le futur marié. Il est quant à lui prisonnier de son corps et de ses pulsions. Il ne peut se retenir même quand il reçoit une première (douloureuse) leçon. Rien ne semble pouvoir l'atteindre dans son nirvana sensuel.

Cependant, au fur et à mesure qu'avance ce road-movie existentiel, on va voir les deux amis déteindre l'un sur l'autre. A la manière dont s'élabore un grand cru on voit petit à petit les échanges influer sur les personnages : comme le vin qui tire son goût du fût dans lequel il est entreposé, comme le vin dont la composition et le goût changent des années après avoir été embouteillé, comme le vin qui retient de chaque événement, même le plus insignifiant, un arôme particulier. Un film sans esbroufes à consommer sans modération.

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